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?Libanité? et ?Iranité? se mêlent à Beyrouth

24 août 2006, 20:00

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Joumblatt, le chef du Parti socialiste progressiste (PSP) libanais, a visé juste lorsque, s?adressant l?autre jour aux chiites. Il leur a rappelé des propos tenus en 2003 à Beyrouth par l?ancien président réformateur iranien, Mohammed Khatami. ?L?islam rationnel et progressiste,? avait déclaré M. Khatami, permettra de circonscrire l?extrémisme professé au nom de l?islam (...). L?âme et la culture libanaises sont le terreau propice à l?éclosion de telles idées (rationnelles et progressistes)?. Celui qui n?avait pas encore cédé la présidence à l?ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad ajoutait : ?Le Liban représente le berceau de la rationalité, de la sagesse, de la paix et de la stabilité.?

Le chef du PSP et dirigeant druze s?adressait surtout à cette large fraction des chiites libanais représentés par le Hezbollah, et pour qui la République islamique d?Iran est un peu la Mecque politique et idéologique.

Au Liban, la quasi-totalité des formations politiques et des groupes communautaires ont compté, à un moment ou à un autre de la guerre civile qui les a déchirés pendant quinze ans (1975-1990), sur des soutiens extérieurs, régionaux et/ou internationaux. Il ne s?agissait pas exclusivement d?appuis politiques, mais aussi de financement, de fourniture d?armes et de munitions. Faut-il rappeler que la Syrie est entrée au Liban en 1976 pour voler au secours des forces chrétiennes ?

Que quelques années plus tard, l?allié de ces mêmes milices était Israël ? Ou que la communauté et les partis sunnites considéraient que les Palestiniens étaient leur bras armé ? Ou encore que l?Irak apportait son soutien au général Michel Aoun lorsque, à la fin des années 1980, il se proposait de bouter l?armée syrienne hors du pays ?

Aujourd?hui encore, les recours extérieurs ? exclusivement politiques cette fois-ci ? existent, ne serait-ce qu?en négatif, comme on le dirait d?une photographie : à tort ou à raison la majorité politique accuse l?opposition d?être instrumentalisée par la Syrie. Et l?opposition accuse la majorité politique de compter sur les Etats-Unis et la France.

La singularité du Hezbollah tient au fait que ce dernier est une émanation indirecte de la République islamique. Il n?a jamais renié cette paternité, ni démenti le soutien de Téhéran. C?est même le contraire. La genèse du parti est clairement rapportée par son secrétaire général adjoint, le cheikh Naïm Qassem, dans un ouvrage Le Hezbollah, la méthode, l?expérience, l?avenir. Après la victoire de la révolution islamique, indique-t-il, les regards des islamistes chiites se sont portés vers l?imam Khomeiny, en tant que référent, et sur la République islamique, comme modèle à suivre.

L?invasion israélienne du Liban en 1982 a cristallisé les idées autour de la nécessité de constituer une formation unique autour de trois axes : ?L?islam comme méthode globale idoine pour une vie meilleure (...) La résistance à l?occupation israélienne, qui constitue un danger pour le présent et l?avenir (...) La direction (religieuse et politique) légitime du wali-e-faqih (Guide suprême) en tant que successeur du prophète et des imams. C?est lui qui trace les lignes générales de conduite de la oumma et ses directives sont exécutoires.?

Des représentants des différents groupes islamistes ont alors élaboré une plate-forme d?action qui a obtenu l?agrément de l?imam Rouhollah Khomeiny, le père de la République islamique. C?est ainsi qu?a vu le jour la formation qui devait ultérieurement prendre l?appellation de Hezbollah, ajoute le cheikh Qassem. L?imam Khomeiny a ordonné au corps des Gardiens de la révolution de ?soutenir le Liban face à Israël?.

Le numéro deux du Hezbollah poursuit : ?Une délégation militaire de haut rang s?est rendue en Syrie pour assurer une coordination avec Damas, qui a donné son accord pour le passage (sur son territoire) de membres des Gardiens de la révolution. Ceux-ci ont créé des camps d?entraînement dans la région de la Bekaa pour les volontaires.? La référence au wali-e-faqih situe avec précision le point d?appui du Hezbollah en Iran.

Remarquable capacité de résistance

Dès lors, le changement de majorité politique ou de président à Téhéran n?a aucune incidence sur la continuité du soutien au Hezbollah. L?eût-il voulu ? ce qui n?est guère certain ? que l?ancien président réformateur Mohammed Khatami n?y aurait rien pu. Ses efforts pour tenter d?introduire des réformes à l?intérieur même de la République se sont d?ailleurs heurtés à la résistance de ses adversaires conservateurs et à une structure étatique qui limite considérablement ses pouvoirs. Face aux pouvoirs d?organes tels que le Conseil des gardiens de la Constitution ou celui chargé de défendre les intérêts de la République, et surtout, face à ceux illimités du Guide, les siens étaient considérablement limités.

