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Les vertus de l?âge
Il y a accord unanime sur le fait que l?ICAC mérite le soutien le plus large possible pour l?aider à réussir dans sa tâche. Si la troisième tentative d?édifier une institution capable de lutter contre la fraude et la corruption se solde elle aussi par un échec, le prix sera trop lourd à payer pour le pays. Mais l?ICAC ne court pas ce danger pour l?heure. Ses fondations sont robustes, il ne reste qu?à consolider l?échafaudage.
Le redressement de l?institution est tout à fait possible. On peut mettre sur le compte de maladresses de la part de ses responsables les coups de semonce que le judiciaire a été amené à lui adresser cette semaine encore. Ses structures fondamentales ne sont pas en cause même si un juge a estimé que la loi doit être plus explicite sur ses pouvoirs d'arrestation.
Pour l?essentiel, les problèmes actuels de l?ICAC sont causés par des responsables si pressés de s?affirmer qu?ils prennent des libertés avec la loi. Cette dérive est d?autant plus aberrante qu?une institution chargée d?appliquer la loi est tenue de la respecter.
L?ICAC peut profiter du relatif état de grâce dont elle bénéficie à cause de la nouveauté de la chose pour prendre le temps de réfléchir sur ses manquements initiaux. Il est important qu?entre le « you talk » et le « we act » il y ait une pause. Cette étape intermédiaire est nécessaire pour la réflexion. Autrement, les enquêteurs maintiendront un comportement impétueux qui rejaillira négativement sur la commission.
C?est quand elle aura atteint l?étape de sa maturité que l?on sera en mesure de juger l?efficacité réelle de l?institution. Si la tentation ne lui prend pas de vouloir à tout prix montrer qu?elle est au-dessus de tous les pouvoirs, de s?acharner contre certaines « figir », elle est capable d?évoluer vers une étape supérieure.
Pour s?imposer, l?ICAC doit absolument placer la rigueur au-dessus de petits calculs qu?elle peut avoir à son jeune âge. Bien encadré, bénéficiant, par exemple, des conseils d?un ancien juge à un poste qui reste à être déterminé, l?ICAC se guérira des maladies qui l?affligent en ce moment.
Dans les enquêtes qu?elle a menées jusqu?ici, elle a non seulement enfreint des règles de droit, mais elle a adopté des stratégies opaques qui semblent cacher des agendas inavouables. Dans l?affaire de détournement des fonds du NPF, on s?explique mal l?absence de l?homme d?affaires Teeren Appasamy chez les enquêteurs, eux qui sont si prompts à convoquer les banquiers, y compris le gouverneur de la banque centrale.
Les responsables des banques, de même que les dirigeants politiques, doivent se soumettre au droit et à la justice bien évidemment. Toutefois, alors même qu?ils sont encore présumés innocents, l?impact d?une enquête qui les implique peut avoir des répercussions graves pour le pays. Dans son mode de fonctionnement, l?ICAC n?a pas tenu compte de ce facteur. Cela a irrité les dirigeants politiques mais ils doivent se montrer patients. A Marine Road, comme ailleurs, la sobriété s?acquiert avec l?âge.
Si l?ICAC s?est laissée empêtrer dans des démêlés judiciaires, la commission parlementaire chargée de la « monitor» doit accepter une partie du blâme. Elle n?a pas accompli le devoir que lui impose la loi. Cette instance doit être renforcée.
Il est permis d?espérer que le jour viendra où l?ICAC se fera respecter par son travail et non à cause de la peur qu?elle inspire par ses actes imprévisibles.
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