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L?hôtel et les voisins d?en face

27 novembre 2007, 00:00

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Ils sont souvent les premiers à s?en préoccuper : les hôtels ont une responsabilité sociale. Un concept d?ailleurs à la mode : en ce moment-même, le Programme des Nations unies pour le développement organise un séminaire jusqu?à mercredi, à la Plantation House, sur ce thème. Il arrive pourtant que l?imposant voisinage de nos plus luxueux établissements soit source de désagrément pour ceux qui sont en face ou à côté. Entre incompréhension ou malentendus, mauvaise foi supposée ou vrai amalgame, les relations avec les riverains sont parfois plus affaire de psychologie et de dialogue que de mauvais voisinage.

«Certes ces hôtels offrent un service cinq-étoiles, n?ont-ils donc pas les moyens de veiller à la pollution qu?ils pourraient causer alentour ?» Ces propos d?un architecte de renom ne sont pas gratuits. Ils reflètent le ras-le-bol de plusieurs résidents de Port-Tortue, à Balaclava, qui, un mois durant, ont dû subir la présence bruyante et polluante de centaines de travailleurs chinois entassés dans deux villas de ce morcellement résidentiel.

Ces travailleurs ont été affectés à des travaux pour l?hôtel La Plantation. Pendant des semaines, leur présence s?est signalée par les immondices traînant dans la cour des villas ainsi que par le tapage, dès 5 heures du matin. Ils s?en sont allés dimanche, au grand soulagement des habitants. «Ce n?est pas la première fois», lâche pourtant l?architecte, dubitatif.

Sentiment d?empiétement</B>

Car ces tracas d?arrière-cour sont devenus de plus en plus fréquents. A Wolmar, le Pearl Beach, obligé de faire démolir des infrastructures qui empiétaient sur le domaine public, le fait à grands coups de marteau piqueur au plus tard de la nuit, au grand dam des habitants du Morcellement de Chazal, qui viennent de faire une représentation aux Forces vives de Flic-en-Flac.

Dans le cas de Balaclava, les travailleurs ne sont pas sous la gouverne directe de l?hôtel. Qui peut jeter la responsabilité sur Apavou (Balaclava) ou PadCo (Wolmar) ? Quand on veut se soucier de responsabilité sociale, cela fait désordre de leur renvoyer la balle.

Le sentiment d?empiétement vécu par certains habitants se manifeste aussi sous différentes formes. Mme Kareesh Fekna, employée à la Banque de Maurice et résidente d?Albion, n?ose presque plus aller à la plage. «Les gardiens de sécurité affichent une présence intimidante à proximité du Club Med. Il s?agit pourtant d?une plage publique», proteste-t-elle. Ses représentations, recherches sur le plan légal, ajoute-t-elle, n?ont rien donné. «La direction du Club va jusqu?à nier m?avoir maltraitée, se cantonnant à dire qu?elle laisse effectivement l?accès libre à la plage publique.»

Renseignement pris auprès de l?hôtel, plus précisément de Yann Bazin, responsable technique du Club Med, les droits de passage ne sauraient être mis en cause. «La loi sur le libre passage le long de toute la plage publique est respectée. C?est pour cela que nous avons un service d?ordre sur un kilomètre et demi, pour empêcher toute intrusion dans les prémisses de l?hôtel. Sinon ce seraient les touristes qui se seraient plaints.»

La sécurité a pour mission d?éloigner tout individu, touriste comme habitant, du site d?une jetée en construction en raison des risques qu?il peut présenter. Yann Bazin signale que ladite jetée sera achevée d?ici une semaine et que le libre passage sera alors de nouveau possible. «Mais la sécurité sera toujours présente, ne serait-ce que pour veiller sur le matériel de sport nautique que nous comptons installer et pour empêcher certains d?utiliser nos transats et autres.»

«Par contre, proteste-t-il, j?ai presque envie de porter plainte à mon tour pour troubles sur la voie publique quand je vois des hordes de personnes en état d?ébriété faire du désordre et laisser des bouteilles à côté de cette jetée.» Pourtant, reconnaît Yann Bazin, «nous avons une mission d?aménagement territorial». Un cabinet d?experts a mis sur place tout un programme de collaboration avec les commerçants, artisans, pêcheurs et autres acteurs de la vie de la localité et des alentours.

Il y a aussi droit d?accès et droit d?entrée : pour pouvoir s?installer à Albion, les promoteurs du projet hôtelier ont du débourser la coquette somme dû Rs 25 millions. «Les autorités comptaient l?utiliser pour l?aménagement de la plage publique.» Jusqu?à l?heure, les seuls travaux entrepris ont été consacrés à une autre jetée, à l?attention des habitants et financée à part? par le Club Med ! «Nous l?avons construite en contrepartie de la clôture qui isole notre propriété», indique Yann Bazin qui précise que le point d?entrée sur toute la plage a été respecté.

Il en profite pour se défendre des critiques venant d?autres riverains. «C?est vrai que des travaux ont été faits sur la route côtière pour que la Central Water Authority nous fournisse en eau. Cependant l?état dans lequel les travailleurs de la CWA ont laissé la route ne peut nous être imputé.» De la frustration à l?amalgame, il n?y a qu?un pas.

Cela ne règle pourtant pas le problème des résidents qui, momentanément ou pas, se sentent dépossédés, comme Kareesh Fekna. Sont-ils seulement des sacrifiés de la raison d?Etat ? Notre enquête se termine par une marche sur la plage d?Albion. A côté du Club Med, les locaux de la Fisheries : l?accès est totalement clôturé, l?entretien indigne de cette portion de la plage, peut-être la plus belle. De quoi s?interroger...

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