Est-ce à dire que tout ce que le Hezbollah entreprend au Liban est décidé en Iran ? La réponse est non, disent les spécialistes. La choura du parti, c?est-à-dire sa direction collective, détient une délégation de pouvoirs du Guide pour agir en fonction de la conjoncture et des spécificités libanaises. Au sein de cette direction collective, deux tendances s?affrontent, selon les connaisseurs : les ultras et les modérés. Ces derniers, les ?libanistes? comme on les appelle, seraient représentés par le secrétaire général Seyyed Hassan Nasrallah.

L?articulation entre la ?libanité? du parti et son ?iranité? demeure ambiguë et les explications fournies par le cheikh Qassem ne dissipent pas ce manque de lisibilité. La relation entre un Etat qui représente ?une expérience vivante de la mise en actes des principes de l?islam? et le Hezbollah ?pionnier en matière de résistance? est fondée sur une ?convergence d?intérêts et de vision du monde. Il n?existe dès lors aucune contradiction entre les intérêts des deux parties dès lors que leurs relations sont fondées sur l?indépendance et la prise de responsabilité de chacune dans son champ d?action.?

Et il ajoute : ?Lorsque le Parti a libéré le Liban sud et l?ouest de la Bekaa (en 2000) avec un soutien iranien actif, il est parvenu à son but au prix de martyrs dans ses rangs. Dans le même temps s?est accomplie la vision iranienne du refus de l?occupation et du soutien aux moudjahidins.?

A l?issue de ?la guerre de juillet 2006?, comme on l?appelle le plus souvent désormais, l?Iran a poussé le bouchon plus loin que la simple satisfaction. Il a présenté la remarquable capacité de résistance dont a fait preuve son émule préféré face à l?armée israélienne comme un échantillon de ce qui attendrait quiconque ? en l?occurrence les Etats-Unis et/ou Israël ? serait tenté de s?en prendre militairement à son propre territoire.

Mouna NAÏM

LE HEZBOLLAH UN DANGER POUR UN LIBAN MULTICULTUREL

■ Le Liban est un pays multiculturel, rassemblant plusieurs communautés et groupes différents. Si le Liban est un message, il l?est grâce à la diversité des pensées et des croyances. Créé pour héberger des minorités, terre de refuge, sa vocation première est de permettre à toutes ces différences de trouver un terrain d?entente et de convivialité. Carrefour entre l?occident et l?orient, entre le nord et le sud, le Liban a subit durant toute son histoire les convoitises d?empires conquérants. Chrétiens, musulmans et juifs se sont retrouvés au fil des siècles et ont tenté de se respecter mutuellement, gardant chacun ses spécificités, ses traditions et ses croyances propres. Tout cela sans compter sur la démagogie galopante et le jeu des influences étrangères qu?épousaient certains groupes ou communautés. La poussée de l?influence de la pensée islamique, et la conjoncture d?une fraction de la population libanaise longtemps délaissées, en l?occurrence une grande partie des chiites, l?émergence d?un courant extrémiste s?est formé, le Hezbollah. Les convictions, les objectifs et le projet du Hezbollah sont définis dans son drapeau. Du mot Hezbollah, et exactement du mot Allah s?élève la main de Dieu brandissant une arme d?attaque, une kalachnikov menaçante, une image bien différente d?un Dieu bonté et pardon. L?essence même de la différence du concept de Dieu. - Juste au dessus une phrase qui précise que le Hezbollah est le seul vainqueur , dans une société basée sur l?acceptation de l?autre, du respect de la différence, cette phrase suggère qu?il n?y aura qu?un seul vainqueur et tous les autres seront vaincus.

Au bas du drapeau l?expression ? la révolution islamique au Liban?. C?est à se poser la question , une révolution au Liban contre qui ? Face à ces réalités, le Hezbollah a pris seul la décision de mener le pays vers la guerre, oubliant les autres composantes du pays, sans prendre en considération la capacité du citoyen libanais à subir les violentes réactions d?Israël. Ignore t il que le Liban est habité par des composantes qui ne sont pas affiliées à son parti ? Est il conscient que l?alignement sur la politique de l?Iran et de la Syrie ne sert en aucune façon l?esprit d?un Liban ouvert, pacifique et multiculturel ? L?unité nationale qui s?est formé autour de cette catastrophe se situe au niveau humanitaire simplement et nullement au niveau politique, encore moins au niveau stratégique. La stratégie de défense du territoire proposée par le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah a conduit à la destruction d?un pays à peine sorti d?une occupation syrienne longue de trente ans. En espérant un jour l?émergence d?une classe dirigeante plus réaliste, d?une vision réelle sur la richesse de notre diversité culturelle, et de l?établissement d?un nouveau pacte national qui prendrait en compte les intérêts de tous, dans un esprit de paix et de fraternité, je prie pour que ce cauchemar finisse et que je me réveille un matin en pleine quiétude.

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