Publicité

Les Tic, un pilier aux pieds d?argile

6 février 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nous nous sommes emballés. Une industrie des Technologies de l?information et de la communication (Tics), c?était une nouvelle vocation fort séduisante. Mais cet enthousiasme n?a-t-il pas quelque peu étouffé notre bon sens ? Peut-on réellement parler d?industrie ? Un rapport du cabinet international Gartner, commandité par la Business Parks of Mauritius Ltd (BPML), qui circule dans l?industrie des Tic depuis janvier, tempère ces élans.

« Maurice a encore un long chemin à parcourir » avant de faire de l?externalisation et des Tics le cinquième pilier de son économie, lit-on dans An analytical report on Mauritius as an offshore BPO destination. Voilà qui a le mérite d?être direct? Ce qui ne rime pas forcément avec pessimisme. «Maurice a le potentiel de conquérir des segments spécifiques du marché des Tics », ajoute le rapport.

Gartner énumère d?abord les atouts qui sont sans surprise. Quoique? Si le « bilinguisme » des Mauriciens, mythique et controversé, est de nouveau chanté, on est un peu surpris qu?un cabinet aussi sérieux avance des arguments plutôt proches des mentalités bien locales : «Avoir un Premier ministre d?origine française devrait aider Maurice à ouvrir les portes du marché français, cela pourrait également aider à assouplir tout contrecoup politique de ce pays connu pour ses lois du travail rigides !» ? Surprenant?

Le rapport contient, mis à part cet « atout » inattendu, des éléments fort intéressants. Comme d?autres avant lui, l?auteur du rapport relève la faiblesse de la main-d??uvre de qualité. Le nombre de diplômés n?est pas suffisant : « C?est le plus gros défi pour Maurice dans les court et moyen terme. » L?utilisation optimale des plans de formation déjà en place, ainsi que la consolidation des offres de formation supérieure sont fortement recommandées.

Se limiter à 500 postes de travail

À cause de cette contrainte de ressources, Gartner décourage les grandes entreprises de faire de Maurice le principal lieu d?externalisation de leurs activités. « L?offre réduite de main-d??uvre limite sérieusement la taille des implantations. » Gartner estime que ces entreprises doivent se limiter à 500 postes de travail pour espérer trouver assez de collaborateurs à Maurice.

L?externalisation est possible dans les seuls lieux où une infrastructure de qualité et solide est disponible. L?offre énergétique et les télécommunications, de bonne qualité, sont un avantage, mais contiennent quelques faiblesses.

La communication internationale à haut débit s?effectue par le câble optique South Africa Far East (Safe). Il relie Maurice à l?Europe, l?Afrique du Sud et l?Asie. En cas de panne, seul le réseau satellitaire prend le relais comme réseau de transmission secondaire. C?est le principal facteur dissuasif pour la plupart des entreprises qui pensent mettre en place des centres d?appels ou d?externalisation nécessitant une liaison permanente avec l?étranger, affirme Gartner.

Diversifier cette offre ? Mettre en place un deuxième câble optique ? Trop cher. D?autant plus que les entreprises Business Process Outsourcing (BPO) et autres call centres, qui sont déjà opérationnels, n?ont pas l?air de le juger nécessaire. « Les transmissions par satellites offrent une bonne solution d?appoint en cas de problème avec le câble Safe », pense Ganesh Ramalingum, président de l?Association of Call Centre Operators of Mauritius.

Si les entreprises sont tranquilles, on devrait s?attendre à ce que clients et fournisseurs s?offusquent des prix. Ce n?est pas le cas, en général. « Ce qui nous importe, c?est la solidité de l?offre de Mauritius Telecom (MT). Ce n?est pas vrai de dire que le prix des télécoms est un problème car il ne représente pas une part gigantesque de notre budget. Nous arrivons à contrôler d?autres coûts. MT est en fait notre partenaire stratégique », commente Yves Bernaert, directeur des opérations du centre d?externalisation d?Accenture à Maurice. L?entreprise emploie actuellement près de 380 personnes dans l?externalisation. D?ici fin 2005, l?entreprise aura recruté environ 400 nouveaux agents.

Le coût des lignes haut débit pour les entreprises est deux fois plus cher à Maurice qu?en Tunisie ou au Maroc, deux de nos sérieux concurrents, s?alarme encore Gartner. Pas de quoi non plus s?inquiéter. Pour Ganesh Ramalingum, une baisse des prix serait évidemment la bienvenue, mais les tarifs actuels permettent aux entreprises de continuer à travailler à Maurice.

Le rapport de Gartner demeure toutefois relativement optimiste : si les problèmes mentionnés sont réglés ou atténués, les entreprises exerçant depuis Maurice peuvent devenir, au cours des cinq prochaines années, des « niche players » dans l?externalisation et les centres de contact. À condition que l?on consente à faire des efforts ciblés sur la France, privilégiant les services liés aux services financiers et à l?hospitalité.

Il y a des opportunités à saisir : le marché de l?externalisation à l?étranger atteindrait les $ 24 milliards d?ici fin 2007. Si on ne les rate pas, nous pourrons alors nous emballer.

Publicité