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Leur mer n?est plus ce qu?elle était
«Sauvez les mers et les océans ! », tel est le cri de c?ur de Marcy Magon, 74 ans, de Mahébourg et Maxime Apollon, 86 ans, de Bambous- Virieux. Le premier a consacré près de soixante années de sa vie à la mer et le second accompagne son père à la pêche depuis l?âge de seize ans. Malgré leur âge avancé, les deux hommes continuent à s?aventurer dans cette mer chérie qu?ils qualifient de « capricieuse » parfois.
« À cette époque l?école n?était pas ce qui m?enchantait le plus et à quatorze ans, j?ai proposé à mon père de l?accompagner à une partie de pêche. Depuis, je n?ai plus quitté la mer. Mon père m?initia à la pêche aux casiers et j?ai fini par adopter cette technique », raconte Marcy Magon qui, tout comme son confrère Maxime Apollon, ne sort plus en mer sans se faire accompagner par quelqu?un.
La pêche miraculeuse est révolue
« Il est loin le temps où mon père et moi ramenions homards, poulpes et autres poissons, à ne plus savoir qu'en faire. Aujourd?hui, le coût du carburant dépasse largement celui des poissons que nous parvenons à ramener. Parfois cela suffit à peine à nourrir ma femme et mes enfants. Les stations-service s?enrichissent et les pêcheurs s?appauvrissent », assure un Marcy Magon nostalgique.
À Bambous-Virieux, la situation n?est pas plus gaie. « Moi j?ai été initié à toutes les techniques de pêche depuis la ligne jusqu?aux casiers en passant par la senne. J?ai pêché depuis Mahébourg jusqu?à Trou-d?Eau- Douce. J?ai eu treize enfants et j?ai pu les élever avec le produit de ma pêche, alors qu?aujourd?hui, je connais des pêcheurs qui n?y arrivent pas avec deux ou trois enfants. Les pêches miraculeuses sont révolues. Vous ferez le tour de l?île, vous ne trouverez aucun pêcheur qui évoquera le terme de mer nourricière. Quand on pense qu?une fois mon père et moi avions ramené pas moins de 400 kilos de poissons en une seule fois, il y a de quoi se poser des questions sur l?état de dégradation de la mer », s?indigne, Maxime Apollon.
Les deux ho-mmes disent ne plus reconnaître leur mer. Pour eux, la mer n?est plus ce qu?elle était. La grande responsable : la pollution. Ils pointent un doigt accusateur vers certains hôtels qui déversent impunément leurs eaux usées dans le lagon, les producteurs qui utilisent des produits chimiques qui se déversent dans la mer par grosses pluies, et surtout vers ceux qui, chargés de protéger les mers et océans, ont laissé pourrir la situation.
Les deux hommes reconnaissent que les pêcheurs sont également responsables. « Certains pêcheurs peu scrupuleux n?hésitent pas à détruire les coraux ou à attraper des poissons dont la taille est inférieure à celle permise par la loi. Ce qui nuit à l?équilibre écologique de leur habitat. Et souvent les poissons ne reviennent plus », déplore Maxime Apollon. « Ce qui est triste c?est qu?ils le font en toute connaissance de cause ! », ajoute Marcy Magon. « Et je ne vous apprends rien si je vous dis qu?en échange de quelques poissons, certains n?hésitent pas à fermer les yeux sur ces pratiques douteuses. Comment voulez-vous que les choses évoluent ? », assure le premier. « Même les algues que nous utilisons dans les casiers ne poussent plus là où elles étaient abondantes », explique Marcy Magon.
Avant dix ans, tout sera fini !
Et que fait la police de l?environnement ? « Ah, il existe une police de l?environnement ? En tout cas, je ne les ai jamais vus. Où plutôt si, quand j?avais 55 ans, j?ai accompagné à plusieurs reprises une équipe de personnes pour des soi-disant inspections dans le lagon. Ils prenaient des notes le plus sérieusement du monde. Je ne pense pas que je dois vous raconter la suite car on ne les a plus revus depuis. Mais je ne pense pas qu?il s?agit de cette police de l?environnement dont vous parlez ! », lance Maxime Apollon en plaisantant. Si rien n?est fait, que se passera-t-il dans dix ans ? Réponse laconique de Maxime Apollon : « Dix ans ? Mais vous plaisantez monsieur. Avant dix ans, tout sera fini ! »
Même prévision pour Marcy Magon qui estime que dans cinq ans, notre mer sera déjà morte. Peut-être faudra-t-il attendre encore un peu pour que le thème de cette année pour la Journée mondiale de l?environnement prenne vraiment tout son sens : « Avis de recherche : mers et océans, morts ou vifs ».
« Des pêcheurs peu scrupuleux n?hésitent pas à détruire les coraux et à attraper des poissons dont la taille est inférieure »
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