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Les multiples mutations du MMM

19 novembre 2004, 20:00

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35 ans d?existence. Le Mouvement militant mauricien (MMM) organise demain son congrès anniversaire.1968. A l?origine, un club. Le Club des étudiants mauriciens. Il prend racine dans le rejet du néo-colonialisme post-indépendance. C?est ainsi que débute l?histoire du MMM.

Aujourd?hui, toute la jeunesse d?hier connaît cette histoire. Ce sont les adultes des années 90 et 2000. Mais il est peu probable que la jeunesse contemporaine, elle, la connaisse. C?est celle d?un parti qui voulait tout changer et qui désormais ne cherche au mieux qu?à gérer des changements dont il ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants.

Au départ, il y avait effectivement le rêve d?une transformation radicale de la société. Au Club des étudiants et au MMM embryonnaire, on lisait Marx, Mao?, on fumait Matelot, Rio?, on parlait kreol? et surtout on fustigeait le grand capital. C?était le temps du rituel gauchiste. Un journal comme guide pratique de ses convictions et de sa manière de vivre. Un leader aux traits charismatiques. Un mouvement populaire pétri de convictions et de foi en sa fougue à bâtir un avenir meilleur. Les jalons étaient posés. La suite... on la connaît.

A l?instar des autres mouvements de gauche dans le monde, le pragmatisme et la social-démocratie vont triompher. L?île Maurice, gérée par le MMM, est une île qui applique scrupuleusement les diktats de la sainte trinité économique que sont l?Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Sous ce règne, le Parlement est transformé en machine de production législative. C?est la voix de la rigueur et du sacrifice. C?est l?histoire d?un MMM dépouillé à travers le temps. Dépouillé de quelques hommes influents et de toutes les idées originelles.

On en arrive là à travers des cassures, des défections, des épreuves continues au sein de l?opposition, de compromissions et de raccommodages. Pourtant les choses avaient commencé autrement. Par des grèves. Celles de 1971 et 1979 qui consacrent la force ouvrière et syndicale comme agent incontournable de la vie publique du pays. Ces grèves qui voient les leaders mauves connaître les quatre murs d?une cellule. C?est ainsi que naissent des légendes.

Pourtant, il y aura les scissions. Dans les années 70, années phares du MMM déjà, on note des défections. On quitte le MMM pour des questions de principe. On lui reproche son travestissement idéologique. Puis vient la grande cassure de 1982. Un pouvoir bicéphale qui ne tiendra que neuf mois. Le MMM se scinde. Naît le Mouvement socialiste militant. C?est paradoxalement une autre notion qui vient de voir le jour : celle de la grande famille militante. Elle se réunira à deux reprises. En 1991 et en 2000. En ces deux occasions, on se rend compte de la force électorale de cette « famille ». Pour les prochaines législatives, elle a pris le pari de faire la démonstration de sa force. Mais, de l?avis de certains observateurs, les donnes ont changé. A Paul Bérenger et à ses partenaires de prouver que l?esprit militant n?a pas perdu de sa capacité à fédérer.

Reste un autre défi. Peut-être plus crucial. Celui de la pérennisation du mouvement. Quand Paul Bérenger annonçait, voici quelque temps, qu?il comptait se retirer pour se consacrer à son parti après avoir exercé le pouvoir dans un éventuel gouvernement MSM-MMM après les élections de 2005, ses déclarations ont été reçues avec la plus grande réserve et le plus grand scepticisme. La question centrale demeure en effet de savoir s?il existera un MMM après Paul Bérenger. De son vivant, aucun leader n?a aimé désigner un dauphin. Paul Bérenger fera-t-il mentir l?adage ? C?est une des questions, parmi tant d?autres, que le MMM a suscitées et continue à susciter.

C?est lorsque existent de telles nébuleuses que le sentiment de fascination perdure. Aujourd?hui, il y a les nostalgiques du MMM, les déçus du MMM et ses nouveaux adeptes. Mais le fait demeure que la saveur mauve première s?est effacée. Le MMM ne cherche plus sa spécificité que dans des détails.

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