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Les négociations pour l?accord de partenariat, quel cirque !

18 décembre 2007, 20:00

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Les négociations pour l?accord de partenariat, quel cirque !

<B>Par Mahmood CHEEROO</B>

Quand en 2001 à Doha, sous le plus grand chapiteau du monde des spectacles, l?Organisation mondiale des cirques (OMC), accepta de donner une dérogation de sept ans à l?un de ses membres, en l?occurrence l?Union européenne (UE), pour continuer à présenter un spectacle (l?Accord de Cotonou) qui n?était plus conforme à ses règles, tout le monde pensait qu?on avait le temps pour monter un nouveau spectacle avant la fin de 2007.

C?était sans compter avec les complexités de ce nouveau numéro de haute voltige qui devait se faire avec moins de filets de protection (surtout ces préférences qu?on «dénonçait» unilatéralement!). Il y avait d?abord le nombre important d?imprésarios et d?artistes impliqués dans ce nouveau spectacle. L?UE, qui avait 15 imprésarios en 2001 se retrouvait avec 27 à l?arrivée.

Heureusement pour elle, 50 ans de répétitions avaient permis de mettre en place une ossature solide qui assurait la cohérence du spectacle. Ainsi, malgré le nombre élevé d?imprésarios, ils pouvaient s?accorder pour ne mettre sur scène que deux artistes principaux (les commissaires du Commerce et de l?Agriculture) pour assurer le spectacle.

Par contre pour leur donner la réplique, la troupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP), bien moins structurée, avec 78 artistes aux origines très différentes et des talents très variés, tous anxieux que leurs talents ne soient pas reconnus au final, avait un énorme handicap pour monter un numéro cohérent. La seule solution pour préserver l?intégrité de la troupe, c?était de faire jouer tout le monde.

Cependant consciente du fait que du côté de l?UE, il n?y avait qu?un ou deux jongleurs (dépendant des numéros), l?ACP avait initialement mis en place un numéro terriblement complexe avec tous ces artistes se passant les boules avant qu?elles ne soient effectivement échangées avec les artistes de l?UE. Cette dernière, consciente qu?il lui était impossible de jongler en même temps avec autant d?artistes ACP et de trop nombreuses boules, avait tout fait dès le départ pour diviser les artistes ACP en six groupes et construire un numéro autour d?une seule boule (l?accès au marché).

Cependant les artistes ACP, craignant que cette démarche de l?UE n?étant qu?une nouvelle tentative de «divide and rule», fit de la résistance. En effet, ils voulaient tous s?assurer que leur engagement à faire un numéro plus périlleux (avec l?ouverture de leur marché à l?UE) serait récompensé afin de leur permettre de jouer ce nouveau rôle (les fameuses «mesures d?accompagnement») à travers un cachet approprié (les ressources additionnelles pour le développement).

Trois ans durant des répétitions entre l?UE et l?ensemble des artistes ACP (connu dans le métier comme les négociations UE-Tout ACP) ne donnèrent rien sinon des vagues promesses de l?UE de revoir le cachet des artistes (contenu dans «la Matrice de développement»).

Les quatre ans qui suivirent prouvèrent que l?UE avait eu tort de penser que jongler avec des sous-groupes ACP était plus facile. En fait, les clivages qui existent au niveau régional rendent la cohérence des mouvements très difficile.

En particulier la division entre, d?un côté, les Petits et moyens artistes (PMA), qui jouent déjà dans le spectacle conforme aux règles de l?OMC, en l?occurrence le numéro Tout Sauf Les Armes (ne pas confondre avec L?Adieu aux Armes) et qui n?ont aucun intérêt à exécuter le nouveau numéro proposé, sauf si on revoit leur cachet.

Les autres artistes qui doivent jouer dans le nouveau spectacle sous peine d?une réduction de leur cachet (le Système généralisé des préférences). Certains artistes avaient des privilèges (Protocole sucre, Protocole sur les produits de base) qu?ils ne sont prêts à abandonner au profit des autres.

De plus, la compréhension même de la trame du spectacle était différente de la part de l?UE et des sous-groupes ACP. Rien d?étonnant donc qu?après sept ans de répétitions à tous les niveaux et dans les lieux les plus divers, le nouveau spectacle n?était toujours pas prêt.

Tout le monde s?interrogeait sur l?après-décembre 2007 car le spectacle doit continuer quoi qu?il arrive. Mais coup de théâtre : à trois mois de l?échéance, l?artiste principal de l?UE, Peter Mandelson, annonce qu?il n?y aurait plus de spectacle en janvier 2008 à moins que le nouveau ne soit prêt avant décembre 2007.

