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Les oubliés de Mare-Chicose
Pushmawtee Ram montre ses jambes couvertes de croûtes noirâtres. Elle raconte à qui veut l?entendre que c?est l?eau de la rivière qui provoque cette « maudite maladie ». Comme les habitants de Mare-Chicose, elle croit mordicus que l?eau a été polluée par le centre d?enfouissement qui se trouve à quelques kilomètres du village.
Comme elle, Ansuya Bhansraz estime souffrir de la présence du dépotoir. « Mo fek sorti lopital lakoz samem », soupire-t-elle. Affaiblie, elle fait le récit des nausées nocturnes, de ses migraines et de cette brûlure aux yeux et à la gorge lorsque surviennent les émanations du dépotoir.
Amrita Ujodha, sa voisine, est toute aussi lasse. « En parler, cela ne résoudra rien? », se lamente-t-elle. Amrita perd sa peau par lambeaux depuis près de cinq ans. Le ministère de la Santé en a pourtant exonéré le dépotoir. « Il n?y a aucun lien entre ces maladies et le centre d?enfouissement. Des analyses médicales effectuées en 2004 sur les habitants de Mare-Chicose l?ont prouvé », affirme le Dr Shyam Sungkar, Chief Medical Officer au ministère de la Santé.
<B>12 000 tonnes de déchets acheminés chaque jour</B>
Et puis il y a cette odeur incommodante qui s?échappe des bennes des 400 camions qui traversent le village à n?importe quelle heure. Tous les jours, ce sont ainsi plus de 12 000 tonnes de déchets qui y sont acheminées, soit 90 % des ordures de l?île? « Ena fwa, loder-la telma for ki nou bizin ferm partou », explique Mahendranath Bhoyjnath, le porte-parole des forces vives. Les collégiens se plaignent également de la puanteur. « Les performances scolaires de nos enfants n?ont cessé de dégringoler ces dernières années? », ajoute un parent. Et à la tombée de la nuit, ce sont des insectes qui prennent le relais pour importuner les habitants.
L?entreprise qui gère le centre d?enfouissement, la Société de traitement et d?assainissement des Mascareignes (Stam), a toujours réfuté ces accusations. Dans ce bras de fer qui oppose Stam aux riverains depuis plusieurs années, comment différencier le vrai du faux ?
Un ancien responsable lié à la gestion du centre d?enfouissement, qui préfère garder l?anonymat, tente de faire la part des choses.
« C?est vrai que l?odeur pose un problème. Pourtant, il y a moyen de la réduire », soutient-il. Il affirme que le concept de cellules qui recueillent les ordures, est inadapté pour le centre d?enfouissement, vu sa proximité avec les habitations. « À cause de leur taille, ces cellules prennent plus de temps à être remplies, d?où l?odeur nauséabonde. Il aurait fallu créer des cellules plus petites. »
<B>En attendant?le cauchemar continue</B>
Le centre d?enfouissement technique de Mare-Chicose génère 800 mètres carrés de lixiviat, une eau chargée de polluants organiques issus des déchets. Avec les pluies, le volume de lixiviat a sensiblement augmenté, contribuant encore plus à l?odeur insupportable. « Une solution serait l?utilisation d?un désodorisant.
À long terme, cela ne risque-t-il pas d?incommoder encore plus les habitants ? », se demande notre interlocuteur. On avait parlé, auparavant, de planter du vétiver, connu pour son parfum, mais ce n?est pas envisageable, vu la superficie du centre d?enfouissement.
La pollution des nappes phréatiques et des cours d?eau est un autre sujet épineux. Pourtant, notre interlocuteur assure que tel n?est pas le cas : « Une couche d?argile sélectionnée de 1,50 m tapisse le dépotoir. Il a été construit de telle façon à éviter que l?eau polluée n?envahisse les nappes souterraines, et les canalisations sont construites selon les normes en vigueur. » Pour étayer ses dires, il affirme que l?eau qui provient des puits ceinturant le centre d?enfouissement est régulièrement analysée.
« Jusqu?à présent la qualité de l?eau n?a pas été affectée. »
Le gouvernement prendra bientôt une décision. Les dirigeants attendent de prendre connaissance du rapport de l?expert Carl Bro. Deux options se présentent pour le moment : l?incinération, ou la délocalisation des habitants et la création d?autres centres ailleurs.
En attendant, les habitants de Mare-Chicose continuent à vivre un cauchemar. « La plupart des gens ici ont sué sang et eau pour acquérir une maison en dur. Lorsqu?ils ont pu réaliser ce rêve, le dépotoir a été, hélas, créé », se désole Mahen-dranath Bhoyjnath.
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