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Libres
Depuis 124 jours, la France retenait son souffle. Nous voilà rassurés. Christian Chesnot et Georges Malbrunot, les deux journalistes retenus en otage par l?Armée islamique en Irak, ont été soudainement libérés, mardi 21 décembre, et étaient attendus mercredi à Paris.Comme l?a titré dans son éditorial Le Figaro, pour lequel travaillait Georges Malbrunot : «Bonheur total, joie lucide».
Bonheur total en effet, de voir cette prise d?otages enfin résolue pour le mieux. Bonheur de voir que les efforts entrepris par les autorités françaises, appuyées par les pays du Proche-Orient, ont, malgré quelques cafouillages, abouti à un dénouement heureux. Bonheur encore d?avoir assisté à une mobilisation, à une solidarité sans failles, à une union nationale de la communauté française, toutes origines, confessions et opinions confondues.
Bonheur enfin, dans ce petit monde des journalistes si souvent décrié, mais qui a suivi avec angoisse le sort de ces confrères prêts à risquer leur liberté, et leur vie, pour informer. Car on ne saurait oublier que ces terroristes comme il faut bien les nommer, avaient égorgé sauvagement le reporter italien Enzo Baldoni, coupable d?avoir appartenu à un pays dont le gouvernement a envoyé des soldats en Irak.
Mercredi matin, les portraits des deux journalistes ont été décrochés de la façade de l?Hôtel de Ville de Paris où ils avaient été suspendus à l?initiative de l?association Reporters sans frontières, qui s?était mobilisée pour les soutenir. Comme elle le fait pour chaque journaliste dont la liberté est menacée par un régime autoritaire ou par un groupe terroriste.
Mais aussi joie lucide. Comment oublier en effet les dizaines d?otages qui croupissent entre les mains de groupes sans foi ni loi, les 120 étrangers kidnappés, les 36 assassinés, sans compter les milliers d?Irakiens victimes de la barbarie et de la guerre.
L?autosatisfaction d?avoir retrouvé les deux Français serait indécente si elle ne s?accompagnait pas d?efforts accrus pour mettre fin à ces kidnappings qui sont le fruit d?un fanatisme insondable et un racket juteux. Pour espérer mettre un terme à cette vague d?enlèvements et de violence, il faudra qu?une solution raisonnable et acceptable par les parties puisse enfin être trouvée aux crises irakienne et israélo-palestinienne.
Si le «temps des explications»n?est pas encore venu, comme l?a justement remarqué François Hollande, premier secrétaire du PS, il faudra un jour examiner avec lucidité le déroulement de quatre mois de négociations difficiles, dans lesquelles les «services» ? évidemment secrets ? ont joué un rôle majeur. La diplomatie publique a ses limites dans une situation aussi délicate où la mobilisation de l?opinion doit aller de pair avec la nécessaire discrétion de tractations sur lesquelles nous ne savons pas encore tout. En particulier sur des contreparties éventuelles à la libération des otages. Peut-être en saurons-nous davantage quand les deux journalistes et leur accompagnateur syrien seront libres de s?exprimer.
<B>Le Monde</B>
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