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Les nouveaux visages de la violence

8 décembre 2003, 20:00

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?JADIS les crimes les plus recensés étaient le vagabondage et le blasphème. De nos jours, le blasphème ne nourrit plus un avocat.? La criminalité a bien changé. Alain Bauer, conseiller en matière de sécurité de l?ancien Premier ministre français Michel Rocard, en fait le constat au Centre Culturel Charles Baudelaire.

L?évolution est indéniable, l?heure est maintenant aux ?nouveaux crimes ? : l?homicide, le viol et le vol. ?La violence est littéralement devenue l?entreprise économique la plus développée au monde. La criminalité est un conglomérat qui a éliminé les barrières d?investissement, les barrières géographiques, de capitaux et de blanchiment.? Alain Bauer démolit l?idée reçue selon laquelle la ville est le lieu où le plus de crimes sont commis. Pour lui, au contraire, c?est l?espace urbain qui a ?civilisé? le crime et occasionné sa ?chute historique? en France.

Dès lors, ?l?important, ce n?est pas le mode d?emploi, ce n?est pas l?outil mais l?objectif de la violence?. Délinquants de quartier, bandes organisées et terroristes ont un but commun : l?argent. Dans cet affrontement d?un ordre contre un autre, ?la police est perçue comme une bande concurrente?. Le désordre, loin de stimuler les bandes organisées, est plus considéré comme un ?phénomène de concurrence, un élément perturbateur?. Les gangsters aiment l?ordre? Pourvu qu?ils le contrôlent.

Citant l?exemple des polices d?assurance, Alain Bauer souligne l?influence des territoires sur la structuration du vol. Se prémunir contre de nombreuses formes de risques, notamment à travers les caméras de surveillance, a eu pour effet de pousser le délinquant à ?se réfugier sur la voie publique?, en convoitant les téléphones portables et les distributeurs de billets de banque.

?Avant, on forçait les serrures. Les victimes n?étaient que spectatrices de leur malheur. Avec les codes et les alarmes, elles sont braquées, voire tabassées, séquestrées. Le scénario catastrophe est celui où la victime est enfermée dans le coffre de sa voiture, conduite chez elle, dévalisée, avant de voir les malfaiteurs repartir avec ladite voiture.? Alain Bauer assimile la violence au chômage. ?Le chômage est un concept avant de devenir un visage.?

L?identification des victimes amène la hausse brutale de la demande de sécurité publique, l?Etat sous-traite la sécurité à des sociétés privées. Le conférencier note deux écoles face aux attentes du public : la tendance anglo-saxonne qui prône la tolérance zéro, et la technique européenne. Celle-ci repose sur une logique budgétaire visant à expulser les cas par les tribunaux via le classement sans suite. Dans le cas du mineur violent : ?Une école qui s?ouvre étant une prison que l?on ferme?, disait Victor Hugo.

Féminisation du crime

Autre phénomène à gérer : la féminisation du crime. Pour Alain Bauer, les gangs de filles sont plus dangereux que ceux de leurs collègues masculins. Il souligne par ailleurs que le terrorisme n?est pas une opération militaire. ?Jusqu?à 1990, quoi qu?il arrive, le terrorisme était connecté soit à Washington soit à Moscou.? Il note toutefois qu?avec la fin du ?mouvement de bouton ? poussoir? sont apparus des ?états voyous?, qui n?obéissent pas aux ?super-puissants.?

Les mafias violentes, parmi lesquelles le professeur en criminologie classe les mouvements terroristes, font partie des ?nouveaux opérateurs?. Aucune revendication à leur compte, sauf celle de ?l?établissement du royaume de Dieu?. Alain Bauer affirme qu?il ne faut plus imaginer le terrorisme comme on voudrait qu?il soit. Il n?existe, selon lui, ?aucune signature d?Al-Qaïda. Ce n?est pas une organisation, mais un guichet où les terroristes trouvent ce qui leur manque.? Oussama ben Laden n?en serait donc pas le chef mais seulement le porte-parole.

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