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Les sucriers partagés entre le scepticisme et l?espoir

29 mai 2007, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La réunion d?aujourd?hui entre le gouvernement et la Plantation House sera-t-elle vraiment l?occasion pour l?industrie sucrière de sortir de l?impasse ? Difficile de dire car les sucriers sont partagés entre l?espoir et le scepticisme.

D?autant plus que des sucriers, à l?instar de Cyril Mayer, se demandent si cette réunion, qui se tient à la veille de la date limite du 31 mai pour la fermeture de trois usines sucrières, sera vraiment l?occasion pour enlever les macadams obstruant la route de la réforme. Mais les sucriers considèrent quand même que ce ?dialogue?, qui se déroulera sous la présidence de Navin Ramgoolam, Premier ministre, constitue un premier pas vers une solution aux préoccupations de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA).

Une réunion qui, selon Arvin Boolell, ministre de l?Agro-industrie, devrait permettre au ?bon sens de prévaloir pour le bien-être de la population et pour que le pays soit gagnant car chacun connaît ses responsabilités?.

?Le gouvernement a un mandat de l?électorat pour diriger le pays avec pour objectif d?attirer des investissements. Il faut une entente sociale?, ajoute le ministre.

Pour Arvin Boolell, un des points forts sur lesquels s?axeront les discussions est sans conteste l?equity, l?actionnariat des planteurs dans les différentes activités sucrières.

Le gouvernement est intransigeant sur cette question, et veut faire profiter de la réorientation de l?industrie sucrière aux petits planteurs. Ces derniers seront invités à participer, en tant qu?actionnaires aux nouvelles filières (clusters) de la canne, à savoir la production d?énergie, les distilleries et les raffineries qui s?ajoutent au sucre. Une ouverture de l?actionnariat que le gouvernement place dans le contexte de la démocratisation de l?économie.

?Il faut en même temps la participation des planteurs et des travailleurs, d?autant plus que nous disons qu?il faut la participation des travailleurs au sein de leurs entreprises. Le gouvernement a pris l?engagement d?accorder priorité aux travailleurs et planteurs car ils sont le moteur du développement?, dit Arvin Boolell.

Du côté de Fuel, par exemple, cette question ne pose pas de problèmes car le groupe a déjà un plan pour intégrer les planteurs dans l?actionnariat de tous les outils industriels de production. Plan que nous a confirmé Joseph Vaudin, le chief executive du groupe Fuel.

Le ministre de l?Agro-industrie est convaincu que les partenaires sauront agir dans ?un climat d?entente?. ?Nous connaissons les enjeux. Il coule de source que sans la réforme il n?y aura pas de mesures d?accompagnement.?

Dégager un consensus

Va-t-on pouvoir dégager un consensus sur les enjeux de la centralisation, fermeture de Mon-Loisir, Riche-en-Eau, Mon- Trésor-Mon-Désert, l?introduction dela semaine de 40 heures, la politique énergétique, la démocratisation de l?accès aux terres ?

Á cela Arvin Boolell répond : ?Le gouvernement a toujours su dégager un consensus. Nous avons discuté avec la Banque européenne d?investissements qui accorde des concessions au secteur corporatif pour la réalisation des clusters pour promouvoir le développement du secteur sucre.?

Sur la question des terres, Arvin Boolell trouve que c?est tout à fait normal que l?on parle de logement social et de village des petites et moyennes entreprises.

Mais Joseph Vaudin, chief executive du groupe Fuel souligne que le gouvernement a eu toutes les terres dont il a besoin pour le développement du pays pour la construction des écoles, des jardins, des routes et d?autres infrastructures.

?Il n?y a pas eu de développement qui n?a pas été réalisé parce que le gouvernement n?a pas eu des terres?, estime-t-il.

Cyril Mayer, président du conseil d?administration de la sucrerie Belle-Vue, qui appartient à la compagnie Harel Frères Ltd, loue l?initiative du Premier ministre, Navin Ramgoolam, de convoquer une rencontre avec les sucriers.

?Nous irons à cette rencontre avec un esprit d?ouverture et de coopération?, dit Cyril Mayer.

Même sentiment du côté de Jacques d?Unienville, chief executive de la Société usinière du Sud (société qui regroupe quatre sucreries de cette région) qui estime que le fait ?que le dialogue est amorcé est très positif. C?est le premier pas vers une solution aux différents problèmes que connaît ce secteur?, dit Jacques d?Unienville.Dans un communiqué émis hier, la MSPA souligne que le dialogue entre les partenaires de ce secteur est primordial pour la réussite de la réforme de l?industrie sucrière. Si la réforme échoue, toute une partie de l?économie mauricienne en subira les conséquences.

