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L?espagne sous le choc
L'Espagne était sous le choc jeudi 11 mars, après que 192 personnes ont été tuées et 1 400 blessées dans des attentats simultanés commis dans la matinée contre des trains à Madrid. Ces attentats, non revendiqués, sont les plus meurtriers qu'ait connus l'Espagne et les plus meurtriers en Europe occidentale depuis l'attentat de Lockerbie (270 morts) en 1988.
A travers le pays, des milliers d'Espagnols se sont réunis jeudi soir pour se recueillir, tandis que les télévisions montraient en continu des images du carnage et que les journaux sortaient des éditions spéciales, parlant d'un «11 septembre» espagnol.
Toute la journée à Atocha, les secouristes ont extrait des cadavres des deux voitures éventrées d'un train de banlieue visé alors qu'il se trouvait à un changement d'aiguillage près de la gare. Les voies étaient jonchées de câbles arrachés, de sièges broyés, de vêtements déchirés. Un hôpital de campagne installé dans un gymnase à proximité accueillait les blessés.
A la gare du Pozo, une infirmière horrifiée racontait que «les téléphones portables des morts n'arrêtaient pas de sonner». Des centaines de personnes ont donné leur sang.
En fin de journée, les corps de 179 personnes et six sacs contenant des restes humains avaient été transportés à la morgue improvisée au Centre d'expositions de Madrid, où 70 médecins légistes tentaient d'identifier les victimes. Au moins 150 familles sans nouvelles de leurs proches se sont rendues sur place.
Ces attentats, survenus trois jours avant les élections législatives, ont été attribués par les autorités espagnoles à l'organisation séparatiste basque ETA.
Lettre D?al-qaida et versets du coran
Mais selon le quotidien Al Qods al Arabi, basé à Londres, un communiqué attribué à Al-Qaida revendique les attentats commis à Madrid jeudi et à Istanbul mardi. L'authenticité de ce texte ne peut être vérifiée.
«L'escadron de la mort (des Brigades Abou Hafs al-Masri) a réussi à pénétrer au coeur des Croisés européens et à infliger un coup douloureux à l'un des piliers de l'alliance croisée, l'Espagne», affirme le texte signé des «Brigades Abou Hafs al-Masri/Al-Qaida».
Une cassette avec des versets du Coran en arabe et sept détonateurs ont également été retrouvés dans une camionnette à Alcala de Henares, près de Madrid, point de départ des trains visés, a annoncé le ministre espagnol de l'intérieur, Angel Acebes.
Auparavant, en France, le chef de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), Gilles Leclair, avait estimé qu'il y avait de «fortes probabilités» pour que la série d'attentats soit l'oeuvre de l'ETA, tout en laissant ouverte «une petite porte sur un réseau d'islamistes».
«Il y a de fortes probabilités mais pas d'éléments pour dire à 100 % qu'il s'agit d'ETA», avait-il indiqué. «Nous sommes surpris car, la plupart du temps, il y avait des préavis afin que la population soit prévenue» avant les attentats d'ETA, a-t-il rappelé. «On se laisse une petite porte sur un réseau d'islamistes», a-t-il poursuivi. «La simultanéité des attaques change un petit peu la donne : nous serions plutôt dans une configuration de destruction massive non ciblée style islamiste», a-t-il ajouté.
Dix bombes ont explosé, visant quatre trains dans trois gares de Madrid et de sa banlieue, autour d'une même ligne ferroviaire. Les artificiers en ont fait exploser trois autres, selon le ministre de l'intérieur, Angel Acebes. Sept bombes ont explosé à la gare centrale d'Atocha, une des plus grandes de Madrid, «une dans la gare de Santa Eugenia et deux dans celle du Pozo», dans la banlieue madrilène, a indiqué le ministre.
Les explosions se sont produites vers 7 h 30, heure de grande affluence, à 4 ou 5 minutes d'intervalle et sans avertissement préalable. Les enquêteurs n'excluent pas que certaines bombes aient pu être placées sur la voie ou les quais, et d'autres dans les trains.
L'explosif employé est de la dynamite, habituellement utilisée par l'ETA, a indiqué une source de la lutte antiterroriste, sans préciser s'il s'agissait de titadyn, dynamite industrielle volée par l'ETA en France.
Toutefois, le dirigeant de Batasuna, parti radical basque interdit pour ses liens avec l'ETA, Arnaldo Otegi, a condamné ces «actions aveugles» et dit ne «même pas» envisager qu'elles émanent de l'ETA, qui prévient «toujours» au moment de poser des explosifs. Il les a attribuées à la «résistance arabe». Batasuna n'a jamais dans le passé condamné d'actions terroristes de l'ETA.
Interrogé sur la thèse d'une implication du réseau Al-Qaida, Angel Acebes l'a qualifiée d'«intoxication», la jugeant «intolérable». «La méthode utilisée» avec des sacs à dos piégés a déjà été employée par l'ETA, a insisté le ministre. Il a rappelé que les autorités avaient déjoué peu avant Noël un attentat de l'ETA contre une gare de Madrid utilisant un sac à dos. La police recherchait jeudi deux personnes vues plusieurs fois montant et descendant de trains sur la ligne ferroviaire des attentats.
Trois jours de deuil
Le gouvernement a décrété trois jours de deuil et appelé les Espagnols à se rassembler vendredi à 19 heures, partout en Espagne, sous le slogan : «Avec les victimes, avec la Constitution, pour la défaite du terrorisme». Les partis politiques ont suspendu leur campagne pour les législatives de dimanche.
Le roi d'Espagne, Juan Carlos, a appelé dans une intervention télévisée à «l'unité et à la fermeté» pour lutter contre «la barbarie terroriste». «Votre roi souffre avec vous tous», a dit le monarque avant de condamner les «attentats répugnants» et de demander de «redoubler les efforts pour en terminer avec cette plaie en nous appuyant sur l'action policière, le travail de la justice et la coopération internationale». Debout, en costume et cravate noirs, il a assuré que «le terrorisme n'atteindra jamais ses objectifs».
Les Espagnols parviendront «à en finir avec la bande terroriste», a affirmé le chef du gouvernement, José Maria Aznar. Le président du gouvernement a promis que les auteurs des attentats seraient capturés. Il a estimé que les victimes de ces attentats sanglants avaient été prises pour cibles «simplement parce qu'elles étaient espagnoles». «Aucune négociation n'est possible ni souhaitable avec ces assassins qui ont si souvent semé la mort à travers toute l'Espagne, a ajouté M. Aznar. Le 11 mars 2004 a pris place dans l'histoire de l'infamie.» «Nous les vaincrons», a-t-il ajouté par allusion à l'ETA.
L'attentat le plus meurtrier perpétré jusqu'ici par l'ETA avait fait 21 morts dans un supermarché de Barcelone le 19 juin 1987. Mais l'ETA a déjà commis à plusieurs reprises des attentats simultanés, comme en juin 2002 pendant le sommet européen de Séville et le 26 juillet 1979 dans les gares d'Atocha et Chamartin (sept morts, une centaine de blessés).
Angel Acebes a rappelé que la police avait arrêté le week-end dernier près de Cuenca deux activistes transportant 500 kg d'explosifs par camionnettes.
Mercredi, des tracts anonymes, écrits en castillan et en basque, étaient apparus dans les rues de Saint-Sébastien, appelant à frapper les «objectifs espagnols, à boycotter les chemins de fer» avant le 14 mars, date des législatives.
@ Le Monde News Service
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