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Les mots du départ
Monsieur le président, votre mandat se termine dans quelques semaines, auriez-vous souhaité rester à votre poste?
Si la question avait été posée à un autre moment, pourquoi pas ? Le terme d?un mandat du président est de 5 ans? Mais pour le cas qui nous concerne, dans ma tête, c?était un mandat de 19 mois. Cela avait été décidé comme ça et je l?ai accepté. Donc, Il n?est pas question que je pense à rester encore. C?est très difficile de répondre à cette question sans les nuances que je viens d?évoquer.
Ce passage à la présidence vous a-t-il donné des satisfactions que vous n?aviez pas en tant que ministre?
Oui. Cette présidence a prouvé que l?effort et le travail sérieux mettent en évidence les compétences de quelqu?un. Chaque être humain a une vision des choses, une manière de voir, et je pense que la présidence m?a aidé à mettre en pratique certaines choses que je n?aurais jamais pu faire en tant que ministre. Ce passage a rendu plus complet mon développement en tant qu?homme. J?ai pu exprimer des choses qui étaient en moi.
En tant que ministre vous ne pouviez pas le faire?
On peut se permettre plus de choses à la présidence. Vous êtes accepté avec des à prioris positifs et les citoyens n?ont pas à votre égard des idées préconçues. Ils savent que vous êtes au-dessus de la politique et de ses querelles. Que vous n?avez pas d?agenda politique. C?est ce qu?offre la présidence: Une plateforme pour parler plus librement.
Qu?avez-vous abordé que vous n?auriez pu quand vous étiez ministre?
Quand j?ai parlé de la famille et que j?ai dit que les parents étaient les premiers responsables de leurs enfants. Cela a causé des remous. Si j?étais ministre, je n?aurais pas pu le dire de manière aussi directe. Je voulais être direct, choquer en quelque sorte. Parce que le problème est important. Ce poste vous donne une ouverture que vous ne sentez pas au début de votre mandat. Pour en revenir à votre première question, je dirais que la présidence, ce n?est pas une question de longueur de mandat. On peut faire beaucoup en dix- neuf mois.
Au début de votre mandat, vous avez déclaré dans un entretien : ?Je vais vous étonner??
Oui. Il y avait beaucoup d?idées préconçues à mon égard. On pensait : C?est un fidèle de Jugnauth, c?est une nomination politique. Mais on ne me connaissait pas. On a découvert qui j?étais.
Vous avez été nommé après une crise constitutionnelle où votre prédécesseur avait démissionné parce qu?il ne voulait pas donner son assentiment à une loi qu?il n?approuvait pas. Avec le recul, comment interprétez-vous ce geste?
Il y a deux attitudes possibles. Si je m?étais trouvé dans ce cas, ou si j?avais des réserves sur une loi, j?aurais retourné le texte une première fois au Parlement. Si j?avais la moindre indication que la loi allait quand même passer, j?aurais démisionné avant. Je n?aurais pas permis que le papier arrive devant moi. Si vous êtes toujours là quand le papier arrive, il faut signer. C?est ma façon de voir les choses. Je serais parti avant.
Avez-vous eu l?occasion d?évoquer la question avec votre prédécesseur?
Nous n?avons jamais discuté de cela en tête à tête. Il a donné son point de vue sur les journaux et moi le mien. Nous nous sommes souvent vus et je l?ai même invité, ici, à Clarisse House. J?ai beaucoup d?amitié et de respect pour lui. Il n?y a jamais eu de problème entre nous.
Cassam Uteem a semblé se laisser tenter par la chose politique après avoir quitté la présidence. Craignez-vous les mêmes tentations?
Non. Après une présidence, c?est difficile. Il faut pas retourner à la chose politique. Cela semble, pour moi, inconcevable. Le président n?est pas élu au suffrage universel, cela change tout. Je ne ferais pas de politique active.
Une vraie retraite?
J?aimerais me rendre utile, partager l?expérience mauricienne avec le continent africain. J?ai fait partie de cette équipe qui a commencé la transformation économique du pays dans les années ?80. J?ai vécu les difficultés, les attentes, et je me suis rendu compte que l?on pourrait partager cette expérience. Je suis, par tempérament un homme de terrain et j?aimerais faire partager nos réussites, nos échecs. Je crois beaucoup à l?Afrique comme continent d?avenir. Nous pouvons servir d?exemple. Un jour j?ai été invité à la Cité Vallijee pour le 40e anniversaire de sa création.
