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Les moyens de nos ambitions
Quelles perspectives d?expansion régionale pour Maurice ? Deux événements récents remettent cette question d?actualité : la récente visite du Premier ministre Paul Bérenger au Mozambique et la dépréciation vertigineuse de la monnaie malgache, qui préoccupe.
Maurice est toujours à la recherche de nouveaux horizons pour accroître son espace économique. On est à la recherche de terres et de main-d??uvre ? de préférence bon marché ? pour compenser les limites géographiques et démographiques du pays. Les résultats de cette démarche sont mitigés.
Le gouvernement comme le secteur privé local fondait de grands espoirs en Madagascar. Le niveau des investissements mauriciens dans la Grande Ile avait atteint des proportions telles qu?une entreprise comme Floréal Knitwear comptait, à un certain moment, autant de travailleurs à Madagascar qu?à Maurice.
La crise politique de 2002 a fait s?écrouler nos rêves comme un château de cartes. L?ensemble des entreprises mauriciennes engagées dans la Grande Ile y a perdu Rs 1 milliard. Mais le plus grave est que Maurice a vu s?éloigner son ambition de devenir le Hongkong du textile de l?océan Indien.
En raison de sa proximité, Madagascar était considérée comme la première étape de l?expansion économique de Maurice. Les avantages dont a bénéficié ce pays sous l?AGOA a renforcé cette dynamique. Cette logique a été sérieusement ébranlée par la crise de 2002. Malgré les discours pour un renouveau de la coopération économique entre nos deux pays, le c?ur n?y est plus. Sauf pour ceux qui ne peuvent faire autrement.
La récente dégringolade de la monnaie malgache, au lieu de susciter de l?euphorie, provoque plutôt l?inquiétude. On peut craindre qu?elle débouche sur une nouvelle crise sociale, qui fera du re-décollage économique de la Grande Ile un v?u pieux.
En tout cas, l?éventualité de nouveaux troubles sociaux semble donner raison à ceux qui ont, dès 2002, fait une croix définitive sur Madagascar. Sans préjuger de l?évolution de la situation, il est clair que ce nouveau risque de détérioration sociale, même s?il n?est pour le moment qu?une éventualité, envoie un mauvais signal : l?instabilité est latente à Madagascar. Les crises à répétition le prouvent et ne pas en tenir compte serait faire preuve de manque de clairvoyance.
La menace qui plane sur la dérogation concernant l?importation des matières premières sous l?AGOA risque aussi de remettre en question l?activité textile dans ce pays. Si elle n?est pas renouvelée en septembre, la Grande Ile perdra beaucoup de son attrait.
Les acheteurs attendent que l?incertitude concernant le renouvellement de cette dérogation s?éloigne pour passer commande. Dans la conjoncture actuelle, la perspective d?une éventuelle crise sociale les fera réfléchir plus d?une fois.
Sur le continent, les possibilités qu?offre le Mozambique paraissent formidables. La réhabilitation réussie de Marromeu permet tous les espoirs. Les choses sont loin d?être aussi simples pourtant. On oublie trop vite que ce projet a englouti jusqu?ici US$ 154 millions. Avec ses 98 000 hectares, Marromeu est donc une mesure de ce qu?aurait coûté le développement des fameux 100 000 hectares mozambicains, véritable miroir aux alouettes.
Les possibilités sont énormes mais les moyens requis aussi. Or, le financement est la pierre d?achoppement de tout projet. Maurice n?a pas les moyens de ses ambitions.
Et puis, il faut aussi et surtout de la persévérance et de la vision. Le gouvernement, comme le secteur privé, développe occasionnellement un engouement fou pour une destination, mais qui ne dure que le temps d?une mission de prospection ou d?une visite officielle. Où en sont les investissements mauriciens au Sénégal, par exemple ?
Faute d?une réelle stratégie d?expansion régionale mûrement réfléchie et mise à exécution avec acharnement, Maurice restera le Petit Poucet qui rêvait des bottes de géants.
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