Publicité
Les versions de Bérenger
Il y a des versions de Bérenger comme il y a des cycles politiques à Maurice. A 60 ans, aujourd?hui, et en 36 années d?engagement politique, le leader du MMM a revêtu casquettes, moustache, blouson et veste politiquement correcte. Autant de signes de l?humeur changeante de tout un pays.
Il semble que le personnage n?a que la politique pour horizon. D?où sa volonté de conduire sa vie politique au-delà de ses responsabilités officielles. Dans sa rigidité à respecter la mission fixée, se profile la démarche d?une aspiration profonde de liberté ou de refus d?être soumis au regard critique des autres. Pour cela, certains l?encensent alors que d?autres le brocardent. Génie dévoyé, maître de la duplicité, adepte du double jeu, disciple de Machiavel, modèle de reniements, infinies compromissions? Dès le début de son engagement il a porté ces anathèmes qui ont culminé en une certaine légende noire.
Quelque part, il a fait le choix d?édicter son propre code. Comme ces hommes qui transgressent les règles de la morale ordinaire pour mieux exprimer leur morale personnelle. Sa version de la vérité, loin d?être parfaite, est plutôt lacunaire mais sa prétention de l?afficher et de la revendiquer indispose plus d?un. Ce qui explique l?indignation de certains et l?image d?arrogant que d?autres lui collent.
Alors il devient têtu. Il reproduit le modèle de ces leaders politiques qui donnent leur amitié et leur confiance aux flatteurs, aux affidés, voire à quelques «intellectuellement limités» juste pour ne pas avoir à subir la confrontation d?idées ou une éventuelle remise en question. Comme tout chef, il a besoin de se sentir aimé, admiré. Il ne manque jamais de sous-fifres et de courtisans pour caresser son orgueil. Dans le même souffle, il rejette les idées jacobines des intellectuels et autres éditorialistes, préférant sa version des choses même si elle se réinvente à chaque époque.
Sa vie semble réglée sur des cycles de dix ans. Le Bérenger des années 70 consacre le mythe du moustachu, du militant coaltar, du défenseur des pauvres. Il en existe toujours de rares inconditionnels. Le Bérenger des années 80 garde la moustache mais troque son blouson de cuir pour la veste. Sa mission est d?intégrer le mouvement de gauche au sein de la vie parlementaire même s?il doit s?éloigner de sa base. Le Bérenger des années 90 va normaliser, voire banaliser le mouvement qu?il a incarné. Le dernier vestige d?une époque disparu, il donne naissance au concept de partis politiques traditionnels.
Le Bérenger des années 2000 a atteint son objectif. Il est Premier ministre. Et il devient solennel dans le ton et le sens de l?autorité et de la formule, reproduisant toutes les caractéristiques d?un homme qui ne «sait» pas le pouvoir. Mais il n?est qu?à mi-parcours de l?aventure. De ses choix et décisions dépendra la forme finale de cette version d?un homme qui a atteint un âge symbolique. Encore jeune politiquement mais des années de trop pour un homme qui souhaite laisser un héritage indélébile ici et ailleurs. Quelle meilleure manière de le faire sinon d?accompagner et de provoquer son pays vers l?âge adulte? Mais ça, c?est une autre version?
Publicité
Publicité
Les plus récents