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L?Hôtel de Ville de Paris accueille Krishna Luchoomun
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L?Hôtel de Ville de Paris accueille Krishna Luchoomun
Régine Cuzin, commissaire chargé de « Latitudes », la série d?expositions organisées annuellement par la mairie de Paris, était à Maurice le mois dernier pour confirmer l?invitation faite à Krishna Luchoomun de participer à l?édition 2003. Ce dernier est très connu et fort apprécié, entre autres, des milieux artistiques réunionnais. Ils l?ont introduit auprès de Mme Cuzin et des autres collaborateurs artistiques et culturelles de Bertrand Delanoë, le maire de Paris.
Prenant conscience de l?importante population outre-mérienne à Paris et provenant des DOM-TOM (Réunion, Mayotte, Martinique, Guadeloupe, Guyane, Saint-Pierre et Miquelon, Nouvelle Calédonie, Polynésie, Wallis et Futuna) et des régions avoisinantes, la mairie de Paris veut rendre hommage aux créations artistiques de ces territoires francophones hors-hexagone. Paris veut plus que jamais demeurer la ville de toutes les créations culturelles. Elle veut soutenir les jeunes talents et mobiliser les énergies créatrices. Elle choisit de mettre en valeur, année après année, une sélection des ?uvres d?une quinzaine d?artistes de l?une des régions précitées (Antilles, océan Indien ou Pacifique). En décembre 2002, son choix s?est porté sur les artistes suivants du bassin caribéen et d?ailleurs : Frantz Absalon, Ernest Breleur, Rodrigues Glombard, Henri Guédon, Valérie John, Roseman Robinot (Martinique), Bruno Pedurand, Robert Radford, Philippe Thomarel, Marie-Jane Viator (Guadeloupe), Thierry Tian-Sio-Po (Guyane), André Robèr, Michael Elma (Réunion), Samantha Afxendio (Madagascar-Réunion) et Antoine du Vignaux (Maroc-Réunion).
Cette année-ci encore, la mairie de Paris compte sur une fournée d?artistes indocéaniques, dont notre Krishna Luchoomun, pour animer un autre grand rendez-vous d?arts visuels, raffermir les liens artistiques et culturels entre la capitale française et l?outre-mer francophone et élargir le champ d?appréciation des amateurs de Beaux-Arts fréquentant assidûment les nombreuses galeries parisiennes.
Régine Cuzin, cheville ouvrière de cette exposition de peinture, est bien consciente que l?identification et l?appréciation de ces créations artistiques outre-mériennes ne vont pas de soi. Elle doit ainsi tenir compte des réticences des artistes et gens de lettres allergiques aux étiquettes géographiques et régionales. La critique esthétique ne doit pas non plus céder indûment le pas à des notions d?identité territoriale. Mais comment, par ailleurs, ne pas faire d?instinct confiance au pouvoir de persuasion et de séduction des ?uvres sélectionnées, non sans peine, il est vrai, tant est grand l?embarras du choix, ainsi qu?à l?intelligence artistique des visiteurs ? Les peintres ainsi choisis par elle, peuvent tout aussi bien se compléter ou acquérir de nouvelles dimensions grâce à l?effet de contrastes heureux. Saura-t-on jamais ce qui se passe dans la tête d?un artiste quand ses yeux s?ouvrent sur une émotion vierge ? Nous avons surtout parlé de peintres, mais il faudrait tout autant signaler la présence des autres formes artistiques que sont la sculpture, le dessin, la photographie, les arrangements scéniques.
Une recherche obsédante de messages à transmettre
Le choix de Régine Cuzin de Krishna Luchoomun pour représenter la peinture mauricienne au sein de « Latitudes 2003 » à Paris, ne peut que réjouir les amateurs locaux des Beaux-Arts. Ce peintre a su, en effet, toucher à plusieurs aspects de la peinture mauricienne, tant figurative que non figurative, et les porter au-delà de nouvelles limites pour rejoindre des formes expressives plus habituellement attribuées, par exemple, à l?Inde ancestrale et la Russie des icônes. S?inscrit également, en filigrane à toute son ?uvre, une recherche obsédante de nouveaux messages à transmettre, de nouvelles formes d?expression artistique à décrypter. On ne peut certes pas apprécier à tout coup mais la démarche, toujours audacieuse et courageuse, fait honneur à l?artiste. Elle a d?autant plus de mérite que se fait sentir à Maurice l?absence d?un marché commercial plus ouvert et plus accessible aux nouvelles expressions artistiques, aux recherches d?un regard renouvelé sur le Beau qui nous entoure. On pense ainsi aux possibilités qu?offrirait un amendement à certains règlements administratifs et exigeant par exemple l?attribution d?un pourcentage nominal du coût des nouvelles constructions majeures à la décoration artistique tant intérieure qu?extérieure et mettant en exergue les différentes formes d?expression artistique (peinture, sculpture, photographie, tapisserie, vitrail, objets décoratifs, design, etc.).
