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Libérer l?histoire

5 février 2007, 00:00

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Déboulonner, cisailler, se venger : ce ne sont pas des actions qui font avancer le processus de construction d?une nation. Pourtant, elles sont fréquentes ces temps-ci. Leurs auteurs vont puiser dans le récit des affrontements et des déchirures d?un lointain passé pour justifier leurs procédés divisionnistes.

Asraf Dulull, James Burty David et Rama Valayden ont participé à diverses manifestations qui se voulaient ?hautement symboliques? à l?occasion du 1er Février. Leur calcul est évident : il s?agit de tirer un capital politique des rapports antagonistes qui ont existé à une époque lointaine. Ces hommes veulent utiliser l?histoire pour servir leurs intérêts immédiats.

Dans la configuration actuelle, le leader des Verts Fraternels, Sylvio Michel, est un allié de poids pour les hommes au pouvoir. Comme ce dernier aime les symboles, et s?en contente, les ministres ont décidé de lui en offrir. Du coup, l?Alliance sociale conserve son soutien et sauve les apparences d?une politique d?unité nationale.

Ces ministres qui tentent de nous remettre en mémoire une histoire sélective, porteuse de division, auraient pu avoir choisi, à la place, de célébrer les mille événements de notre passé qui ont servi à nourrir nos valeurs et normes communes. Non, ils préfèrent une histoire qui attise les passions, anime les polémiques, crée le spectacle.

En fait, l?histoire est complexe et il n?est pas facile de juger, des siècles après les événements, du rôle réel qu'ont joué les acteurs ou de comprendre les enjeux de l?époque. Ainsi, personne ne peut croire qu?un intellectuel, comme James Burty David, ait pu développer une vision simpliste de l?histoire mettant en scène les bons d?un côté et les mauvais de l?autre. S?il a choisi de jouer, lui aussi, avec les symboles et de taire ses connaissances rigoureuses sur le passé, c?est parce qu?il obéit à des considérations partisanes.

La question de compensation aux descendants d?esclaves est un des leurres utilisés par les gouvernants. Ceux-ci ne sont pas dupes. Ils savent qu?il n?est pas possible d?établir une justice rétrospective et de faire payer les descendants des propriétaires d?esclaves pour les actes de leurs aïeux. Mais, par calcul politique, ils continuent d?entretenir l?idée qu?une compensation est possible. En revanche, Sylvio Michel est certainement honnête quand il dit que cela relève du domaine du possible. Tellement honnête qu?il est prêt à croire en ceux qui vendent du rêve.

Sur la question du Morne également, il se développe une situation dans laquelle le bon sens se heurte au symbolisme. Le développement économique sera sacrifié parce que cela permettra aux dirigeants du pays de flatter une sensibilité revendicative qui a choisi de voir en ce lieu un ancien refuge d?esclaves marrons. Peu importe que la version diffusée par les conteurs diffère de celle retenue par l?histoire dégagée des mythes et des légendes, le gouvernement caressera l?électorat cible dans le sens du poil. Il ne tiendra pas compte de l?avis de ceux qui respectent les impératifs de vérité et de scientificité, dont le Dr Philippe Y. N. Forget. Dans un article sur ?L?inscription du Morne? paru dans ?l?express? de vendredi dernier, celui-ci conclut : ? Jusqu?à plus ample informé, cette absence d?eau, hormis les condensations, au haut du Morne, rend irrecevable l?hypothèse d?une colonisation durable par des esclaves marrons.?

Il reste un combat à livrer pour les défenseurs de la liberté. Il faut libérer l?histoire des diktats des politiciens.

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