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L?explosion de Réunion S.E. en 1878 et autres accidents tout autant détonants
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L?explosion de Réunion S.E. en 1878 et autres accidents tout autant détonants
Le samedi 14 septembre 1878, un déplorable accident survient à l?usine sucrière de Réunion, à Vacoas. Un générateur à tubes mobiles vient d?être installé et fonctionne pour la première fois. Tout marche convenablement jusqu?à 14 heures lorsqu?arrive l?accident tant redouté. La force de la vapeur arrache une quinzaine de tubes à l?intérieur du générateur et les lance au dehors avec une extrême violence. Le Cernéen, qui rapporte l?accident dans sa livraison du mardi 17 septembre suivant, ignore les causes de l?explosion. Il rapporte malheureusement que des hommes, occupés à chauffer le générateur, ont été soit blessés par le jet des tubes, soit brûlés par ceux d?eau bouillante. ?Quatre de ces malheureux ont succombé le soir même et un cinquième est mourant?, ajoute le journal dirigé alors par C. Fournier. Le Cernéen avait, à cette époque, son siège social au 9, rue du Vieux-Conseil, Port-Louis.
L?histoire de l?industrie sucrière contient plusieurs cas d?explosion de chaudières et de générateurs. Ainsi, le 11 août 1871, soit sept ans avant l?accident de Réunion S.E., celle de la chaudière de l?usine sucrière de Beau-Séjour, à Quatre-Bornes (emplacement occupé partiellement aujourd?hui par le Super U de la rue Rémy-Ollier) cause la mort de 15 travailleurs et fait 11 blessés. James Currie acheta cette propriété sucrière, en 1860, de la société Reid Irving.
Le 21 septembre 1872, le générateur de l?usine de Belle-Mare S.E. fait un mort. Le 4 décembre 1874 c?est au tour de Cluny S.E. de perdre neuf employés lors d?une explosion de chaudière. Le 18 septembre 1882, Beau Séjour S.E., Rivière-du-Rempart, connaît la même infortune. Le 28 décembre 1928, la chaudière d?une locomotive d?Olivia S.E. explose et cause la mort d?une douzaine de personnes. Les derniers jours de l?année ne portent décidément pas chance à cette propriété sucrière. Elle connaît, le 31 décembre 1887, une explosion de chaudière meurtrière. Cette même année 1887 enregistre, le 25 septembre, l?explosion d?une chaudière à Colmar, Britannia. La région de Bel-Air-Olivia avait déjà connu une explosion de chaudière de tramway, le 25 février 1890, à Rivière-Sèche.
Une terrible explosion
L?on peut aussi noter, au malheureux chapitre des accidents mortels au travail pour cause d?explosion les tragiques événements suivants : le 4 mai 1895, un accident de travail cause la mort de M. Hein, à Stanley S.E. ; le 3 septembre 1908, sur la propriété sucrière de Joli-Bois, d?un défécateur, s?échappe du sirop en ébullition. Trois hommes, dont le copropriétaire de la sucrerie, ne survivront pas à leurs brûlures.
N?oublions surtout pas que ces explosions et autres accidents de travail inattendus et intempestifs ont parfois causé des faillites et des fermetures d?usine sucrière retentissantes. Jusqu?à l?établissement des assurances agricoles aujourd?hui en vigueur, la période de la coupe et du broyage des cannes conserve des allures de roulette russe. Tout pouvait arriver, forçant les propriétés les plus prospères et les plus performantes à mettre la clé sous le paillasson.
Une explosion à faire grand bruit dans l?histoire de Maurice est celle survenue à la Baie-aux-Tortues ou de l?Arsenal, le 21 septembre 1744. Le feu prend à sept heures du matin et une terrible explosion fait sauter le moulin à poudre, faisant 40 victimes dont 11 morts. Le bruit est si violent qu?on peut l?entendre à Port-Louis. Tous les bâtiments sont détruits à l?exception d?une scierie et d?un moulin à blé. On peut admirer les vestiges de ces bâtiments historiques dans l?enceinte de l?hôtel Maritime à Balaclava. Pour des raisons de sécurité, le nouveau moulin à poudre est reconstruit quelques kilomètres plus loin à l?intérieur des terres. Ces raisons de sécurité, aux dires de Patrick Ferrat de la Société de l?Histoire, tiennent à la proximité du bord de mer qui expose le moulin à poudre de Balaclava aux tirs de canon d?éventuels navires ennemis.
