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Les mystères de la progression de la maladie

5 juin 2006, 00:00

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Plus de deux ans après l?installation de l?épizootie due au virus H5N1 dans une dizaine de pays asiatiques, et près d?un an après son apparition en Russie, les raisons de sa progression internationale sont toujours mal comprises. Trois cents chercheurs de 80 pays, réunis tout récemment à Rome sous l?égide de l?Organisation des Nations unies pour l?agriculture et l?alimentation (FAO) et de l?Organisation mondiale de la santé animale (OIE) ont tenté de lever une partie du mystère en faisant le point sur les questions en suspens, et notamment celle du rôle joué par les oiseaux migrateurs dans la dissémination géographique du virus.

On sait que virus grippaux et oiseaux sauvages vivent le plus souvent en harmonie, les premiers se répliquant dans le tractus intestinal des seconds et assurant leur dissémination par voie fécale. Robert G. Webster (St. Jude Children?s Hospital, Memphis, Tennessee), l?un des meilleurs experts mondiaux des virus de la grippe, a rappelé à Rome que les oiseaux aquatiques sauvages étaient les réservoirs naturels des 16 sous-types connus des virus du groupe A dont fait partie l?actuel H5N1. Mais il arrive que des mutations génétiques virales bouleversent l?équilibre du couple virus-oiseau. Le nouveau virus produit peut être pathogène pour les oiseaux d?élevage sans pour autant l?être pour les oiseaux sauvages. Est-ce le cas du H5N1, et comment comprendre que certaines espèces y sont sensibles quand d?autres semblent ?naturellement? protégées ?

Les certitudes sur ces points sont encore parcellaires. On sait néanmoins que l?infection humaine par le virus H5N1 peut être contractée au contact d?oiseaux sauvages porteurs du virus. La démonstration en a été faite au début de l?année en Azerbaïdjan, où sept personnes ont été infectées après avoir plumé des cygnes sauvages trouvés morts, quatre d?entre elles ayant trouvé la mort. Les examens comparatifs effectués sur le gène de l?hémagglutinine ont d?autre part permis d?établir une filiation entre des échantillons viraux d?oiseaux morts trouvés en Mongolie et en Sibérie et ceux analysés dans 25 pays européens touchés par l?épizootie.

On a aussi découvert en Chine l?existence de porteurs sains du virus H5N1 chez des canards sauvages. A l?inverse, Wetlands International et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) n?ont pu, en dépit de leurs efforts (5 000 oiseaux analysés), observer la présence du virus dans les régions d?hivernage de 12 pays africains. Des virus grippaux faiblement pathogènes ont toutefois été trouvés chez 3 % des oiseaux migrateurs et autochtones, ce qui témoigne de la possible circulation de ces agents entre les régions paléarctiques et l?avifaune africaine subtropicale. Ce résultat ruine l?hypothèse selon laquelle les migrateurs se débarrassaient de ces virus lors de leur séjour africain. Pour François Monicat, du Cirad, cette surveillance virologique devra désormais s?étendre à d?autres régions et notamment à l?Europe centrale et de l?est.

Pour l?heure le nombre restreint des échantillons analysés ne démontre pas avec certitude l?absence du H5N1 dans l?avifaune sauvage africaine. Ils permettent toutefois d?exclure une circulation massive de l?agent pathogène. Et contrairement à ce que redoutaient de nombreux responsables sanitaires, les oiseaux migrateurs de retour d?Afrique n?ont pas, au printemps, disséminé le H5N1 en traversant l?Europe pour rejoindre la zone paléarctique.

L?Afrique touchée

Comment, dès lors, comprendre que le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d?Ivoire, l?Egypte, le Niger et le Nigeria soient depuis peu touchés par l?épizootie ? Faut-il incriminer le commerce international des poussins sauvages ou celui des oiseaux domestiques vivants ? ?Nous sommes confrontés à de nombreuses inconnues. C?est le fait de se sentir démunis et ignorants qui nous a poussés à réunir (à Rome) cette conférence internationale?, a expliqué Gideon Bruckner, chef du département scientifique et technique de l?OIE. Les participants à cette réunion ont d?autre part dénoncé les retards dans les financements promis par la communauté internationale pour lutter contre une épizootie dont personne ne peut dire quand elle pourra être éradiquée.

©Le Monde 2006 Distribué par The New York Times Syndicate

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