Mais Cyril Mayer regrette que cette rencontre se tienne à la veille de la dead-line du 31 mai, date limite pour les sucriers de donner leur accord pour céder 1 500 à 2 000 arpents de terre au gouvernement. Faute de quoi, l?autorisation de la fermeture de Mon-Loisir, Mon-Trésor-Mon-Désert et Riche-en-Eau sera caduque.

?C?est peu de temps pour aplanir les problèmes qui peuvent surgir. Beaucoup va dépendre des attentes du gouvernement et de ce que nous pouvons faire?, dit Cyril Mayer.

Des biens publics qu?on ne peut pas donner

Ce dernier ajoute : ?Nous sommes une compagnie publique avec des actionnaires comme directeurs. Nous ne pouvons pas donner des biens qui ne nous appartiennent pas. Mais nous espérons que les échanges permettront d?arriver à un compromis.?

Cyril Mayer souligne que dans le passé les sucriers ont toujours essayé d?aider dans la mesure du possible et de contribuer au développement du pays. Point de vue partagé par Joseph Vaudin.

?Il faudra qu?on arrive à une entente quelque part. Mais je ne sais pas ce qui va sortir de cette rencontre. C?est difficile de connaître les résultats avant qu?elle se tienne. J?espère que nous aurons une part adéquate de la production énergétique pour permettre l?exercice de centralisation de se réaliser?, souligne Joseph Vaudin.

Fuel, comme Médine et Savannah ont d?autres projets d?investissement dans des centrales électriques bagasse-charbon. Mais du côté de l?est, il y la fermeture des sucreries Mon- Désert-Alma et de Deep-River- Beau-Champ qui est envisagée avec la création d?une compagnie régionale pour gérer les activités thermiques et sucrières.

Fuel veut avoir un cluster sucre, et pour réaliser ce cluster, il lui faut produire beaucoup plus d?énergie. Cette extension de la centrale est jugée essentielle à la centralisation. Car le groupe Fuel a des projets de construction d?une raffinerie de sucre et d?une distillerie pour la production d?éthanol. Au Sud également les projets de distillerie et de raffinerie par SUDS sont liés à la centralisation.

CONFERENCE

L?effet négatif de la réforme du régime sucrier mis en exergue

■ L?impact négatif d?événements internationaux sur le secteur sucre a été mis en exergue hier par Arvin Boolell, ministre de l?Agriculture. C?était hier lors de l?ouverture de la réunion de l?International Sugar Council (ISC) au Centre international des conférences à Grand-Baie. L?inauguration du conseil a été faite par sir Anerood Jugnauth, président de la République.

à commencer par les répercussions adverses de la réforme du régime sucre de l?Union européenne (UE) sur Maurice, et d?autres états d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) aux économies vulnérables. Un des principaux effets est la baisse des prix de 36 % à partir d?octobre 2009.

Pour cette raison Maurice aussi bien que d?autres états ACP en voie de développement s?activent à appliquer des ?Multi Annual Adaptation Strategies? pour soutenir leurs industries sucrières à la lumière des réformes de l?UE. Ces stratégies visent à opérer l?industrie sucrière sur le modèle d?un cluster pour la production de sucre, de l?énergie et de l?éthanol pour réduire les coûts, augmenter les revenus et optimiser l?utilisation des sous-produits.

Ensuite, au niveau de l?Organisation mondiale du commerce (Omc), il y a le remplacement à partir du ler janvier 2008 de la dérogation concernant des arrangements commerciaux sous l?Accord de Cotonou pour des pays ACP par les Accords de partenariat économique (APE).

Les propositions de l?UE au sujet des APE, l?initiative ?Everything But Arms?, l?Omc et les négociations du cycle de Doha, d?une façon ou d?une autre, auront un impact sur le secteur sucre. Outre ces facteurs externes, il y a des facteurs internes qui nécessitent des changements.

Les nouvelles prévisions indiquent des hausses importantes de la production mondiale de sucre. D?où le peu d?optimisme d?Arvin Boolell au sujet des prix du sucre à l?avenir, en particulier pour le sucre non raffiné.

Raison qui le pousse à mettre l?accent sur la nécessité d?une coopération au niveau des institutions pour développer de nouvelles variétés de cannes et d?accroître les revenus. Notamment, l?utilisation potentielle du sucre comme carburant avec la production de l?éthanol, non seulement comme un supplément aux produits pétroliers mais aussi comme une alternative à ces produits. C?est la deuxième fois, après 1997, que la réunion de l?ISC se tient à Maurice.

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