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L?heure ?

18 mars 2007, 00:00

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«Avant l?heure, c?est pas l?heure ; après l?heure, c?est plus l?heure ; l?heure, c?est l?heure. » C?est le premier aphorisme qu?apprenait tout bidasse, dès son incorporation. On a eu tort de dire que le service militaire ne servait à rien : il servait au moins à donner au jeune citoyen le sens de l?exactitude. Et non à considérer le temps comme un élastique que l?on distend à sa guise. Le temps des hommes est réglé sur vingt-quatre heures, ce qui nous permet de régler nos activités à la minute près. Il y a toutes sortes d?heures, les douces, les terribles ? « Certaines heures semblent impossibles à vivre, écrit Julien Green. Il faudrait pouvoir les sauter. » L?heure d?été et l?heure du thé : la première et la dernière heure. L?heure de pointe, « l?heure de l?apéro », ou de prendre la route. L?homme a modelé à son usage mille expressions qui jalonnent sa vie de l?heure de sa naissance à celle de sa mort. Lorsque son heure est arrivée d?en finir avec toutes ces heures qui ont marqué ses joies et ses peines, le souvenir s?emparera de certaines de ces heures qu?il a partagées avec ceux et celles qu?il a connus.

« Je marche du même pas que tous les hommes dans les rues du temps », répondait Camus dans une interview. Propos exemplaire où il nous montre chacun de nous confronté aux mêmes heures. Celles de la réflexion face à l?existence ; celles des choix et des risques à prendre. Par rapport aux situations que l?histoire nous impose, il y a des heures critiques, des heures sombres, des heures fatales. La guerre, les grands conflits du monde amènent leur lot d?heures terribles qui se gravent en nous comme autant de cicatrices. Quand dans une vie, on a entendu sonner l?heure de la mort, le temps n?est plus qu?une menace en suspens. Au jour J, sonnera l?heure H, le tocsin, l?heure des braves. Durant la guerre 14-18, dans l?enfer des tranchées, il y avait des soldats qui ne dormaient pas une heure en vingt-quatre heures. Comment faisaient-ils ? Dans les camps de déportation nazis, la chiourme tenait sur des chantiers, sous l??il serveur des mitraillettes, des prisonniers à travailler douze à quatorze heures par jour. Avec une soupe d?ortie et un bout de rutabaga dans l?estomac. Comment faisaient-ils ?

Les heures de beaucoup de vies sont des supplices, auxquels pourtant beaucoup survivent. Pourquoi ? Sans doute parce que, comme le dit le pauvre bûcheron de la fable : « Mieux vaut souffrir que mourir, c?est la devise des hommes. »

La course des heures règle nos journées. Ou bien on ne voit pas l?heure passer, ou bien l?heure n?en finit pas de s?étirer, tant le temps nous semble long. A l?image du temps, l?heure est pleine d?allégresse, de réussites, ce qui donne à la vie ce sentiment de plénitude ; ou bien elle est inquiétude, inaction, menace. Quand on attend, l?heure paraît ralentir sa marche ; quand on est en retard, elle file trop vite? C?est que nous la qualifions selon nos désirs et nos plaisirs? Et puis reste tout ce qui n?a pas d?heure : la maladie, la surprise, le coup de foudre. Il fut un temps où « l?heure », telle que nous l?entendons, n?existait pas ; l?homme de la nature réglait son temps sur la course du soleil, du lever au coucher. L?instinct et l?habitude répartissait son temps. Cela laisse rêveur, quand on voit comment nous vivons de nos jours aux prises avec cette « course contre la montre », les horaires impérieux du travail? Et dans la foulée, les horaires presque aussi coercitifs de nos moments dits « libres ». C?est désormais la télévision qui règle, et programme nos heures de détente. Étrange liberté ! Des émissions où nous retrouverons l?impératif des heures sous forme de débats, de jeux qui donnent le primat à la vitesse et pas du tout à la rêverie, à la détente, à la lenteur d?un temps enfin rendu à soi? L?obsession de la vitesse oblige à bourrer les heures de suractivités, censées accroître la sensation de « vivre plus ». On n?a jamais autant parlé de « surmenage » à une époque où tout est conçu pour soulager l?effort de l?homme dans ses tâches variées? Ce n?est pas le travail qui épuise, c?est la nécessité de « faire vite », d?imposer à l?homme le rythme des machines. Telle est l?heure de vérité. Le regret inconscient du « bon vieux temps » où chacun marchait à son pas. Une époque où l?on ne vous imposait pas la sanction du rendement, de la concurrence, du surprofit, au détriment de votre équilibre. Coupé totalement de la nature et de ses lois, l?homme est devenu un singe savant à qui l?on impose toujours plus, moyennant la carotte du salaire et le bâton du licenciement. Un automate à la Vaucanson, qui, lui au moins, prenait son temps?

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