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L?hôpital ? Borstal et le Camp des Cipayes (Vagrant Depot) de GRNO

11 décembre 2006, 00:00

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Avec le Borstal, la localité de Grande Rivière possède un des joyaux de notre patrimoine architectural. Il s?agit d?un bâtiment en pierre, mesurant 125 pieds de long sur 40 de large. Il est construit sur un terrain de six arpents. Les hautes murailles l?entourant lui donnent l?air d?une prison mais ce bâtiment est, au départ, un hôpital, accessible par la mer, dans un endroit frais où l?eau est disponible en abondance. Sa construction remonte incontestablement à la période française. Ses premiers directeurs sont les chirurgiens Lavoy et Guillaume Lavergne. Ce dernier dirige l?établissement jusqu?à sa fermeture en 1787. En 1808, l?établissement accueille des marins anglais faits prisonniers. Les Anglais, maîtres de l?île, rouvrent l?hôpital de GRNO. D?autres bâtiments sont construits sur cet emplacement mais le vieil hôpital ne subit aucune modification architecturale.

Jusqu?en 1851, l?hôpital se révèle de la plus grande utilité. On raconte qu?un de ses directeurs, le Dr Montgomery, veut disséquer le foie d?un malade, venant de trépasser. Préférant le faire à loisir chez lui après sa journée de travail, il envoie l?organe à son domicile. Il rentre chez lui. Fait un savoureux repas. Réclame le foie à disséquer. Confus et honteux, son cuisinier lui apprend s?en être servi pour concocter le repas de son maître, pensant qu?il s?agissait du morceau de viande à apprêter à cet effet. Il était une fois...

En 1851, on construit au Port Louis, l?hôpital civil (aujourd?hui bâtiment des colis postaux et Musée philatélique de la Poste). L?hôpital de GRNO est de nouveau fermé. Le gouvernement le propose à la nouvelle municipalité portlouisienne pour en faire un hôpital pour indigents. Les ressources manquent. On met en vente le bâtiment. Il n?intéresse aucun acquéreur. Le gouvernement décide de le convertir en asile pour aliénés et le confie au Dr Lewis Powell. Des S?urs de Charité y sont attachées. Le Dr John Dickson le remplace à son départ en retraite. Il est aussi responsable du Vagrant Depot, l?hôpital de l?ancien camp de Cipayes. En 1879, les aliénés sont transférés au nouvel hôpital de Beau-Bassin. Plus tard, l?emplacement sera transformé en établissement pénitentiaire. Notre ancien Borstal. Il porte le millésime de 1769 sur la pierre frontale de l?entrée principale. Il mérite une nouvelle vocation digne de sa qualité architecturale et de son ancienneté. Il a, bien sûr, droit à un respect qui a tant fait défaut dans le cas de l?école Onésipho-Beaugeard.

Ses murs racontent le souvenir du malheureux William Allan, ancien chef clerc du Trésor. Injustement soupçonné de la découverte, en 1818, d?un déficit de $40 000 dans la caisse du Trésor, il est suspendu de ses fonctions, en même temps que le trésorier général, Théodore Edward Hook, romancier, humoriste distingué, un protégé du Prince Régent. Soupçonné d?être fou, Allan est enlevé de force de chez lui et est enfermé à l?hôpital des fous de GRNO. Il y meurt dans des circonstances des plus mystérieuses. Déjà des brutalités... policière ou hospitalières

Hook quitte Maurice pour être jugé en Angleterre. Au Cap de Bonne Espérance, il rencontre Lord Charles Somerset qui l?a connu à Londres. Il s?étonne de ce retour prématuré en Angleterre. Hook lui répond : I believe they think there is something wrong in my... chest. Il sera reconnu, au bout de cinq ans, responsable d?un manque à gagner de £12 000 au préjudice du gouvernement de Maurice. Déjà la justice à deux lenteurs.

Dès 1750, la Compagnie des Indes crée sur la rive gauche de la GRNO, près du pont à arche blanche, un petit établissement composé d?un moulin à blé, d?un moulin pour la fabrication de la poudre à canon, de quelques entrepôts et de dépendances. Plus tard, on construit un second moulin à blé. De vieux documents indiquent la présence d?une salpétrière. Pendant 60 ans, les moulins à blé de GRNO servent à moudre un blé d?excellente qualité, planté dans les environs et aussi bon que le blé, importé de l?Inde. L?aménagement du canal Dayot permet de construire des moulins à blé au Port Louis et plus exactement à la rue du Rempart (aujourd?hui rue Edith-Cavell). Le gouvernement colonial anglais ne parvient à vendre cet établissement qu?en 1871. Il comprend alors un moulin à blé, une boulangerie, une sècherie, un lavoir et un vieux moulin. Ce vieux moulin existe toujours. Il est situé en contrebas du parapet du pont à arche blanche.

Léon Huet de Froberville précise, qu?en 1922, l?établissement appartient à Henri Mallac. Il y installe une filature de fibres d?aloès.

Sur la route menant à Pointe aux Sables se trouve un camp de Cipayes. Il s?agit d?un ancien poste militaire. Y sont casernés les Cipayes faits prisonniers dans l?Inde ou sur des bateaux anglais, du temps du gouverneur Decaen. Deux cents Cipayes participent à la défense de l?Isle de France contre l?envahisseur anglais en novembre/décembre 1810. En 1864, le camp de Cipayes devient Vagrant Depot ou dépôt pour vagabonds. L?année suivante, l?établissement accueille de jeunes criminels. Il accueille, en 1866, 400 enfants coupables de divers délits. Le pénitencier pour jeunes criminels est transféré sur l?ancienne propriété sucrière de l?Asile, à mi-chemin entre le Moulin à Poudre et la station de chemin de fer de Calebasses. Il peut s?agir de l?ancien couvent de Calebasses.

L?ancien champ de Cipayes est un bel emplacement de deux arpents, entouré de belles murailles. L?entrée est une conciergerie en pierres de tailles. Sur la façade, on peut y lire : ?A.D. 1866 ? Vagrant Depot?.

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