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Les tueurs célèbres font recette sur le Net
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Les tueurs célèbres font recette sur le Net
«À vendre : lettre autographe de Charles Manson, 300 dollars ». Le commerce au grand jour d?objets ayant appartenu à des tueurs célèbres illustre la fascination morbide de certains Américains pour leurs criminels les plus monstrueux.
Ce phénomène a été mis en lumière par la décision récente d?un juge de permettre la mise en vente des objets personnels de l?unabomber Ted Kaczynski, qui avait envoyé en 18 ans 16 bombes dans des colis postaux aux États-Unis, faisant trois morts et 23 blessés.
Parmi ces objets, un dentier, une machine à écrire ou un exemplaire de Des souris et des hommes, qui pourraient être vendus par l?État au profit des victimes du tueur. Mais ces objets risquent fort de passer ensuite dans le circuit de la petite communauté de collectionneurs fascinés par tout ce qui touche de près ou de loin aux tueurs.
« Au départ, j?étais juste un collectionneur, puis j?ai voulu voir ce que les autres avaient », explique à l?AFP Tod Bohannon, un habitant de Géorgie de 28 ans, créateur et animateur bénévole du site murderauction. com, où pas moins de 800 articles sont proposés à la vente.
Une demi-douzaine de sites semblables se sont ouverts depuis que le numéro un des enchères sur l?Internet, eBay, a cessé d?accepter ces objets en 2001, à la suite de plaintes d?associations de défense des victimes. Vedette actuelle du site de M. Bohannon, une peinture de John Gacy, un entrepreneur de Chicago qui avait violé et massacré 33 hommes dans les années 1970. La toile de l?« artiste », exécuté en 1994, a trouvé preneur à 10 000 dollars.
Manson fait figure de valeur sure
À la bourse des criminels, Manson, dont les adeptes avaient sauvagement assassiné à Los Angeles en 1969 sept personnes, fait figure de valeur sûre. Un dessin signé de lui est proposé à 800 dollars sur le site supernaught. com.
« Choquée » par la nouvelle de l?existence de ces sites, Terry Thornton, porte-parole de l?administration pénitentiaire de Californie, reconnaît que les détenus peuvent écrire des lettres et qu?ils disposent de comptes bancaires gérés par une tierce personne, ce qui pourrait en théorie leur permettre de vendre leurs « ?uvres ».
Pour lutter contre ces dérives, quatre États américains ont voté depuis 2001 des lois empêchant les criminels de bénéficier de leur notoriété. « Il n?y a rien de pire pour la famille d?une victime de crime que de voir un criminel obtenir de l?argent grâce à la célébrité obtenue par ce meurtre », souligne Andy Kahan, responsable de l?agence municipale d?aide aux victimes de Houston. Mais les objets d?unabomber ne sont pas concernés par cette loi, puisque ce seront ses victimes qui bénéficieront du produit de la vente. « C?est sans doute le moindre mal », estime M. Kahan.
« Au premier abord, ce commerce fait froid dans le dos », indique Robert Thompson, professeur à l?université de Syracuse à New York, spécialiste de la culture populaire. Mais dans une société américaine fascinée par la célébrité et par les tueurs en série, « une telle dérive était inévitable », assure-t-il.
Quant à M. Bohannon, il cherche toujours l?article qui fera la différence. « Gary Heidnik, qui avait séquestré, torturé et violé cinq femmes dans sa cave avant de tuer deux d?entre elles, n?a quasiment rien écrit avant d?être exécuté et ses objets sont vraiment rares », dit-il.
■ @ 2 005 Le Monde ? REUTERS ? Distribué par The New York Times Syndicate
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