Publicité
Les nouveaux prêtres se font rares
Ce dimanche, Jean-Michaël Durhone sera ordonné prêtre par Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis. Il sera le 158e prêtre mauricien, mais le seul qui sera ordonné cette année. Par contre, cinq prêtres fêteront leur jubilé d?or sacerdotal dans deux semaines. Ce qui signifie qu?en 1955, la prêtrise a attiré cinq fois plus de personnes que cette année. Si l?expression «fuite des cerveaux» est sur toutes les lèvres, pourrait-on également parler d?une «fuite de la foi» ?
Les 80 jeunes Mauriciens qui s?envolent dimanche pour Cologne (Allemagne) participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) tendent à prouver le contraire. Tous s?identifient pleinement au thème de ces JMJ, («Nous sommes venus l?adorer») et se montrent impatients à l?idée de rencontrer le nouveau pape, Benoît XVI.
Selon le père Jean-Claude Véder, responsable des jeunes au diocèse de Port-Louis, cette «diminution» serait due à « une crise d?engagement » qui se reflète non seulement au niveau de l?Eglise, mais dans la société en général. «Les jeunes ont peur de s?engager de façon durable. Ils veulent le faire mais ils hésitent», explique-t-il.
Il espère que la délégation aux JMJ produira au moins un prêtre, comme cela a été le cas lors des dernières éditions, notamment à Paris en 1997. Car la dynamique de groupe et l?esprit du partage aide les jeunes à surmonter «la peur de l?engagement».
Pour ce prêtre qui connaît bien les jeunes, le v?u de chasteté, et le célibat qui en découle, ne sont pas les causes de la diminution des vocations. «Le mariage est permis dans l?Eglise anglicane mais il n?en reste pas moins qu?elle souffre également d?un manque de prêtres», avance-t-il.
Cette opinion est partagée par Aurélie Tang Chong, 18 ans, qui fait partie de la délégation mauricienne aux JMJ. «Je vois la prêtrise comme un mariage avec Dieu», confie-t-elle. Elle raconte toutefois l?histoire d?un ami qui «se serait fait prêtre s?il pouvait se marier». Pense-t-elle à se faire religieuse ? Aurélie espère revenir des JMJ avec une réponse définitive à cette question importante.
Pour Vincent Seetaram, 23 ans, la société mauricienne serait devenue «trop matérialiste». Il dit ne pas avoir reçu « l?appel du sacerdoce», qu?il se perçoit comme «un laïc engagé». Selon lui, l?Eglise devrait créer des «espaces de vocation».
Il y a également ceux qui quittent le séminaire en cours de route. En mai de cette année, six séminaristes, dont Jean-Michaël Durhone, poursuivaient des études en France. Il n?en reste plus que trois. A l?occasion de l?édition 2005 de la marche de charité Amen To Blok (fonds aussi utilisés pour les études), Mgr Maurice Piat avait expliqué l?importance pour les séminaristes «de suivre une formation si longue et coûteuse». Ces études durent six ans, dont quatre à l?étranger, et coûtent Rs 580 000 par an. L?année dernière, le diocèse avait recueilli Rs 2,7 millions.
Le père Alain Romaine est d?avis qu?il existe «une perdition au niveau de la foi». Il rappelle toutefois que toutes les grandes institutions ont été remises en question ces dernières années et que l?Eglise n?a pas fait exception.
Le père Jean-Claude Véder explique aussi qu?il y a moins de jeunes disponibles aujourd?hui. Outre la peur de s?engager, la démographie a changé la donne. Il était plus facile pour une famille nombreuse d?antan de «donner un enfant à Dieu».
L?Eglise devient donc une nouvelle victime de la société de consommation. Les jeunes catholiques sont exposés à d?autres modes de vie et courants de pensée. S?inscrire sur le long terme devient moins intéressant. Pourtant, certains, à l?instar d?Aurélie Tang Chong, envisagent sérieusement de passer leur vie dans les ordres. D?autres, comme Vincent Seetaram, ne doutent pas de leur foi mais ne se sentent pas «appelés» à devenir prêtres. D?autres encore se sont engagés au séminaire pour finalement se rendre compte que ce n?était pas leur voie. Dans tous les cas, «la crise de l?engagement» est un phénomène qui mérite d?être pris très au sérieux.
Publicité
Publicité
Les plus récents