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L?euthanasie a la faveur des médecins

22 juin 2004, 20:00

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Peut-on abréger les souffrances d?un malade quand on ne peut plus rien médicalement pour le soulager ? Ou doit-on tenter, pour des questions éthiques, les soins palliatifs ? Sans pour autant rejeter ce type d?accompagnement qui relève de la psychologie, les médecins sont favorables à ce que l?euthanasie soit autorisée. Ils en ont débattu lors du dernier Medical Up-date organisé jeudi par le Dr Keser Pillai, spécialiste en médecine interne, au Burrenchobay Hall de l?université de Maurice.

Avoir le droit de choisir ce que l?on veut faire de sa vie. C?est l?argument principal en faveur de l?euthanasie que défend le Dr Vel Pillay, consultant et ancien directeur de l?hôpital de Moka. Un point qu?approuve également le Dr Charles Yip Tong. L?euthanasie, dit-il, dépend de l?attitude de tout un chacun envers la vie. Une question d?individu mais aussi de culture, renchérit le Dr Pillai qui a comparé l?approche de deux pays différents.

?Dans un pays où j?ai pratiqué, la croyance était qu?il faut souffrir pour gagner son ciel. Là-bas, il était hors de question de rendre la vie du malade confortable.? En revanche en Grande-Bretagne, ajoute le Dr Pillai, il était autrefois courant que les consultants demandent à leurs médecins-assistants de rendre ?confortable? la vie du patient en phase terminale. Le message était que le malade avait suffisamment souffert et qu?on pouvait lui administrer des opiacées qui sont une forme d?euthanasie. ?L?euthanasie, c?est aussi une question de différence culturelle??

C?est une question plus pratique mais non moins humaine qu?a soulevée le Dr Ramesh Modun. ?Les lits de l?Intensive Care Unit sont limités et en laissant les malades cliniquement morts sous respirateur, j?empêche un malade pouvant être sauvé d?en profiter. Ce faisant, je ne prolonge pas la vie mais la mort.?

Quels que soient les motifs de son acte, le médecin qui prendrait le risque de ?soulager? le patient, en lui injectant une dose élevée de calmants ou en débranchant le respirateur, enfreint la loi, a prévenu Sir Victor Glover, ancien chef juge. Car l?article 5 de la Constitution garantit le droit à la vie. Un des alinéas indique qu?aucune personne ne doit être volontairement privée de la vie. Dans tous les cas de figure, le praticien serait arrêté et jugé. Seul l?acte d?accusation peut différer. ?Si l?acte d?accusation est l?injection de substance nocive, le médecin bénéficierait peut-être de circonstances atténuantes. Mais si l?acte retenu est l?assassinat, il pourrait être emprisonné.? Cela même si le patient a réclamé ce geste de son médecin.

Le Dr Pillay semble penser que la société pourrait évoluer vers l?euthanasie en raison de certaines contradictions. Par exemple, on envoie des soldats à la guerre au péril de leur vie. Ou encore on ne considère plus le suicide comme un acte illégal. Si l?idée de l?euthanasie venait à être plus acceptée, il faudrait bien sûr, ajoute le praticien, réfléchir aux garde-fous pour éviter des abus.

Mais quelle valeur accordent ces médecins aux soins palliatifs ? Pour les partisans de cette méthode, qui consiste à pratiquer une écoute active, les résultats sont concluants. ?Si on écoute bien les malades ? c?est la tâche du bénévole ?, ce n?est pas de la vie qu?ils demandent à être débarrassée mais de l?isolement dans lequel la famille les plonge quand elle refuse de les écouter évoquer leur mort prochaine?, explique Marie-Claire Lagesse, cofondatrice de l?Association pour les soins palliatifs à l?île Maurice.

Pour des raisons d?accessibilité difficile, les soins palliatifs ne sont pas perçus comme une solution. ?C?est l?idéal bien sûr mais ce n?est pas à la portée de tous, explique le Dr Yip Tong. Là où ces soins n?existent pas, il faut une alternative qui soit un exit sans souffrance et dans la dignité.? Cécile Saunders, la fondatrice des soins palliatifs, reconnaît qu?une alternative aux soins palliatifs est envisageable. Car ce type de soins ne marche pas pour tous. Le juste milieu serait alors ce que les spécialistes appellent le sommeil induit, à condition que le malade, ses proches et l?équipe soignante y agréent.

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