Publicité
l?hôtellerie, mon rêve, ma bataille !
Dans son bel uniforme beige et orange, qu?il revêt fièrement, un jeune homme se dirige vers l?entrée de l?hôtel Beau Rivage, à Belle-Mare. Les cheveux soigneusement coiffés, avec quelques mèches qui lui retombent sur le front, Ashley Chengayanee arbore un timide sourire. Il ouvre la porte d?une voiture, salue des clients fraîchement arrivés, avant de s?occuper de leurs bagages et de les guider vers la réception.
Ses gestes, si familiers, si frénétiques, qu?il exerce avec dévouement, il n?en avait aucune notion, six mois plus tôt ! Fouler le sol d?un aussi gigantesque établissement, c?était un rêve irréalisable pour lui !
Car Ashley Chengayanee, 18 ans, à qui on donnerait volontiers moins, croyait qu?il n?y avait pas droit. Ce jeune homme avait renoncé à l?espoir, cette petite flamme qui vient nous sauver lorsque le monde tourne mal. Car sa courte vie n?a été que tourments et ce, depuis sa plus tendre enfance. Originaire du village de Roches-Noires, Ashley est l?aîné d?une famille de trois enfants. Sa mère, Rajini, employée de maison, et son père, Ajay, qui est jardinier, subviennent difficilement aux besoins de la famille.
Impuissance face à la douleur
Et la vie ne leur fait pas de cadeau. Akshaye, le benjamin, souffre d?un handicap depuis sa naissance. « Li pas kapav kozé ni marsé. Ek so léker trouve koté droit », explique Ashley Chengayanee, de sa petite voix. Elle est chargée d?émotion, d?un soupçon d?amertume qui s?éveille quand il pense au petit, âgé de neuf ans, et qui connaît déjà tant de difficultés. Et à son impuissance face à la douleur du benjamin. Mais il tâche de s?occuper au mieux d?Akshaye et de lui montrer qu?il ne l?abandonnera jamais.
Ashley étudie à l?école primaire de la localité et il fait deux tentatives au CPE, mais il échoue. Cela le chagrine, car il adore apprendre, mais le professeur, lui, ne peut pas consacrer beaucoup de temps à tous ses élèves. « Li ti pé mette banne zenfants pli malins devant ek banne séki pa trop comprend derrière. Moi mo ti dans sa groupe la. Nou pa finn gaign sans pou kapav appran bien. Et pou sa, mo ti bien sagrin », confie le jeune homme.
Mais Ashley entrevoit une lueur d?espoir avec la possibilité d?intégrer le système prévocationnel. Il se dit que rien n?est encore perdu. Ashley y adhère pendant deux ans. Mais là encore, la mauvaise fortune s?abat sur lui et sur sa famille. Rajini, sa mère, est gravement malade et éprouve des difficultés à travailler. Idem pour le petit frère, qui est aussi souffrant. Ashley doit donc quitter l?école pour être au chevet de sa mère et d?Akshaye. L?adolescent, avec beaucoup de regrets, doit se résoudre à laisser tomber ses études.
« Mo finn regaign kouraz »
Trois mois s?écoulent. Ashley s?occupe des siens. Un jour, alors qu?il emprunte un raccourci pour rentrer à la maison, il passe devant l?établissement Étoile de mer. Christiane, la responsable, l?aperçoit et se met à converser avec lui.
« Madam la inn dimann moi si mo pa ale lékol, mone explik li mo bann problem. Ler la linn dir moi ki mo kapav vine lékol la pou mo appran. Mo finn dimann mo parents et après zot fine accepté, mo finn recoumence appran », raconte-t-il.
L?école Étoile de mer, fondée en 2003, encadre les enfants défavorisés qui ont entre 12 et 17 ans, qui ont échoué deux fois au CPE, qui ont dû abandonner leurs études ou qui sont à la rue. L?établissement fait partie du groupe Anfen et dispense un programme éducatif afin de leur apprendre à lire, à écrire, à compter, à reprendre part aux examens du CPE et aussi pour leur permettre de voir les possibilités d?emploi à partir de 16 ans.
Ainsi, Ashley reprend le chemin de l?école. Il s?échine sur les bancs, se donne à fond dans l?art, la confection des mosaïques, approfondit sa lecture et son élocution.
« Kan mo finn coumencé, mo pa ti pé kapav coze français, me aster là mo finn appran, mo kapav kozé. Apre de ans, mo finn refer CPE et mone capav passé. Mo finn regaign kouraz. »
L?Étoile de mer ne sera pas uniquement le foyer de son apprentissage.
En effet, on y fait des démonstrations de cuisine. Ceci fait naître un nouvel espoir chez Ashley, un déclic, un rêve même. Celui d?exercer un jour dans l?hôtellerie. « Ene madam ti vinn prepare bann manzé, ler la li ti pe dire nou kapav travail dans sa domain la, et oussi dan bann lotels. Sa finn bien intéres mwa », ajoute le jeune homme.
Ashley fait donc part de son souhait de s?orienter vers cette voie, et il décroche un stage de quinze jours au Coco Beach. Il travaille dans le restaurant et aide les serveurs. Cette première opportunité attise sa flamme pour cette carrière. Le jeune homme veut aller au bout de son rêve. Et grâce à un partenariat avec le groupe Naïade Resorts, Ashley rencontre Régis Catoir, directeur de l?hôtel Beau Rivage, et il lui parle de son intérêt pour l?hôtellerie.
Convaincu de ses aptitudes, Régis Catoir le recrute. Ainsi, le 13 novembre dernier, Ashley a enfin vu son rêve devenir réalité. Il en croit à peine ses yeux lorsqu?il visite l?établissement. « Bien joli et grand. » Ce sont les seuls mots qui s?échappent de sa bouche, tant il est impressionné par l?hôtel. Le deuxième jour, Ashley découvre les différents départements et fait des stages à la réception, à la conciergerie, entre autres.
Faire renaître l?espoir
Aujourd?hui, cela fait six mois qu?Ashley travaille au Beau Rivage. Il est à l?accueil et travaille six jours par semaine, sur deux shifts. Dévoué, il saisit sa chance pour s?abreuver chaque jour de son métier qui est d?une grande richesse. « Mo bien kontan mo travay, mo kapav aide bann klian. Mo pa ti pensé ki enn zour mo ti pou la, ki ti pou ena enn simé pou mwa, mo sirtou kontan ki mo finn réssi réaliz mo rev », conclut-il.
Satisfaite de la performance du jeune homme au travail, la direction de l?hôtel compte employer un deuxième élève de l?Étoile de mer. Et c?est Ashley qui chapeautera sa formation. Car son parcours inspire déjà d?autres jeunes et commence à faire renaître l?espoir !
Publicité
Publicité
Les plus récents