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Les premiers hommages posthumes à Malcolm
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Les premiers hommages posthumes à Malcolm
Le téléphone, ayant, non pas fauté, mais chômé, hier, nous pouvons hélas déduire qu?il faille donner une réponse négative à la question posée par nos réminiscences : qui se soucie des 25 ans de la mort de Malcolm ? La presse d?il y a 25 ans est résolument plus malcolmienne que celle d?aujourd?hui. L?express consacre ainsi une page entière à notre génie national. Trois articles, respectivement intitulés : Roger Charoux, peintre et décorateur raconte : ?Petrusmok? a été écrit long du ruisseau du Pouce ; Malcolm, l?homme qui disait non ; L?hôtel National : sa thébaïde portlouisienne. Ils ne sont pas signés mais on devine aisément l?écriture du poète passionné que fut de son vivant Emmanuel Juste. Le rédacteur littéraire de l?express d?alors possède l?immense privilège et avantage d?avoir été le collègue du génial Malcolm de Chazal au Bureau des Télécommunications et du Téléphone.
Voyons pour commencer, aujourd?hui, ce Malcolm qui ose dire non. Emmanuel Juste nous prévient charitablement d?emblée : essuyer un refus de sa part était la crainte obsédant tous ceux qui voulaient ou osaient l?approcher. Il explique cette misanthropie malcolmienne par un besoin bien compréhensible de solitude. Il précise que ce refus s?appliquait autant aux inopportuns qu?à quelques projets flatteurs, comme à des décorations officielles, sinon royales et même impériales.
En 1974, Pierre Seghers lui propose de faire partie de sa célébrissime collection Poètes d?aujourd?hui, aux côtés de Blake, Milosz, Valéry, Edgar Poe. Il essuie pourtant une réponse négative. Malcom lui fait savoir qu?il ne se livrera pas à ce genre d?exhibitionnisme. Il refuse de donner toute information sur sa vie à Maurice. Un voile épais doit recouvrir celle-ci. Il sait que Paris colporte des commérages et des mensonges sur son compte mais n?en a cure car ?ces racontars se contredisent?. La suprême intention malcolmienne est de ?demeurer un mystère pour Maurice comme pour le reste du monde?. Il a bien écrit, en trois jours, une histoire de son ?uvre. Il se voit contraint ?d?oblitérer cet ouvrage? car ?personne ne doit savoir quoi que ce soit sur sa personne?. La ?majesté de son ?uvre et sa suprême pureté? rendront caduques toutes les calomnies que la postérité pourra colporter sur son compte.
Jean Jacques Pauvert n?aura pas plus de chances que Pierre Seghers. Toujours en 1974, Malcolm de Chazal refuse le Prix des Libraires pour son ?uvre L?homme et la Connaissance que publie cet éditeur. Malcolm refuse sous prétexte qu?un livre de cette valeur ne mérite qu?un seul prix : le Nobel de Littérature.
L?ORTF (Office de Radio et de Télévision de France) songe à tourner un film sur lui, après l?avoir longuement interviewé. Elle obtient seulement un conseil malcolmien : ?Plutôt que de faire un film sur moi, pourquoi ne filmez-vous pas mon île Maurice?.
Il s?opposera également à la publication, dans un journal parisien, d?une longue interview pourtant accordée par lui. Il se souvient après coup qu?il n?y a pas été tendre pour l?île Maurice ni pour ses habitants. Il revient ensuite à de meilleurs sentiments : ?L?île Maurice est ma bienfaitrice du fait de l?opposition qu?elle me fait. Sans cette féroce opposition, émaillée de calomnies, je ne me serais jamais pleinement réalisé. Je fais donc la paix avec mon pays?.
Le dernier refus de Malcolm bouleverse l?Establishment : Il refuse la décoration faisant de lui un Officier de l?Empire britannique. D?ailleurs la page que l?express du 6 octobre 1981 lui consacre s?accompagne d?une belle paraphe stipulant ceci : ?Déclaration. Je déclare formellement que je refuse le O.B.E. Signé : Malcolm de Chazal.? Un de ses proches explique qu?il avait accordé verbalement son assentiment. Lorsqu?on lui fait savoir qu?il doit se rendre au château du Réduit pour recevoir sa décoration, il refuse péremptoirement. Il s?explique : ?J?ai accepté le OBE mais pas de me rendre au château du Réduit.? Si Malcolm ne se rend pas au Réduit, le OBE pourrait se rendre chez Malcolm. Faut croire que c?est trop demander à une décoration anglaise même impériale.
A l?article de la mort, Malclom se désole de ne pouvoir retourner à l?hôtel National, sa thébaïde portlouisienne où il a passé ses journées pendant près de 20 ans, peignant et écrivant, dans une mansarde.
La femme de chambre attitrée de l?hôtel National, Raymonde Aurel, ?Raymond? pour l?auteur de Petrusmok, raconte. Il ne reçoit personne ou presque. Elle est la seule employée à avoir le droit de pénétrer dans SA chambre, de lui porter sa tasse de thé ou de café, de lui monter quelques tartines beurrées ou quelques morceaux de fromage. Elle sert d?intermédiaire entre le maître de céans et ceux qui veulent le rencontrer ou qui sollicitent un entretien. Dans le meilleur des cas, ce dernier reçoit, toujours par l?entremise de Raymond(e), une réponse hâtivement griffonnée sur un morceau de papier.
Malcolm débarque à l?hôtel National le matin à 8 heures (Il n?y a pas d?embouteillages chroniques en ces temps bénis). Dans sa tente bazar, un bloc-notes, des encriers, sa veste et des? bonbons. Il monte s?enfermer dans sa chambre pour n?en redescendre qu?à 14 heures. La porte reste entrouverte pour que Raymond(e) entende ses appels. Dès son arrivée, il troque son complet veston contre une chemise à carreaux et un short, son ?uniforme de travail?. Il se met ensuite à peindre. Le thé ou le café commandé doit être bien bouillant. Quand la peinture le fatigue, il se met à écrire et vice-versa, à moins qu?il ne se mette à lire un livre emprunté à la librairie Sénèque (aujourd?hui Le Trèfle).
C?est dans sa petite chambre, située à proximité de Pleasure Ground, que Raymond(e) apprend la mort de son Missié Malcolm. Mo fine beaucoup ploré ! confesse-t-elle. Verse-t-on encore des larmes pour Malcolm de Chazal ?
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