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Les Seychelles jouent avec l?idée d?une alternance

30 juillet 2006, 00:00

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Les 64 000 Seychellois, sur une population de 81 000 habitants, qui se rendent aux urnes aujourd?hui vont se choisir un président pour cinq ans. Cette journée est le point d?orgue d?une campagne de dix-huit jours qui n?a pas été de tout repos. Deux morts, des arrestations et une certaine tension ont marqué cette période. Une visite assez controversée de Paul Bérenger, leader du MMM et proche des dirigeants du régime en place, a été l?un des points forts de cette campagne.

Pour l?opposition, le spectre du coup d?état de 1977 plane. « Les infractions à l?ordre public m?ont l?air d?avoir été orchestrées pour donner l?impression que l?opposition cède au fanatisme. Je suis inquiet de voir que lundi a été décrété jour férié pour permettre au gagnant de célébrer la victoire. J?ai peur que le régime en place n?en profite pour inciter les gens à la violence pour que l?armée puisse intervenir », écrit sir James Mancham à l?évêque des Seychelles, monseigneur Denis Wiehé.

James Mancham a été le premier Premier ministre et président des Seychelles. Il est aussi le fondateur du Parti démocrate, désormais allié de l?opposition. C?est contre lui qu?avait été orchestré le coup d?État de 1977, ourdi par l?ancien président Albert René. Il a invité l?Église catholique à faire un ultime appel au calme ce matin, lors de la messe dominicale.

Cette victoire, les deux principaux candidats y croient. Le SPPF est mené par le président sortant, James Michel, et son adjoint Joe Belmont. Le SNP a pour candidat le très populaire prêtre anglican Wavel Ramkalawan et son adjoint Anette Georges. Au démarrage des élections vendredi, le candidat Michel se donnait victorieux avec jusqu?à 60 % des votes. Son adversaire pronostiquait également la victoire avec au moins sept points d?écart.

L?opposition, il faut le dire, ne s?est jamais sentie aussi forte aux Seychelles. Le SNP de Ramkalawan a passé les deux dernières années depuis que René a passé la main à son dauphin Michel, à faire du porte-à-porte pour expliquer aux Seychellois pourquoi il fallait changer de gouvernement. Il propose de ramener l?éthique, la transparence et la moralité au sommet de l?État et de gouverner en donnant l?exemple. Il veut favoriser l?émancipation intellectuelle des Seychellois, ce qui, espère-t-il, les incitera à changer de mentalité et à se prendre davantage en charge. Il veut enfin donner au pays une vraie chance de survie sur le plan économique en modernisant, en privatisant et en libéralisant.

Un moment attendu avec appréhension

Le SPPF mise sur la continuité. James Michel revendique un bilan positif sur le plan économique, ayant déjà mis en chantier certaines réformes mentionnées par le SNP. La politique monétaire relative au taux de change étant un véritable point litigieux aux Seychelles, il propose de désindexer la roupie seychelloise par rapport au dollar américain dès octobre. Une politique restrictionniste sur ce plan a bridé l?entrepreneuriat privé et favorisé l?émergence d?un marché noir qui attire jusqu?à 60 % des devises entrant. Une appréciation articificielle et permanente de la roupie contribue aussi à rendre le coût de la vie très chère.

En s?attaquant au problème de la roupie, Michel coupe l?herbe de sous les pieds du SNP. Mais qu?à cela ne tienne, Ramkalawan et son équipe s?évertuent à souligner le manque de crédibilité de Michel, dont le gouvernement est accusé de népotisme et de corruption.

Les Seychellois semblent vouloir du changement. Mais oseront-ils se l?approprier ? Les résultats des élections seront connus tard ce soir ou tôt demain matin. Ce moment est attendu avec une certaine appréhension, même si cela ne se laissait guère entrevoir à Mahé hier. Les Seychellois ont vaqué à leurs occupations.

À Victoria, cependant, le commissaire Hendricks Gappy et son équipe accueillaient les premières urnes des îles lointaines et des centres de votes spéciaux mis en place ces deux derniers jours pour permettre aux Seychellois travaillant dans des services essentiels ou hors de Mahé, La Digue et Praslin, de voter.

Shyama SOONDUR (des Seychelles)

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