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Leçons à apprendre
Après la mort, la tisane ? C?est la réflexion qu?on pourrait être tenté de faire après la visite des quatre personnalités étrangères cette semaine. En tant que Premier ministre ou ministre des Finances, chacune d?entre elles a présidé au destin de son pays en prônant de profondes réformes, aussi bien sur le plan économique, commercial, budgétaire, que sur celui de l?aide sociale ou de la fonction publique. Mais la tournure qu?a prise la visite laisse dubitatif.
Indiscutablement, l?expérience et les conseils des vétérans de la réforme que sont Fitzgerald, Richardson, Guzman et Levy sont bons à prendre. Comment nier la pertinence des propos de Ruth Richardson, ancienne ministre des Finances de Nouvelle-Zélande, quand elle explique que « laisser empirer la dette publique aujourd?hui, c?est sacrifier dès demain l?éducation de nos enfants ». Et comment contredire Nicolas Eyzaguirre Guzman, ancien ministre des Finances du Chili, quand il explique qu?une « industrie locale finit toujours par trouver des arguments pour dire qu?elle est plus spéciale ou vulnérable que les autres ». En justifiant la nécessité de résister à la tentation de surprotéger les industries locales face à la compétition internationale.
C?est l?évidence même. C?est d?ailleurs tellement évident que le dernier budget a repris les grands axes de réforme tels qu?ils sont défendus par nos éminents invités. C?est-à-dire, un contrôle budgétaire rigoureux, une meilleure ouverture vers des compétences et des business étrangers, un système fiscal et d?incitation à l?investissement performant. Et une générosité de l?État providence « revisitée ».
Sauf que l?évidence peut ne pas être comprise par le grand public. Et c?est exactement ce qu?il s?est passé après le budget. La population n?a que très partiellement assimilé la portée et la vision du budget de rupture. On a donc vu dans cette visite une excellente occasion d?assurer son service après-vente. Une explication de texte et de philosophie livrée par des experts « who have been there and done that ». Sauf que ce résultat, s?il était escompté par le gouvernement, ne sera sans doute pas atteint.
D?abord parce que les anciens ministres ne se sont pas adressés aux bonnes personnes. Pourtant, les médias n?ont pas manqué de répercuter les propos des experts, à coup d?interviews et d?émissions spéciales durant lesquelles d?agaçants « que pensez-vous de telle mesure du budget ? » sont souvent revenus sur le tapis. Alors que nos invités étaient avant tout venus partager leur expérience, on a surtout passé notre temps à essayer de savoir s?ils cautionnaient ou désapprouvaient les mesures budgétaires de Rama Sithanen, dont ils ne connaissent d?ailleurs que la philosophie, et non le mode d?application détaillé.
Il aura beau se trouver en face d?un dirigeant politique aux états de service impeccables, le citoyen lambda n?aura que très peu à faire avec ce que le gouvernement chilien a mis en place pour juguler la montée du chômage. Ou même comment un régime fiscal amélioré en Nouvelle-Zélande a contribué à résoudre la question du déficit budgétaire. Il faut se rendre à l?évidence, le discours de nos invités n?a pas touché ceux qui demandent encore à être convaincus de la justesse du budget de Rama Sithanen. C?est-à-dire une bonne partie de la classe moyenne et ouvrière du pays. Sans compter les personnes de milieu aisé qui ont décidé de comprendre le budget de travers parce que certains de leurs privilèges sont menacés.
Aux réticences des classes aisées s?ajoutent celles d?un coriace mouvement syndical. Pour lui, point de débat ou d?échange à avoir avec ces ultra-libéraux. Savoir que leur mission était organisée par la Banque mondiale a suffi à les convaincre que ce n?étaient que des membres du Club de Bretton Woods qui sont venus prêter main-forte à un collègue en difficulté à Maurice. Les syndicalistes ont donc boudé les rencontres, contraignant les anciens ministres étrangers à s?adresser à des auditoires de convaincus à l?université de Maurice, ou lors de forum-débat avec les secteurs privé et public. Où, les sceptiques éventuels, les hauts fonctionnaires sont désormais bien obligés de gérer leur administration autrement, comme l?impose la nouvelle conjoncture économique locale et internationale.
Alors, quelle conclusion tirer de cette visite ? Beaucoup de bruit pour rien ? Peut-être pas, car nos invités ont également eu de longues séances de travail avec le gouvernement. On peut espérer qu?ils ont transmis et partagé leur expérience sur l?art et la manière de communiquer autour d?une réforme. En expliquant peut-être au gouvernement, que c?est à lui que revient le travail d?explication. Et qu?il ne doit pas être confié à des pèlerins exégètes de la réforme estampillés du sceau Bretton Woods. Ce serait une leçon utile à retenir pour l?avenir.
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