Il y avait une banderole qui disait : ?Zenfant cité ki ou l?avenir?. J?ai été, avec mes parents, un des premiers habitants de cette cité. Quand j?ai vu ça, j?ai rigolé, et dans mon discours j?ai dit : ?L?avenir zenfants cité, li capave aussi président de la République?. Quand les gens modestes réussissent, cela suscite un élan particulier.
Quel regard portez-vous sur l?avenir de Maurice à quelques se;aines de votre départ? Inquiet?Non, je suis conscient que nous passons par une période de transition difficile. On se pose des questions. Mais je vois arriver quelque chose de grand, je sens que l?avenir sera plus serein que certains le pensent. Nous sommes en pleine construction, avec tout le désordre que cela suppose, mais je sens que nous allons bientôt habiter la maison. Economiquement, il y a un problème avec le pouvoir d?achat des plus humbles. Les pauvres ont des difficultés à vivre. Il faut trouver quelque chose pour résoudre cette contradiction. D?un côté il y a des chômeurs, et de l?autre, on est obligé de faire venir des travailleurs étrangers.
Je suis inquiet parce que je pense qu?on ne cherche pas la solution dans la bonne direction à ce problème. Il faut que les travailleurs soient polyvalents. Et puis, je reviens à cette question de la famille. Les femmes qui travaillent doivent pouvoir être à la maison plus tôt pour les enfants. Il faut que le patronat accepte ce principe, cette conception des choses.
Cette conception coincide-t-elle avec les obligations de production des usines de la Zone Franche?
La famille doit être le centre à partir duquel tout doit se construire. Tout doit être fait autour de ça. Si on le comprend, on comprend que tout le developpement économique doit tourner autour de ce concept. C?est là qu?il faut chercher la solution.
Vous avez, au moment de la polémique autour de l?ICAC, été très présent. Le niveau de corruption à Maurice vous inquiète-il ?
Il faut faire attention. Je ne dirais pas que Maurice est un pays corrompu. Mais c?est vrai que lorsqu?on voit l?ampleur de ce qui s?est passé pendant 11 ans dans une banque, on se pose de vraies questions. Quand on dit que la banque ne s?est pas rendu compte de ce qui se passait, j?ai un gros point d?interrogation. Cela me paraît inconcevable qu?une entreprise de cette importance ait pu laisser se passer de telles pratiques. Cela veut dire qu?il y a vraiment quelque chose qui ne va pas. Soit, c?est de l?insouciance, soit c?est autre chose?
Vous avez été un membre fondateur influent du MSM et du Sun Trust Building qui, selon le vice Premier ministre est ?un monument de la honte et de la corruption?. Que répondez-vous à cette remarque lapidaire?
Je réponds que c?est exactement le contraire de la corruption. L?exemple même d?une manière d?agir transparente. Il ne faut pas se voiler la face. Tous les partis reçoivent des dons en argent.
J?étais secrétaire général et je me souviens d?une visite en Italie au siège du Parti Socialiste Italien avec le leader Sir Anerood Jugnauth. Après cette visite, il m?a dit: Et si nous avions nous aussi un secrétariat avec les mêmes facilités. C?est à partir de là que nous avons commencé à y penser. Je n?ai aucun problème avec ça.
Nous avons recu de l?argent officiellement et avec ce batiment et ses facilités nous disons : voilà l?argent est là, au vu et au su de tout le monde, nous n?avons rien à cacher. C?est cela la transparence. Concernant l?argent remis à un ?Trust? dirigé par une famille, personellement je pense que c?est une sauvegarde. Dans le contexte du MSM, en tant que parti, le point fort est mis sur le leadership. Le MSM a un leader fort qui controle le parti et ses finances. Cela a été mis sur le nom du Trust et de la famille pour la sauvegarde de la gestion du fonds et je n?ai pas de problème avec ça. On peut critiquer, on peut contester, mais c?est ainsi.
Récemment, vous avez demandé avec force que l?on cesse d?attaquer l?ICAC. Où en est la situation aujourd?hui ?
