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Les moissonneurs de métal

20 juillet 2003, 20:00

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?D?interviews en portraits, d?événements en comptes rendus?, Jean-François Leckning a voulu, recomposer l?histoire du sport mauricien en lui rendant hommage. Son livre, L?odyssée du sport mauricien, est une sorte de pèlerinage, avec comme étapes des histoires émouvantes faites d?efforts et d?exploits, mais rapportant aussi des inepties sans doute portées par la fougue un peu folâtre, telle la proclamation de Mervyn North-Coombes : ?The Mauritian nation was built on the playing fields of Saint-Esprit College. Et, croyez-moi, Paul (Randabel) y est pour beaucoup.?

Par ailleurs, les chapitres avec des titres accolés aux sportifs font parfois penser à des formules du genre péplum. Pour Gungaram et Curé, c?est un duel sur deux tours, on a droit à la chevauchée fantastique de Sheila Seebaluck et au triomphe en terre hostile ? cela se passe à La Réunion ? de Gabriel Anazor. Caroline Fournier est la dame de fer et Richard Sunee est le roi du ring. Quant à Herbert Couacaud, il est béni par les dieux, Bruno Lacariate est le conquérant de l?impossible et Sultan Beeharry le maître des eaux. On est en pleine mythologie avec tous ces titres qui flambent, avec la conquête, la royauté et la divinité comme thèmes porteurs.

Malgré ce parti pris de l?exaltation héroïque, les histoires que raconte Jean-François Leckning restent humaines, humbles comme celle du cycliste Gabriel Anazor qui, en août 1975, débarque à La Réunion en chef de file de la sélection mauricienne et remporte le Tour de La Réunion. Il est alors âgé de 23 ans, il est maçon et fils d?ouvrier?

Il y a bien entendu les à-côtés de l?exploit sportif, comme l?accueil triomphal que réservent les Mauriciens à Gabriel Anazor, leur héros. ?Les journaux de l?époque racontent que c?est aux alentours de 23 h 30 que prit fin cette procession, après un ultime détour au Champ-de-Mars et une récupération politique avortée à Bell-Village. Après le délire de Petite-Rivière, il a fallu que, j?intervienne en personne pour empêcher qu?un politicien ne tire profit de l?événement. J?étais fou de rage quand on m?a dit qu?il souhaitait poser aux côtés d?Anazor?, confie Noël Pointu. L?homme en question était Gaëtan Duval, leader du Parti mauricien social démocrate.

Autre à-côté, Mamade Elahee qui raconte, dans un chapitre qui lui est consacré, comment en 1955, à l?entraînement, Marc Gallet lui reproche de l?avoir appelé par son prénom : ?Le joueur des Muslim Scouts se vexe. Pour rien au monde il n?appellera ?Monsieur? un de ses propres coéquipiers. Il en fait une question de principe et quitte le terrain. C?est donc sans lui que la sélection mauricienne livre ses deux premiers matches.? C?était cela aussi, le sport, que de confondre le talent et l?épiderme.

Barlen PYAMOOTOO

  • Jean-François Leckning, L?odyssée du sport mauricien, 2003

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