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Les Tchétchènes peuvent frapper en Russie

18 juillet 2004, 20:00

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Le dirigeant rebelle tchétchène Aslan Maskhadov a déclaré que ses combattants avaient le droit de porter leur combat au-delà des frontières de la République tchétchène, à savoir en territoire russe, et prédit que le conflit allait probablement durer. Maskhadov, élu en 1997 président d?une Tchétchénie ?pacifiée? et qui ne donne aujourd?hui que très rarement des interviews, s?est montré très pessimiste quant aux chances d?un règlement rapide du conflit et s?en est pris aux dirigeants occidentaux qui acceptent ?les mensonges? de Moscou sur la guerre en Tchétchénie. Dans un échange par e-mails avec Reuters organisé via des responsables tchétchènes à Londres, Maskhadov, qui avait auparavant espéré que les pressions de la communauté internationale amèneraient le président russe Vladimir Poutine à la table des négociations, s?est cette fois montré réservé quant à un processus de discussions avec Moscou.

?Les négociations ne constituent pas une fin en soi. Pour nous, elles sont un des chemins vers la fin du conflit. C?est sans doute triste, mais je crois que l?actuelle guerre russo-tchétchène survivra à Poutine?, a écrit Maskhadov. Il a qualifié de ?grotesque? le projet russe d?organiser le 29 août une nouvelle élection pour désigner un nouveau dirigeant tchétchène en déclarant que ce scrutin ne ferait que compliquer la situation. Le président tchétchène pro-russe Akhmad Kadirov a été assassiné le 9 mai.

?Tout dirigeant politique nommé par l?occupant sera considéré comme un collaborateur. Les collaborateurs ont un destin qu?aucune personne sensée ne se choisirait?, a dit Maskhadov.

?Attaques tchétchènes en Russie légitimes?

Ancien colonel de l?Armée rouge, Maskhadov a dirigé les forces rebelles lors de la première guerre d?indépendance en Tchétchénie, entre 1994 et 1996, avant de négocier le réglement pacifique du conflit qui a entraîné le départ des forces russes.

Son élection en 1997 a dans un premier temps été saluée par le Kremlin. Mais Moscou a renvoyé en 1999 ses forces en Tchétchénie, ce qui a conduit Maskhadov à reprendre le maquis.

Il a démenti toute responsabilité dans les raids menés le mois dernier dans la République voisine d?Ingouchie et au cours desquels une centaine de personnes ont trouvé la mort. Selon lui, ces attaques ont été perpétrées par des séparatistes d?Ingouchie sans doute aidés par ?quelques Tchétchènes?.

Maskhadov, considéré comme un modéré, a dit qu?il ne serait pas étonné si d?autres opérations similaires avaient lieu ailleurs en Russie.

?En ce qui concerne les attaques tchétchènes en territoire russe, je crois qu?elles sont absolument légitimes. Dans tous les cas, elles ne sont pas moins légitimes que pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les alliés ont attaqué sur le territoire de l?Allemagne d?Hitler.

?Si les Tchétchènes avaient des avions de chasse ou des missiles, alors les raids aériens contre les villes russes seraient aussi légitimes?.

A l?exception d?une rencontre entre un proche de Maskhadov et des émissaire du Kremlin dans un aéroport moscovite en 2001, la Russie a officiellement rejeté toute négociation avec les rebelles.

?Mensonges répétés par l?Occident?

La Russie a fait de son combat contre les indépendantistes tchétchènes une nouvelle manifestation de la ?guerre contre le terrorisme? déclenchée par le président américain George Bush, ce qui a permis de faire taire les critiques des capitales européennes concernant sa politique tchétchène.

Pour Maskhadov, les Occidentaux, qui ménagent également la Russie par intérêt économique, sont dès lors devenus des ?otages de leurs propres peurs? en acceptant les arguments de Moscou selon lesquels les rebelles tchétchènes seraient liés à la nébuleuse islamiste Al Qaïda.

?Je l?ai dit et le répète: Les Tchétchènes mènent une guerre contre le terrorisme international dirigé par l?administration de Moscou.

?Tous les médias indépendants, toutes les organisations humanitaires savent et rendent compte de ce qui se passe en Tchétchénie, à savoir le meurtre organisé d?une population sur des critères ethniques.

?Pourtant, les dirigeants des grands pays occidentaux continuent de répéter les mensonges du Kremlin sur les milliers de Tchétchènes qui s?opposeraient aux forces de la coalition en Irak et en Afghanistan.

?Je ne sais pas, peut-être que des membres d?Al Qaïda sont venus en Tchétchénie. Mais je ne vois pas ce qu?ils seraient venus y chercher.

?Nous nous battons pour notre liberté et n?avons aucune ambition d?hégémonie mondiale. Les Etats-Unis ne sont pas notre ennemi.? Maskhadov, qui a précisé qu?il se trouvait à l?intérieur de la Tchétchénie, a affirmé qu?il contrôlait tous ses lieutenants.

Il a toutefois observé que Chamil Bassaïev, l?homme le plus recherché par Moscou en raison d?une série d?opérations sanglantes, opérait désormais en dehors de ?nos structures officielles?.

Peter GRAFF

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