Le nouveau moulin à poudre s?installe à proximité des Forges de Mon-Désir, fondées le 31 mars 1745, par Jean Auguste Thomas Gilles Hermans, un associé du comte de Rostaing. Le nom du nouvel établissement métallurgique, équipé de hauts-fourneaux, revient sans cesse dans la correspondance entre Maurice et Paris au XVIIIe siècle. Rostaing a droit, en 1750 et années suivantes, à de nouvelles concessions pour planter de l?indigo, à des esclaves, à des maçons, tailleurs de pierre et charpentiers.
Le moulin à poudre de Balaclava connaissait périodiquement de funestes explosions. Amédée Nagapen, dans son histoire de Moulin-à-Poudre, fait état des accidents survenus en 1758 et le 14 janvier 1761 (deux victimes : un poudrier et un esclave). Il mentionne surtout l?explosion de 1771, causant la mort de 300 personnes. L?arsenal est alors désaffecté et transféré à l?emplacement occupé plus tard par l?ancienne infirmerie de la léproserie de Moulin-à-Poudre.
Albert Pitot, dans son Ile de France, esquisses historiques, fait allusion (page 101) à ?l?ingénieuse théorie? de Cossigny pour expliquer la répétition de ces accidents. Ce dernier conclut, à partir de diverses explosions, que certaines espèces de bois indigènes ont des propriétés électriques qui peuvent ne pas être étrangères aux explosions enregistrées. Mgr Nagapen s?en tient pour sa part à un rapport de M. de Souillac, faisant état d?un frottement excessif des cylindres.
La période contemporaine n?est pas non plus exempte d?explosions retentissantes. Les plus mémorables et, malheureusement, les plus meurtrières sont celles survenues lors de l?incendie des ateliers de Harel-Mallac, à la rue Edith-Cavell, Port-Louis, 11 septembre 1975. Quelques années plus tard, des travaux de soudure effectués sur des citernes provoquent une terrible explosion à la Mauritius Breweries à Phoenix.
Mais revenons à l?usine sucrière de Réunion qui fournit, par le 125e anniversaire d?une explosion mémorable, l?entrée en matière de cette chronique. Guy Rouillard, sans son admirable Histoire des Domaines sucriers, nous apprend qu?en 1868 Théodore Vigier de Latour achète le domaine de Réunion d?une superficie de 1 166 arpents. La sucrerie est construite sur le terrain Beaumanoir, précédemment concédé à Joseph François Charpentier de Cossigny. La princesse Bety achète d?Alexandre Trébon, en 1792, 312 arpents, limités par la rivière du Rempart. Elle y habite jusqu?à son décès en 1805.
Transport trop onéreux
En 1882, George Robinson est propriétaire de Réunion. Il s?associe à W. S. Harvey, propriétaire d?Henrietta, dans le but de grouper les deux propriétés. La fusion est définitive en 1932. Entre 1932 et 1959, Réunion S.E. achète 1 852 arpents à Henrietta, 280 arpents à Tranquille, 200 arpents à Bonnefin, 2 740 arpents à Tamarin, 682 arpents à la Plaine Noël et 274 arpents à Gujadhur. L?établissement a aussi acheté les terres de Bassin mais les cannes de cette propriété sont dirigées vers Médine, car le transport des cannes de Bassin à Réunion se révèle trop onéreux. Cela n?empêchera pas plus tard Réunion S.E. d?acheter des terres à Yémen et à transporter des cannes par la route particulièrement montante de Magenta. Elle s?équipe alors de mémorables camions de la marque Atkinson.
Après avoir absorbé plusieurs établissements sucriers environnants, Réunion S.E. subit le même sort dans les années 1980. L?usine ferme ses portes et les cannes de Reuland sont désormais broyées par Médine, Highlands et Mon Désert Alma. Depuis, Highlands a aussi cessé de broyer de la canne et de produire du beau sucre roux, alors que sa cheminée lançait les plus beaux panaches de fumée et de vapeur de toute l?île. L?emplacement de l?usine sucrière de Réunion connaît la transformation la plus spectaculaire quand Floréal Knitwear y aménage une de ses unités manufacturières. Il y reste cependant quelques vieilles pierres et quelques vieux bâtiments pouvant encore raconter à qui veut les entendre les vieilles histoires d?explosions meurtrières d?antan.
?Des explosions et autres accidents de travail inattendus et intempestifs ont parfois causé des faillites et des fermetures d?usine sucrière retentissantes. Jusqu?à l?établissement des assurances agricoles aujourd?hui en vigueur, la période de la coupe et du broyage des cannes conserve des allures de roulette russe.?
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