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L?exil dans la poésie de Jean Fanchette

4 septembre 2007, 00:00

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Sous les auspices du Centre de Recherches et d?Informations sur l?Histoire, les Langues et la Littérature de Maurice (CRIHLLIM), Melvyn Ramasawmy donne une conférence, à la mi-1982, à la Maison de la Culture, à Rose-Hill, sur l?exil dans la poésie de Jean Fanchette, thème d?un mémoire de maîtrise, soutenu en 1976. Il étaie son exposé de citations d?Osmoses, de Midis du Sang, d?Archipels, d?Identité provisoire et du roman Alpha du Centaure.

L?exil est un problème qui se pose au monde entier mais qui intéresse d?une façon toute particulière et très paradoxale tout Mauricien cernant cette notion. Ramasawmy souligne d?abord le bannissement, sans écarter pour autant l?évasion volontaire et même délibérée.

Il cite Edouard Maunick qui parle, à ce propos, ?d?une démangeaison de partir qui nous envahit comme un vent de folie?. Fanchette parle, de son côté, de l?île-prison. L?exil apparaît alors comme une véritable évasion, une libération qui permet à l?insulaire de se rendre compte par lui-même des merveilles exotiques, vantées dans des livres-talismans lus, dévorés et appris par c?ur. L?exil devient alors l?espoir d?une vie libre et indépendante.

L?exil n?est pourtant pas la solution réglant tous les possibles états d?âme. Insulaire, il l?est dans son île-prison. Insulaire, il demeure à l?étranger, dans de grands centres qui ne sont que d?immenses prisons, au sein desquelles il se sent davantage encore un isolé car devant vivre dans un océan d?indifférence générale, dont il ne pouvait avoir idée dans son île-prison où les pierres des murs-geôles sont des personnes, l?empêchant de respirer tout son soûl et d?être ce qu?il ambitionne devenir.

Hors de son île-prison, l?exilé, pseudo-évadé, prend surtout conscience de ses différences et de son incapacité de s?intégrer dans une société qui lui est beaucoup plus étrangère qu?il ne l?imaginait. Il lui reste alors d?essayer d?évoquer son africanité. Il porte alors son regard critique sur son nouvel entourage. Le temps de la désillusion l?incite à idéaliser son île natale. Son ardent désir de s?intégrer au plus vite dans son nouvel environnement ne va pas jusqu?à renier son île natale.

Se pose alors la question d?un retour au pays natal. Il ne s?agit d?ailleurs pas d?un simple problème géographique car l?exil prend également une dimension psychologique.

Le retour au pays natal n?est pas non plus une solution en soi. L?exilé, rentrant à Maurice, se retrouve de nouveau étranger dans une île natale qui n?est plus celle qu?il à délaissée quelques années auparavant. Il se rend compte, avec stupéfaction et même horreur, qu?elle a poursuivi son petit bonhomme de chemin, qu?il n?est plus un des acteurs privilégiés de son odyssée. Ses amis d?enfance, d?école et de collège, deviennent des chefs d?entreprise, des responsables. Ils décident de leur vie, sans estimer utile de solliciter son point de vue. Pire encore, on lui demande de prendre acte du chemin parcouru sans lui, prendre acte d?un chemin qui lui devient alors odieux parce que ce chemin, parcouru sans lui, ne le reconnaît pas, ne lui fait aucune place. Ce chemin parcouru sans lui hurle le poids accablant, non pas de son exil, mais de sa désertion. Banni des êtres chers de sa jeunesse, d?exilé, il devient, sur place, banni de son île natale.

Mais le poète chez Jean Fanchette ne cède pas à l?absurde. Il bénéficie d?une sorte de rédemption. Il retrouve un temps intérieur. Il finit par se débarrasser de ses angoisses matérielles et cosmiques. Il s?investit dans la magie de l?art. Le monde de son enfance n?est plus ou ne le reconnaît plus, ce qui revient au même. Il le reconstruira de toutes les pierres de son vécu. L??uvre littéraire ou artistique compense alors le pays perdu de son enfance. De le dire et si bien soulage.

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