C?était nécessaire pour la présidence de donner son avis sur cette question. Pour qu?on laisse l?ICAC prouver qu?elle faisait son travail. Mais j?ai aussi dit mes réserves sur l?ICAC concernant certaines choses. Il y a eu des critiques justifiées et d?autres non. A tel point que quand le premier ministre, le leader de l?opposition et moi -même avons rencontré l?ICAC, nous nous sommes dit des choses très franches et directes et je crois que les membres de l?ICAC ont compris notre point de vue. Je suis satisfait de ce que je vois, que l?ICAC va faire son travail.
Beaucoup de Mauriciens craignaient que l?ICAC subisse le même sort que l?ECO. Une dissolution manu militari?
L?ICAC est protégée par la constitution. Et je ne vois personne la faire partir. L?ICAC n?est pas en danger. LEGENDEJe me sens en accord avec l?opinion publique en défendant l?ICAC. Et je crois que c?est la meilleure institution que nous ayons pour le faire avec les hommes actuelsLEGENDE. Quitte à corriger certains ecarts.
Sir Anerood déclarait il y a quelques semaines selon un hebdomadaire : ?Il ne faut pas compter sur moi tant que je serais premier ministre pour faire quelque chose contre l?ICAC. Mon sucesseur fera ce qu?il veut lui?. Comment interprétez-vous cette phrase?
Le premier ministre veut dire, je pense, que, valeur du jour, il n?a rien à reprocher à l?ICAC.
Un ministre influent du MSM dit que vous êtes un des seuls à pouvoir ?raisonner Sir Anerood avec votre franc parler? Pouvez-vous être plus explicite?
Vous avez connu trois partis politiques: L?UDM, le PSM et le MSM. Peut-on parler de parcours sinueux ?
Non, ça ne l?est pas. Je vous explique? J?ai voulu, apres mon engagement social, être dans le lieu où les décisions sont prises. Je suis donc entré en politique dans l?UDM qui pronait la participation, le partage, un meilleur équilibre des choses. Puis, je suis entré au PSM. Quelques années plus tard, le parti s?est dissous dans le MSM et je suis resté. Je n?ai pas changé.
Quel regard portez-vous sur l?ancien leader de votre parti, Harish Boodhoo?
C?est un homme que je respecte. Il a des idées sur la manière de venir en aide aux gens qui ont besoin d?un soutien. Mais quelquefois il prend des décisions qui sont à l?opposé de ce qu?il préconise. Si on veut agir en politique, il faut se joindre à une équipe et assumer ses responsabilités. On ne peut pas rester dehors. Pourquoi ne veut-il pas assumer ? Je ne sais pas.
De la rue du Pouce où vous êtes né, dans une famille modeste, à la présidence, votre parcours vous surprend-il ?Je n?avais rêvé à un tel parcours. J?ai été étonné d?être parlementaire, d?être ministre et encore plus président de la République. Etonné, pas effrayé. Il ne faut pas courir derrière les choses, elles vous arrivent si vous avez bien fait ce qu?il y avait à faire. Je n?ai jamais eu l?obsession du pouvoir. Comme je ne crois pas ceux qui pensent que Paul Bérenger a l?obsession de devenir premier ministre. Il a bien travaillé, il l?a mérité.
Vous passez pour un homme à la fois franc et prudent? C?est pas un peu contradictoire?
C?est le contexte de Maurice qui veut ça. C?est un pays où l?on ne peut pas se permettre de dire n?importe quoi, n?importe quand. On a dit que les religions fragilisaient le pays. Je n?y crois pas du tout. Je vais vous étonner : je crois au contraire que l?on devrait aider encore plus les religions. En augmentant leurs subsides par exemple. La religion aide l?homme à comprendre qui il est. Le tissu social mauricien tient grâce à la famille et à la religion. Et il faut aider ces deux secteurs. Il faut que, collectivement, les chefs religieux s?expriment sur certains problèmes. Ils n?ont pas voulu, cela m?a déçu je dois dire?
Ca veut dire ce que ça veut dire?
Ils auraient pu le faire,mais il n?ont pas voulu faire l?effort. Il faut leur faire comprendre leurs responsabilités, leur mission.
S?il fallait dire quelque chose à Sir Anerood, je lui dirais : être président, c?est totalement différent d?être premier ministre. Il devra faire un peu attention à son parler direct et franc. Ici, cela doit être plus souple, plus arrondi. Il doit faire attention aux mots.ACCROCHE
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