Voilà donc Krishna Luchoomun, ancien élève du collège Royal de Curepipe et de l?Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg (sept ans d?études), à l?Hôtel de Ville de Paris. Mais il faudrait davantage pour éblouir cet artiste si discret et si réservé (trop discret et trop réservé, plus exactement).
Il a déjà exposé dans une quinzaine de pays et non des moindres puisqu?il s?agit de la Russie, de la France, de l?Angleterre, de la Nouvelle-Zélande, des Pays-Bas, de l?Afrique du Sud, de la Réunion. Une carte de visite que pourraient lui envier bon nombre de ses confrères et cons?urs. Professeur de Beaux-Arts successivement aux collèges d?État Renganaden Seeneevassen à Port-Louis, John Kennedy à Beau-Bassin et Mahatma Gandhi à Moka, il a lui-même bénéficié de la solide et complète formation artistique soviétique qui exige du futur artiste une parfaite maîtrise des différentes facettes des Beaux-Arts avant d?obtenir le droit de donner libre cours à ses pulsions artistiques personnelles et à ses créations.
Des formes tourmentées
L??uvre artistique de Luchoomun à ce jour est forcément déroutante tant elle donne l?impression, sinon de s?éparpiller, du moins de vouloir prendre plusieurs directions à la fois. N?ayons aucune crainte toutefois à ce sujet. Notre peintre ne se dévoile pas beaucoup mais sait parfaitement où il veut se diriger et sa maîtrise à manier, délicatement ou avec fougue, pinceaux, crayons ou encore collages, lui en donne amplement les moyens. Il est de plus, un peintre qui veut graver sur sa toile non pas simplement ce qu?il voit de beau mais surtout ce qu?il pense en voyant le monde qui l?entoure dans sa totalité continuellement renouvelée. Et ce qui pourrait gêner dans ses toiles, notamment des formes parfois excessivement tourmentées, explosées, éclatées, tient justement dans les inquiétudes qui sont les nôtres en apprenant, jour après jour, de quelles horreurs le monde, dans lequel nous vivons et qui est le nôtre, est aussi composé. Nous ne devons pas alors nous étonner si la feuille ou la fleur qu?il agrandit à la dimension de ses toiles géantes, les troncs d?arbre qu?il multiplie à dessein, les zébrures dont il déchire ses visions, ses rêves verts, ses cathédrales coralliennes, ses plateaux d?arbre scié, ses liserons-étoiles de mer, ses méandres-serpents ou labyrinthes ondulant, ses cordes à linge, ses explosions de fleurs de cassis, ses icônes cosmopolites, son syncrétisme artistico-religieux, ses joueurs de flûtes christique, ses bords de nénuphar, ses éventails épineux, rappellent si étonnamment les explosions planétaires de souffrances et de joie, de craintes et de réjouissances, d?aspirations et de désillusions, d?égoïsme et de dévouement, de recherches ou de statu quo, d?exploits ou de sédentarisme, de sève nouvelle ou de phases cancéreuses terminales, de célébrités ou de personnes-numéros, de tout et de rien, de vie et de mort dont nos journaux télévisés quotidiens sont les témoins attitrés.
Si le public parisien, pas forcément français et hexagonal, qui contemplera l??uvre de Krishna Luchoomun, le mois prochain, dans les salons de l?Hôtel de Ville de Paris, s?attend à y retrouver l?île Maurice des cartes postales du style piscines d?hôtel, bain de soleil et dégustation de cocktails tropicaux, il n?est pas au bout de ses surprises?
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