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L?esclavage et l??engagisme?

2 février 2007, 00:00

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Le 1er février, jour férié depuis ces quelques dernières années, nous commémorons, à Maurice, l?abolition de l?esclavage. C?est un devoir de mémoire impératif car cette commémoration nous permet de réfléchir sur les actes d?abominations et de barbaries dont furent coupables mais surtout capables des êtres humains ? certains en sont capables aujourd?hui encore ? envers d?autres humains, tous créés, dit-on, à l?image de Dieu. Elle nous permet également d?avoir une pensée toute spéciale pour ceux et celles qui furent les victimes du système inhumain de l?esclavage. Traités tantôt comme des bêtes de somme et tantôt comme des ?meubles?, ils furent agressés et souvent torturés, humiliés et rejetés, les femmes violées. ?Plus Jamais Ça !?, devrait être autant notre cri unanime de rejet de ce système, au nom de l?humanité, que notre engagement ferme aux côtés de ces descendants d?esclaves qui, aujourd?hui encore, sont très nombreux à traîner, tel un boulet au pied des forçats, les séquelles de l?état et du ?statut? d?esclave de leurs ancêtres, des ancêtres communs à nombre d?entre nous.

Ceux qui mettent sur un pied d?égalité l?esclavage et l??engagisme? ? ?new system of slavery?, selon la formule de Hugh Tinker ? système auquel furent assujettis les laboureurs engagés, après l?abolition de l?esclavage, commettent l?erreur monumentale de comparer ce qui n?est guère comparable. L?esclavage dépouillait l?homme et la femme esclaves de tout ce qui faisait d?eux des humains, chaque être dans son individualité, sa liberté et ses droits. L?esclave malgache ou l?esclave mozambicain, l?esclave guinéen ou l?esclave sénégalais une fois à Maurice, devenait apatride, faisait l?objet d?une déculturation en règle et on lui niait le droit de communiquer dans sa langue ou de pratiquer sa religion. On lui attribuait un nom de baptême, jamais de son choix car on ne lui demandait pas son avis. Esclave et choix s?excluaient mutuellement. Ainsi naissait l?esclave dont la vie allait, dès lors, dépendre du bon vouloir de son maître et être régie par le Code Noir. L?esclave était la propriété du maître, son bien acquis qu?il pouvait dispenser à sa guise.

L?engagisme fut un système contractuel humiliant et oppressant, qui exploitait la force du travailleur engagé. Celui-ci devait mener une vie d?enfer, à l??uvre dans les champs du lever au coucher du soleil, et n?avait que peu de temps pour accorder à sa famille. Très souvent, s?il était marié, sa femme passait elle aussi le plus clair de son temps à labourer la terre ou à travailler comme bonne à tout faire ou comme jardinière. Il était libre de ses mouvements à condition qu?il portât toujours sur lui, une passe l?autorisant à quitter le territoire assigné, faute de quoi il était incarcéré sous la charge de vagabondage. Il était libre mais ?partout dans les fers? aurait dit Jean-Jacques Rousseau ? Il pouvait toutefois garder son nom, préserver sa langue et sa culture, pratiquer sa religion, même si, pendant un certain temps, clandestinement. Il y avait entre lui et sa patrie d?origine, et des fois son village natal, un lien ombilical qu?il pouvait toujours maintenir. Sa nourriture de même que son ?accoutrement?, très souvent objet de railleries, reflétaient sa culture ancestrale.

Il n?y a donc aucune comparaison possible entre l?engagé et l?esclave comme il ne peut y avoir entre l?être et la chose.

Si aujourd?hui les descendants de coolies engagés, recrutés massivement dans la deuxième moitié du 19e siècle, peuvent pratiquer leurs religions et continuent à montrer un certain intérêt pour leurs langues et leurs cultures originelles, c?est, dans une très grande mesure, grâce à la détermination et l?effort soutenu des premiers immigrants. La date de l?arrivée du premier contingent de travailleurs engagés a été décrétée jour férié, qu?on commémore le 2 novembre de chaque année. La commémoration ne suffit pas dans ce cas comme dans celui de l?esclavage. Il faut aider la jeune génération de Mauriciens à développer le sens de l?histoire, à apprendre à connaître leurs ?racines?, à visiter les lieux imprégnés d?histoire que sont la montagne du Morne et l?Aapravasi Ghat. Les jeunes arriveront ainsi à mieux se connaître et à mieux comprendre le destin qu?ils ont en partage. Demain, le Morne accédera au statut de Patrimoine mondial. Auparavant, il devra être pour les Mauriciens, comme l?Aapravasi Ghat, notre patrimoine commun à tous.

Ces commémorations, pour importantes qu?elles soient, sont essentiellement de nature symbolique. Il nous faut en parlant de l?esclavage et de ses séquelles parler aussi du concret et de la vie quotidienne des familles. L?abolition de l?esclavage a certes apporté la liberté aux esclaves et à leurs descendants. Cependant, le traitement humiliant a longtemps duré et l?intégration dans la société ne s?est faite que très lentement et très partiellement, à telle enseigne qu?aujourd?hui encore, 172 ans après son abolition, les enfants des esclaves vivent nombreux en marge de la société, souvent dans l?indignité, et ils arrivent difficilement à prendre avantage des opportunités que leur offre le pays ...

Il est grand temps d?adopter une vraie politique d?intégration sociale, en s?inspirant du modèle d??affirmative action ? telle qu?elle est pratiquée aux Etats-Unis. Cette politique qui viserait en particulier les descendants des esclaves ne devrait exclure aucun autre segment de notre population qui se trouverait dans une situation similaire.

La solidarité s?exprime surtout à travers des actes concrets. Le 1er février devra aussi servir à nous le rappeler.

Cassam UTEEM

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