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Les paysages prophétiques de Daya Mangra

26 juillet 2008, 20:00

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Dès qu?on pénètre dans la Maison de l?Alliance française, à Bell-Village, on se découvre agréablement cerné par les paysages intérieurs, non pas eschatologiques ni encore moins apocalyptiques, au sens profane et péjoratif du terme. Mais tout simplement prophétiques, ou encore écologiques de Daya (Raibye) Mangra, jeune peintre, à l?avenir prometteur, mais aussi professeur des Beaux-Arts à la retraite.

Le contemplateur s?introduit d?emblée dans l?univers agréablement coloré de l?artiste. Couleurs chatoyantes, parfois chaleureuses, parfois apaisantes, rassurantes même. Mais qu?on ne s?y fie pas. Sous des apparences euphorisantes, le message peut se vouloir apocalyptique.

Mais qu?est le contemplateur ? Un amateur de Beaux-Arts ou un écologiste en quête de moyens, pouvant guérir durablement l?Homme assez loup pour dévorer voracement la planète Terre qu?il emprunte égoïstement à ses enfants et petits-enfants ? Peut-on appréhender l?alarme quand le signal, le déclenchant, est d?une qualité artistique pouvant susciter des vibrations esthétiques de bon aloi ?

Ici, réside tout le paradoxe de Raibye Mangra. Elle met toute son âme d?artiste à peindre des panneaux d?avertissement, mais si beaux qu?on meurt d?envie de les décrocher des cimaises pour les suspendre dans nos salons afin de pouvoir les contempler à loisir.

Cette artiste puise, en effet, dans ses nombreux talents, la faculté de peindre des paysages intérieurs encore plus beaux que ceux de Dame Nature car elle excelle dans l?art de confronter des masses et des formes, aux nuances, parfois hostiles, parfois complémentaires. Ses visions, ce monde de demain, qu?elle imagine avec tant d?aisance, présentent autant de profondeurs que de reliefs, de jaillissements, d?exaltations, de luminosités, d?espérances.

Une lueur d?espoir

C?est bien simple... quand elle nous parle, par exemple, des incendies de forêts qui ravagent des milliers d?hectares, en dégageant les fumées toxiques qu?on devine, nous pouvons voir sur sa toile une lueur d?espoir, une flamme d?espérance. Elle nous dit : Incendie. Nous pensons : Divali ! Qui a raison de l?artiste, bardée de diplômes, entre autres, d?un College of Art de Bombay, ou de nous, adeptes incorrigibles du carpe diem, sinon du « après nous le déluge » ? Mais pourquoi donc l?Apocalypse prend-elle si facilement la forme du feu d?artifice le plus effervescent ou encore celle d?une explosion de bulles de champagne ?

Laissons à d?autres se porter au chevet de notre planète bleue en danger de mort, pour mieux nous remplir les yeux de l?univers coloré et vivant de Raibye Mangra, de ses harmonieuses compositions picturales, de ces inventions esthétiques ses indices paysagistes tant prometteurs. Certaines de ses toiles peuvent nous rappeler autant Pierre Argo que Jocelyn Thomasse. Ses pas sur le sable peuvent avoir la force schématique d?un Braque ou d?un Matisse.

Un autre exemple parmi tant d?autres : l?effet de serre, le réchauffement planétaire, la montée des eaux due à la fonte des glaces la hantent et l?empêchent de dormir du sommeil du juste. Au matin, elle se lève et se venge, sur toile, en transformant en falaises rouges, de feu ou de sang (au choix), des glaciers condamnés à devenir icebergs pour menacer une planète nommée Titanic. Le message se veut alarmiste mais du coup ses glaciers de feu renvoient les falaises d?Etretat dans l?insignifiant.

Le message est contradictoire tout simplement parce que Daya Mangra peint peut-être inconsciemment des paysages intérieurs qu?elle n?a pas encore perçus. Elle parle d?arbres dénudés de ses feuilles et nous voyons les masses volcaniques qui leurs sont antérieures. Elle vante la ville, exploitant l?énergie solaire, et nous découvrons un totem africain ou encore mélanésien, tutélaire en tout cas...

Peinture message

La lisibilité pécherait donc. Peut être aussi parce que nous sommes illettrés. Mais est-ce la vocation de la bonne peinture d?être aussi message ? Sommes-nous fautifs en nous contentant de la beauté sur toile, sans vouloir à tout prix la réconcilier avec le titre thématique que son auteur lui octroie. Nous sortons, en tout cas, de l?exposition des peintures Reflets sur l?Environnement de Daya Mangra, sans savoir davantage si notre planète peut encore être sauvée. Mais avec d?avantageuses certitudes quant à sa maîtrise des différentes techniques artistiques.

Les différents accessoires, matériaux et techniques qu?elle utilise avec bonheur, lui obéissent au doigt et à l??il. Raibye (Daya) Mangra, à voir et à revoir, à l?Alliance française, à Bell-Village, jusqu?à mercredi.

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