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Les touristes chinois sont aussi attirés par la plage et la tranquillité

20 janvier 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Les Chinois sont désormais autorisés par leur gouvernement à faire des voyages d?agrément à Maurice. Ce dénouement a-t-il une signification particulière pour vous ?

C?est un peu une victoire personnelle, l?aboutissement de dix ans de combat. Dix années durant lesquelles je n?ai pas perdu l?espoir de voir Maurice figurer un jour sur la liste des destinations autorisées. Quelques jours avant la fin de l?année, cela s?est réalisé. L?autorisation a été formalisée à Abudja, lors de la conférence afro-chinoise. Je l?ai déjà dit, ça a été un merveilleux cadeau de fin d?année.

<B>Qu?est-ce qui vous enthousiasme à ce point dans ce développement ? </B>

Pendant longtemps, la Chine a exercé un contrôle strict sur le mouvement de ses citoyens. Les voyages à l?extérieur du pays étaient réglementés de près. Vous imaginez bien qu?une fois que ce contrôle a été relaxé, les Chinois qui peuvent se le permettre se précipiteraient pour en profiter.

L?Organisation mondiale du tourisme a identifié la Chine comme le plus gros marché émetteur dans les années à venir. Ce pays lui-même prévoit qu?environ 20 millions de ses citoyens voyageront d?ici 2008. Cela fait de la Chine un énorme marché à exploiter.

<B> Des sceptiques au sein de l?industrie du tourisme prédisent que les Chinois ne viendront pas à Maurice. Qu?est-ce qui vous fait penser différemment ? </B>

Ce n?est pas vrai de dire que Maurice n?attirera pas les touristes chinois. Tous les Chinois ne sont pas à la recherche de shopping ou des attractions occidentales. Après tout, le Chinois peut amplement satisfaire ses envies de shopping chez lui. Il y en a parmi eux qui aiment la plage et la tranquillité. Cela vous surprendra peut-être de savoir que les Maldives deviennent très vite une destination de prédilection pour les Chinois. Or les Maldives, vous conviendrez, ont encore moins à offrir aux visiteurs à l?exception des plages et du soleil?

<B> Se pourrait-il que l?industrie touristique mauricienne ait des préjugés contre le marché chinois?</B>

C?est vrai que parfois, nous avons tendance à snober certaines destinations. Mais je pense que Maurice gagnerait à diversifier ses marchés. Cela n?est jamais très sage de mettre tous ses ?ufs dans un seul panier. Nous dépendons beaucoup trop du marché européen. Cela nous rend vulnérables aux moindres secousses qui agitent ce marché.

<B>J?imagine que le marché chinois est méconnu des Mauriciens. Quel est le profil type du touriste chinois ?</B>

Le touriste chinois préfère acheter des packages incluant les billets d?avion, les repas et les excursions. Il aime voir le pays, prendre des photos, acheter des souvenirs. Il a une préférence particulière pour les bijoux. Tout comme le touriste indien, il peut être assez particulier sur les repas. Mais Maurice a de très bons restaurants chinois. Cela ne devrait pas nous poser problème. En 1999, la Malaisie a constaté que les Chinois peuvent être très dépensiers.

<B> Les Européens voyagent surtout pour la Saint-Sylvestre, à Pâques et pendant le mois d?août. Qu?en est-il des Chinois ? </B>

Le Chinois voyage également en décembre, pour le Nouvel An chinois et pour la Fête du travail en mai. Le 1er octobre, date de la fête nationale de la Chine, est aussi l?occasion de s?accorder quelques jours de vacances. Cette première semaine d?octobre est connue comme la Golden Week. Les vacances chinoises durent en moyenne une semaine.

<B>Quelle sont les destinations préférées des voyageurs du pays de Mao Tse Tung ?</B>

Ils aiment les pays d?Extrême-Orient. Ils sont en train de littéralement envahir les îles Maldives. L?Afrique du Sud les attire de plus en plus. Ce pays a été désigné destination autorisée en même temps que nous. Il a été plus prompt à exploiter cette manne. Le gouvernement sud-africain a invité une centaine de tour-opérateurs représentants des provinces chinoises ayant du potentiel, pour leur faire découvrir le pays. L?investissement s?est avéré payant. J?ai appris qu?un tour-opérateur à lui seul envoie 2 000 visiteurs en Afrique du Sud !

<B> Et Maurice, comment s?en sort-elle ?</B>

Au niveau d?Atom Travel, je m?applique à développer le marché. J?ai prospecté et j?ai établi des liens. Une équipe de dix hommes d?affaires vient spécialement pour le golf dans quelques jours. Ils iront ensuite faire un court séjour aux Seychelles, dont ils ont beaucoup entendu parler. Je travaille sur un projet de twinning avec l?Afrique du Sud. Pourquoi ne pas profiter, si l?on peut, de ce flux de visiteurs vers ce pays ? Les plages mauriciennes offrent un complément intéressant à la nature et la culture sud-africaine.

