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Les procédures de vote font craindre de nouveaux litiges
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Les procédures de vote font craindre de nouveaux litiges
La Floride a-t-elle réparé son système électoral ? Ou bien faut-il craindre un nouveau blocage, comme celui qui a abouti à faire trancher l?élection présidentielle du 7 novembre 2000, cinq semaines plus tard, par la Cour suprême des États-Unis ? Sur place, les avis sont partagés.
Il y a quatre ans, 175 000 bulletins de vote, quantité très inhabituelle, ont été rejetés, en Floride, par les machines à cartes perforées. Dans le comté de Palm Beach, l?un des plus peuplés et des plus favorables au Parti démocrate, le nombre de bulletins nuls était particulièrement élevé. Le document que les électeurs devaient poinçonner n?était pas clair. Les noms des candidats étant répartis sur deux pages, en ailes de papillon, de part et d?autre des cases à perforer, de nombreux électeurs, souvent parmi les plus âgés, ont poinçonné leur bulletin deux fois. En outre, Pat Buchanan, candidat du Reform Party, a recueilli un nombre de voix exceptionnellement important parce que la case qui lui correspondait était voisine de celle d?Al Gore, le candidat démocrate.
<B>« Aucun moyen de vérifier que les chiffres sont justes»</B>
Les machines à cartes ont posé des problèmes dans d?autres comtés, où les poinçonneuses ne fonctionnaient pas bien. M. Gore a demandé que les bulletins rejetés comme nuls, mécaniquement, dans les comtés de Miami-Dade, Broward, Palm Beach et Volusia, soient recomptés manuellement. On se souvient des scrutateurs, examinant chaque bulletin pour juger si telle ou telle case avait bien été perforée, selon que le « chad » ? le confetti ? était détaché complètement ou en partie, voire seulement enfoncé.Ce recomptage, étendu à 58 comtés par la cour suprême de l?État, a été interrompu par la Cour suprême fédérale, ce qui a eu pour effet de valider le résultat officiel du scrutin, donnant à M. Bush 537 voix d?avance, sur près de 6 millions de votants, et la présidence des États-Unis.
Aujourd?hui, les machines à cartes perforées ont disparu, mais les terminaux à écran tactile qui les ont remplacées, dans 15 comtés sur 67, sont contestés. Un député démocrate, Robert Wexler, estime que ces machines ne sont pas sûres. Il a obtenu, en appel, le 28 septembre, qu?un tribunal de Floride examine sa demande de mise en place, dans les bureaux, d?imprimantes délivrant un reçu du vote. Le principal reproche fait à ces terminaux est de ne pas enregistrer le vote sur papier.
« Les gens n?ont pas confiance », dit Alessandra Meetze, porte-parole de l?American Civil Liberties Union (ACLU), à Miami. Selon Mme Meetze, « de nombreuses études » ont démontré « un nombre significatif d?erreurs », mais les responsables des élections, au niveau de l?État, refusent de pratiquer des audits indépendants, c?est-à-dire autres que ceux fournis par les fabricants. Cette absence de « reçus » est dénoncée dans plusieurs États équipés de ce matériel, pour deux raisons : elle empêche l?électeur de s?assurer que la machine a enregistré son vote correctement, et elle rend impossible une vérification des résultats calculés par le système.
Avec ce matériel, « vous n?avez aucun moyen de vérifier que les chiffres sont justes », souligne Ion Sancho, superviseur des élections dans le comté de Leon. Elu à ce poste depuis 1988, dans un comté fortement démocrate, M. Sancho se présente aux élections sans appartenance partisane, mais se dit « d?accord avec Jimmy Carter », pour qui le dispositif de vote, en Floride, n?offre pas les garanties que l?on est en droit d?attendre d?une démocratie moderne.
Comme 51 autres superviseurs ? tous élus, en Floride, sauf celui de Miami ? Dade ?, M. Sancho a choisi un matériel qui enregistre, par lecture optique, le bulletin rempli par l?électeur. Tout bulletin mal rempli est refusé, et l?électeur qui souhaite voter blanc doit le confirmer. Selon lui, les 15 comtés qui ont choisi les écrans tactiles l?ont fait « pour éliminer le papier et pour rendre impossible un recomptage ». Glenda Hood, la secrétaire d?Etat, républicaine, de la Floride, chargée des élections, affirme que c?est faux. Selon elle, les terminaux informatiques ont « un dispositif d?enregistrement sur rouleau de papier » qui fournit une sécurité en cas de panne.
Mais la conduite à tenir, si le résultat est serré, n?est pas clair. La loi, en Floride, oblige à un recomptage si l?écart de voix est inférieur à 0,25 % du total des suffrages exprimés. « C?est donc automatique », assure Mme Hood. En réalité, selon les opposants, il ne s?agirait pas d?un vrai recomptage. « Ils referont les additions, ils ne vérifieront pas les bulletins », explique Mme Meetze. Cependant, une décision de justice pourrait amener Mme Hood à rendre obligatoires, dans les bureaux de vote, la présence d?imprimantes, grâce auxquelles un recomptage manuel serait possible.
<B>600 000 citoyens privés de leurs droits civiques</B>
La fiabilité du matériel de vote n?est qu?un des problèmes dont souffre le processus électoral en Floride. Dans cet État, les personnes condamnées pour des crimes perdent leurs droits civiques et doivent demander à les recouvrer après l?expiration de leur peine. Le nombre de citoyens ayant perdu leurs droits civiques est d?environ 600 000. En juillet de cette année, le gouvernement de l?État a communiqué aux responsables des élections une liste de 47 000 noms, ceux de personnes récemment condamnées et qui devaient être radiées des listes électorales. Certains destinataires de cette liste ont remarqué qu?elle comportait 22 000 Noirs, mais seulement 61 Hispaniques, ce qui ne correspond pas à la répartition de ces groupes dans les statistiques de la criminalité. Les Afro-Américains votent plutôt démocrate, les Latinos plutôt républicain.
Le gouverneur Jeb Bush, frère du président George Bush, a présenté ses excuses et annulé la liste. Dans le comté de Broward et à West Palm Beach, la partie du comté de Palm Beach où les tensions ont été les plus vives, la conviction que l?élection de 2000 a été « volée », notamment en privant de nombreux électeurs noirs de leur droit de vote, est profondément ancrée. « Si le scrutin est serré, il y aura de nouveau des problèmes, c?est sûr », estime Dario Moreno, professeur de sciences politiques à la Florida International University.
<B>@ 2 004 Le Monde ?
Patrick JARREAU
Distribué par The New York
Times Syndicate</B>
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