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L?humilité à fleur de peau

7 octobre 2004, 20:00

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Orchidée, synonyme de difficulté ? Fragiles et exigeantes, cattleya, phalaenopsis, vandas et sabots-de-Vénus ont la contrariante réputation de ne pas pousser sous les doigts du premier venu. Serge Lecluse, lui, persévère.

Trente ans qu?il lave du charbon, avant de le concasser en morceaux inégaux. Des décennies à contrôler les paramètres de croissance. Humidité et température n?échappent pas à cet agronome de formation, qui exerce chez IBL Chemicals.

Serge Lecluse est parmi les exposants de la 23e édition de l?Annual Orchid Show. L?évènement débute aujourd?hui dans la cour de la mairie de Quatre-Bornes. Cette exposition florale restera ouverte jusqu?à dimanche. Elle coïncide avec la clôture du mois de l?environnement, organisé par la municipalité de la Ville des fleurs.

Voix posée, l?air zen derrière sa cravate, c?est avec un naturel presque émouvant qu?il nous ouvre les portes de son jardin qui n?a rien de secret. Les tons de verts qui se chevauchent renvoient d?abord une sensation de profusion. Autant de coussins moelleux contre lesquels s?adosse une variété de beautés rares.

Suspendues par des crochets métalliques, les cinq rangées de fleurs ont été spécifiquement pensées pour leur permettre de respirer. ?Je refuse de les poser sur des tablettes. Les racines vont partout, cela devient compliqué de les déplacer. A la limite, il faut couper les racines et la plante risque de mourir.? La souffrance est perceptible dans le timbre bas de Serge Lecluse. Il ne supporte pas l?idée que l?on puisse faire du mal à ces échantillons si spéciaux de la nature.

A peine le temps de les admirer et une douche froide s?abat sur nous. C?est le système d?arrosage qui s?est déclenché automatiquement. Sans perdre son sang-froid, Serge Lecluse court fermer le robinet avant de nous expliquer que les plantes sont arrosées trois fois par jour en été et une fois seulement en hiver.

Ses mots glissent sur les contours des phalaenopsis à la symétrie hypnotique. A pois, à rayures, avec des stries couleur de vin, les pétales blancs et rosés apaisent les yeux fatigués et calment les nerfs surmenés. ?Dès que je mets le pied dans la serre, je déconnecte?, confirme Serge Lecluse.

Avant de laisser parler son côté passionné : ?Dans la famille des phalaenopsis, il n?y avait pas de jaune?, nous explique-t-il en pointant le doigt vers une tige florale qui ?peut durer jusqu?à trois mois et rester fraîche comme au premier jour. Les humains ont beaucoup à apprendre des fleurs?.

L?amateur a visiblement appris la patience, qualité durable née des longues heures passées au chevet de ses plantes. ?Quand j?en perds une, c?est une partie de ma vie qui s?en va.? Précieuses minutes de soin et d?investissement financier qui le pousse à importer des orchidées de France, de Malaisie et d?Australie entre autres.

Outre ses multiples récompenses : meilleure ascocenda et meilleure vandaceous obtenues lors de précédentes éditions du Orchid Show, cet ancien président de la Orchid Society of Mauritius est membre du American Orchid Society. ?Cela me permet de recevoir toutes leurs publications. C?est comme cela que j?apprends car l?orchidée c?est la fleur du partage.? Dans son jardin à Quatre-Bornes, Serge Lecluse cultive aussi l?humilité : il n?a jamais osé présenter ses fleurs à l?étranger. C?est sans elle qu?il compte se rendre à la 18e World Orchid Conference qui se tiendra à Dijon du 11 au 20 mars 2005.

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