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L?euro, un mirage pour les grands entrants dans l?UE

23 mars 2004, 20:00

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<B>SUR LES</B> dix nouveaux pays qui rejoindront l?Union européenne le 1er mai, les trois principaux, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, ne pourront faire leur entrée dans l?Union économique et monétaire (UEM) avant une dizaine d?années, estiment les économistes.

Il y a deux ans encore, on avait le sentiment que l?adoption de l?euro suivrait naturellement l?adhésion à l?Union européenne pour ces trois pays, qui englobent à eux trois une population de 60 millions d?habitants. Les marchés financiers tablaient sur 2007.

Mais ils s?étaient sans doute emballés, sous-estimant les conditions fixées par le traité de Maastricht pour parvenir à la convergence entre les économies candidates et celles des douze pays ayant déjà adopté l?euro, notamment en matière budgétaire.

Or, les déficits de ces trois pays restent très éloignés de l?objectif de 3 % du produit intérieur brut fixé par Maastricht et le Pacte de stabilité. La Hongrie espère atteindre 4,6 % cette année, la République tchèque 5,2 % et la Pologne 6 %.

Résultat, en un an, l?objectif d?entrée dans l?UEM pour ces pays s?est éloigné de trois ans. Certains, comme Timothy Ash, économiste chez Bear Stearns à Londres, évoquent 2010 au plus tôt.

En revanche, les trois Etats baltes (Lituanie, Estonie et Lettonie) et la Slovénie, mais qui ne regroupent que neuf millions d?habitants à eux quatre, pourraient rejoindre l?UEM plus rapidement. Ce pourrait être aussi le cas des deux îles méditerrannéennes de Malte et de Chypre, qui n?ont pas eu à souffrir de l?effondrement économique qui a suivi la chute des régimes communistes au début des années 90.

<B>L?épineuse question du bon taux de change</B>

La déception a été sévère sur les marchés. Le zloty polonais affiche une chute de 30 % par rapport à son pic de 2001. La couronne tchèque et le forint hongrois ont perdu 10 %.

En Hongrie, sur le marché de la dette, les investisseurs demandent, pour le papier à dix ans, un rendement de 430 points de base supérieur à celui du papier souverain allemand. En 2002, ils n?exigeaient que 166 points de plus.

Les gouvernements de gauche qui dirigent ces trois pays ne font que commencer à prendre conscience que l?adoption de l?euro ne pourra se faire qu?après des réformes qui risquent d?être douloureuses.

Or, leur popularité n?est pas très élevée et ils doivent tous faire face à des élections en 2005 et 2006, ce qui est peu propice à engager des réformes impopulaires.

Le patron de la banque centrale hongroise Zsigmond Jarai déclarait récemment que ses compatriotes ne semblaient pas prêts aux sacrifices nécessaires pour entrer dans l?euro.

La Slovaquie a été applaudie pour ses réformes hardies mais la fermeture du robinet à subvention a commencé à susciter des rancoeurs. Dans les régions pauvres de l?Est du pays, l?agitation sociale contre le gouvernement de Mikulas Dzurinda a débouché sur des pillages de commerces en février.

Fixer le bon taux auquel les devises de ces pays seront remplacées par l?euro est également une question délicate. Un taux de conversion trop bas serait mal vu des partenaires commerciaux de ces pays tandis qu?un taux trop élevé pourrait asphyxier les sociétés, un peu comme ce qui s?est passé dans l?ex-Allemagne de l?Est lors de l?adoption du Deutschemark peu après la réunification.

Voilà pourquoi la Banque centrale européenne et la Commission européenne ont adopté une approche prudente sur la question de l?entrée de ces pays dans la zone euro, en insistant sur un strict respect des régles de Maastricht. Outre la question des déficits, celles-ci concernent notamment des limites à ne pas dépasser en matière d?inflation de taux d?intérêt et de niveaux d?endettement.

Timothy Ash, de chez Bear Stearns, estime que la BCE et la CE redoudent d?ouvrir la zone euro à des économies ?qu?elles ne comprennent pas vraiment? alors qu?il y a déjà des divergences entre les pays membres.

Pourtant, estiment certains économistes, l?entrée dans l?euro serait de nature à accéler le développement du niveau de vie dans ces pays. Dans une étude publiée ce mois-ci, le Fonds monétaire international (FMI) estime que l?introduction de l?euro ferait croître de 20% à 25% le PIB de la plupart des nouveaux accédants sur les deux décennies à venir.

Jiri Grund, dont l?entreprise fabrique des rideaux de douche en République tchèque destinés essentiellement à l?exportation, affirme que l?adoption de l?euro lui permettrait de réduire ses frais d?environ 5%, de ne plus devoir vérifier chaque jour le taux de change de la couronne tchèque par rapport à l?euro et de réduire ses frais de couverture du risque de change.

<B>Jan Lopatka</B>

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