<B>Maurice est-elle connue en Chine ?</B>

Pas vraiment. Les Chinois ne savent pas trop où se trouve l?île. Mais ils sont sensibles à sa beauté. Avant que nous n?obtenions le statut de destination autorisée, notre partenaire a fait paraître une publicité s?inspirant des propos prêtés au poète Mark Twain : Dieu créa l?île Maurice d?abord et ensuite le Paradis? la publicité ne faisait aucune mention du nom de Maurice. Malgré tout, l?agence fut inondée d?appels. Tout le monde voulait savoir quelle était cette île et comment on pouvait s?y rendre?

<B> A quand une tournée de marketing de la destination dans ce pays ? </B>

Je n?ai aucune idée des projets de la Mauritius Tourism Promotion Authority concernant la Chine. Pour ma part, je pense faire venir des journalistes et quelques voyagistes pour leur faire découvrir le pays. Je travaille également sur un projet que j?appelle ?destination inaugurale?. En clair, il implique affréter un avion et emmener les Chinois pour un voyage de découverte à Maurice.

<B>Y a-t-il une manière d?aborder le marché chinois ?</B>

Il faut savoir traiter avec les Chinois. Il faut savoir quoi chercher, qui aborder pour l?obtenir et comment le faire. Ce n?est pas nécessaire d?être d?origine chinoise pour faire une percée en Chine !

<B>Comment les Chinois perçoivent-ils Maurice ? </B>

C?est pour eux une destination chère. Ils trouvent nos hôtels quatre-étoiles et plus trop chers. Ils comparent avec les tarifs en cours à Pékin : une chambre dans un cinq-étoiles en plein centre-ville est accessible pour environ 110 dollars US. La comparaison avec Maurice ne tient pas car les produits ne sont pas les mêmes. Mais on ne peut pas les empêcher de se laisser influencer par elle. Cela dit, les Chinois ne sont pas les seuls à trouver Maurice chère. Et puis, il ne faut pas croire que tous les Chinois tombent dans cette catégorie.

<B>Qu?est-ce qui pourrait aider à une meilleure exploitation du potentiel chinois ? </B>

Un assouplissement du régime des visas. La Chine est un pays immense. Les procédures pour l?obtention d?un visa s?en retrouvent alourdies. Je demanderai au gouvernement de considérer l?abolition de visas pour les touristes authentiques. A défaut, on pourrait les délivrer à l?arrivée. Les Seychelles ne réclament pas de visas aux Chinois. Singapour, lui, délivre des visas aux entrées multiples et de longue durée. Au début, ce pays accordait le libre accès aux Chinois.

<B>L?absence d?une liaison aérienne directe avec Beijing ou Shanghai n?entrave-t-elle pas le développement de ce marché ?</B>

Pas du tout. Nous avons deux vols directs sur Hong Kong par semaine. Cela suffit amplement pour le moment. Hong Kong est en liaison permanente avec les mégapoles chinoises. Il y un vol Beijing-Hong Kong ou Shanghai- Hong Kong toutes les heures. Je pense qu?un direct Maurice-Chine n?est pas pour l?immédiat. Il faudrait, d?abord, développer le volume de trafic nécessaire.

<B> On aurait cru qu?après le départ de Singapore Airlines, la desserte sur l?Asie poserait problème.</B>

Singapore Airlines offrait des tarifs vraiment compétitifs. Son départ a fait baisser sensiblement le trafic sur la Thaïlande, du moins chez Atom Travel. Mais la Malaisie en a profité pour attirer plus de voyageurs vers elle.

<B> Vous avez rencontré le nouveau directeur général d?Air Mauritius. Est-il sensible à la cause asiatique que vous défendez ?</B>

Il en est convaincu. Megh Pillay me semble être quelqu?un de très sensé. Il a compris les grands enjeux du monde du voyage en très peu de temps. Il m?a d?ailleurs surpris en m?envoyant un de ses directeurs pour discuter du marché asiatique. Jamais auparavant Air Mauritius n?avait montré une telle ouverture.

<B> Vous intervenez en faveur de la Chine à un moment où l?Asie est le foyer de virus effrayants : pneumonie atypique, grippe aviaire? Le moment est un peu mal choisi, vous ne pensez pas ?</B>

C?est en effet une période un peu trouble. Mais elle ne s?éternisera pas. Après tout, il y a eu des épidémies tout aussi mortelles en Europe. Le tout est de se tenir prêt pour travailler sur le marché chinois dès que la conjoncture s?améliore.

?La Chine est un pays immense. Les procédures pour l?obtention d?un visa s?en retrouvent alourdies. Je demanderai au gouvernement de considérer l?abolition de visas pour les touristes authentiques. A défaut, on pourrait les délivrer à l?arrivée. Les Seychelles, par exemple, ne réclament pas de visas aux Chinois.?

Propos recueillis par Shyama SOONDUR

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