Dans le langage de cirque qui lui est propre, il dit «qu?il n?a pas de chapeau et qu?il ne peut en sortir un lapin». Vous l?avez compris : Peter Mandelson, n?étant pas magicien, il ne pourrait faire apparaître un nouveau spectacle en janvier 2008. Etant plutôt un pratiquant de haute voltige (les négociations commerciales de haut vol), il a le secret de susciter l?angoisse parmi les spectateurs.

Rien d?étonnant donc qu?en plus de l?angoisse, un certain vent de panique souffla sur les artistes ACP. Mais tous ne réagirent pas de la même façon. Il y eut d?abord un élan visant à accélérer les répétitions en vue d?arriver à monter le spectacle avant la date fatidique du 31 décembre 2007.

Dans le groupe AFOA (Afrique orientale et australe), dont Maurice fait partie, les rencontres se succédèrent (Kigali, Tana, Djibouti, Bruxelles). Ce qui a permis de mieux régler certains mouvements dans le spectacle (sur les règles d?origines, les mesures de sauvegarde, etc.). Mais on se trouva confronté à un imprévu de taille. Dans le scénario de l?UE, le numéro de jonglage entre elle et le sous-groupe ACP devait s?effectuer sur une base ordonnée et disciplinée (le propre d?une Union douanière).

Cependant, en l?absence d?une discipline interne, chaque artiste envoya ses boules en l?air (son offre individuelle d?accès au marché), rendant impossible que l?échange avec l?UE se fasse selon les règles de l?OMC, avec moins de 20 % des balles qui sortent du jeu (la liste des produits sensibles).

En fait, à la première répétition à Tana, on se retrouva avec 70 à 80 % des boules par terre (la liste conjointe de l?AFOA sur les produits sensibles). Vous parlez d?un spectacle ?

Découragés par ce constat, certains artistes décidèrent de constituer des sous-groupes d?artistes plus homogènes afin de présenter des numéros qui passent la rampe. C?est ainsi que les Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles, le (CMMS) vit le jour au sein de l?AFOA, tout comme l?initiative de la Communauté de l?Afrique de l?Est. Le CMMS eut des répétitions aux Seychelles, à Maurice et en marge des réunions de l?AFOA et se préparait à présenter un numéro alternatif (un plan B).

Mais ce ne fut pas nécessaire. L?UE, enfin convaincue qu?il était impossible de monter un spectacle digne de ce nom avant la date butoir du 31 décembre, avait déjà sorti son propre plan B. Non sans avoir manifesté sa déception à l?égard de certains.

Ainsi Peter Mandelson, se référant à la ménagerie du cirque UE-ACP, trouva que les éléphants (Nigeria et Kenya) s?étaient assis sur la route pour empêcher les autres d?avancer.

Faute de lapin, Peter Mandelson se contenta de présenter l?ancien spectacle réchauffé (baptisé initialement Cotonou Plus) qui allait être joué pendant la saison 2008. En attendant d?achever la mise en scène du nouveau spectacle qui devait faire ses débuts en janvier 2009.

La seule condition pour que les acteurs ACP puissent participer à la saison 2008 est qu?ils puissent renvoyer au minimum 80 % des balles que les acteurs de l?UE vont leur lancer (la fameuse offre réciproque d?accès au marché).

Les acteurs ACP non contents de cette approche cavalière de l?UE ont tenté, tant bien que mal, d?introduire dans le spectacle proposé certains numéros sur lesquels ils ont beaucoup travaillé. Ils y sont parvenus en partie comme reflété dans le nouveau titre du spectacle 2008 : Accord Cadre pour un APE.

Toutefois, il est clair que ce spectacle est bien loin du projet initial. On parle de répétitions intenses pendant 2008 pour enfin monter le nouveau spectacle. Mais dès lors que le spectacle 2008 est désormais conforme aux règles de l?OMC et qu?on prévoit aussi de revoir le cachet des acteurs (le volet «coopération pour le développement») où se trouve la motivation pour monter ce nouveau spectacle ?

C?est pour cette raison que Peter Mandelson ne voulait pas sortir le lapin de son chapeau. Attendons voir. Peut-être la nouvelle version 2009 s?intitulera «Who Killed Peter Rabbit?».

Pour le plaisir des enfants, petits et grands. Vive le cirque !

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