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L?histoire, naturellement

18 avril 2007, 00:00

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Autre chose que l?histoire ? ?Not really?, dirait ce gentleman oxfordien. Fasciné par Napoléon et De Gaulle. Pas leurs parcours mais les valeurs qu?ils incarnent. Leurs légendes, leurs mémoires.

Sudhir Hazareesingh fouille dans la sienne. Ton posé, lunettes d?intello. Un titre impressionnant sur les épaules : Fellow au Balliol College à l?université d?Oxford. Assis sur des montagnes de références, dans sa chemise délavée et son pantalon à l?ourlet usé. Riche d?une lignée connue.

On n?échappe pas à sa propre histoire. Quand il fait la liste des gens qui comptent dans la sienne, c?est sans surprise qu?il cite en premier son père, ce héros. Kissoonsingh Hazareesingh ancien directeur du Mahatma Gandhi Institute, proche collaborateur de sir Seewoosagur Ramgoolam.

Ce père ?historien pratiquant?, à l?impressionnante bibliothèque, aux doubles diplômes (London School of Economics et doctorat à la Sorbonne), aux fréquentations mondaines.

Sudhir a très tôt le goût de l?étude et se construit à l?ombre de son père. Il est aussi poussé par Sandip, un aîné qui lui aussi est attiré par l?histoire. Celui-ci est aujourd?hui historien à l?Open University, à Bristol. Enfant, Sudhir lit les livres que son frère dévore. A 14-15 ans, Sandip se passionne pour Napoléon. Sudhir, qui a l?âge de raison, lui emboîte le pas.

Mais il tombe sur un Corse et les choses se corsent. Dans ces années-là, à la table de son père, il retrouve souvent un ami intime de ce dernier : Antoine Colonna, attaché culturel à l?ambassade de France. L?enthousiasme de Sudhir ne peut que se cristalliser. Aidé par les bouquins que Colonna ramène chez les Hazareesingh.

Une atmosphère qui s?imprime dans son parcours, quand sonne l?heure des choix. Boursier en 1981, Sudhir choisit Balliol College. Il y suivra tous les cycles. Le premier en 1981, le Master in International relations en 1984 et le doctorat sur les personnalités communistes en France, en 1986. Avant qu?un poste d?enseignant ne se libère dans son collège, l?année où il termine son doctorat.

Pour une personne qui avoue ne pas être matinale, c?est la preuve que le monde n?appartient pas qu?à ceux qui se lèvent tôt. Lui, dit seulement qu?il a de la chance. Comme Napoléon, qui avant de choisir quelqu?un, demandait si cette personne était née sous une bonne étoile.

?Capter et surtout retenir l?intérêt?

Pendant la semaine où il va se réveiller à Maurice (il est là jusqu?à samedi), le gentleman au léger accent britannique donnera une série de conférences sur des thèmes auxquels il a consacré 20 ans de recherches. ?Quand j?y repense, je n?ai jamais voulu faire autre chose qu?aller à l?université et faire des recherches.?

Voilà pourquoi il n?écrit pas sur Maurice. Par déontologie personnelle. ?J?ai trop de respect pour le travail historique pour penser que je peux m?asseoir à Oxford et produire un truc.? Lire les journaux locaux sur le net, revenir en vacances une fois l?an, accrocher dans son salon un tableau du Coin de Mire, pour s?imaginer pieds dans l?eau à Péreybère, en plein hiver britannique, ne suffisent pas.

Pour écrire, il lui faut vivre dans le pays. Le sentir dans ses fibres au jour le jour. Saisir par lui-même les nuances. Affiner ses travaux à la finesse du vécu. Plus Sudhir Hazareesingh se raconte, plus il partage son sens de l?investissement total. Lui qui, en cours à Oxford, tient à éviter la pose doctorale, s?astreint à enseigner sans s?aider de notes. Discipline imposée, pour ?regarder les étudiants dans les yeux. Capter et surtout retenir leur intérêt?.

Dépasser les clichés qui minent ce sujet, perçu, du moins chez nous, comme une rébarbative énumération de dates. L?historien sourit. Les récitations il n?a pas pu y échapper. Ce qui l?a sauvé : ?Je lisais par moi-même. L?école n?était pas le lieu d?apprentissage essentiel, je dirais même que c?était le lieu accessoire.? Voilà sans doute pourquoi, au départ, il n?arrivait pas à lire Shakespeare, ?parce que l?on apprenait par c?ur sans saisir le lexique qui va avec?. Renverser en sa faveur, une part du ?désintérêt que l?on voit pour la politique en Europe, le contraire d?ici où tout le monde a une opinion sur la question?.

Même en vacances, Sudhir Hazareesingh bosse. Six mois de temps libre dans son emploi du temps à Oxford, c?est le moment de filer à Paris, d?être ce rat de bibliothèque cherchant sans répit des réponses aux archives. Celui qui rigole tranquillement quand les collègues envieux lui parlent du Paris romantique, celui de la Tour Eiffel. Celui qu?il n?a pas vraiment le temps de regarder. Trop occupé à comprendre.

Et n?allez surtout pas croire que c?est pour l?argent. Son premier salaire ? entre le collège et l?université, il était employé à la State Bank ? , il ne l?a quasiment pas touché pendant des mois. Il y prélevait juste assez pour s?acheter des sandwichs pour le déjeuner. ?Comme c?était versé dans la banque où je travaillais, je pouvais regarder cela de temps en temps.?

Le temps de faire des projets ? L?historien qui ausculte le passé préfère les projections courtes. Ne planifie pas au-delà des deux à trois prochaines années. Il ne sait donc pas s?il revient à Maurice après Oxford.

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