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Les mille et une émotions d?une nuit indienne?
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Les mille et une émotions d?une nuit indienne?
L?Inde et son héritage. Les artistes indiens et mauriciens ont donné de la voix mercredi 9 novembre, lors de cette nuit indienne, au festival Sangeet Utsav 2005. La danse et la musique ont été à l?honneur à cet événement biennal qui s?est tenu du 8 au 12 novembre au Mahatma Gandhi Institute. L?expérience d?une soirée lors de la représentation vocale de Deven Ayacouty se révèle être un retour aux origines.
Serait-ce une incantation qu?il conjugue en roulements de la langue ? La voix résonne dans la salle et bouscule les émotions. Deven Ayacouty, Mauricien qui a étudié sous la férule d?illustres chanteurs, tels le Guru Rajam Iyer à Chennai, a fait vibrer les notes vocales. Assis par terre, nous avons retenu notre souffle, tellement il impressionne, entouré de son équipe composée d?Indiens dont le dirigeant est Srinivas.
L?instrument et l?artiste ne font plus qu?un. Un son ?carnatic?, provenant du Sud de l?Inde. Imbu de créativité, Srinivas a aussi porté avec lui, son instrument. Mridangam, c?est son nom. ?Si vous décortiquez ce mot, vous aurez Mrit qui signifie boue et Anga, pour partie. C?est un instrument très tendre, fait de l?écorce du jacquier, de peau et de poudre de pierres. Le son laisse échapper une musique purement créative??, éclaircit-il.
Sur scène, c?est toute la symbiose qui laisse muet. Srinivas, c?est un artiste diplômé de Bangalore. Etudiant puis enseignant de musique depuis 1976, il a séduit le monde par sa maîtrise de l?instrument. États-Unis, Pittsburg et enfin Maurice, c?est en donnant de son c?ur qu?il s?applique maintenant à former des étudiants. Il est actuellement enseignant de musique carnatique au Indira Gandhi Centre for Indian Culture.
?Cette représentation à laquelle vous venez d?assister, lâche-t-il, c?était une improvisation. Nous ne savions pas ce que Deven allait interpréter, nous l?avons découvert comme vous?? Passionné jusqu?à la moelle épinière. Il apprivoise les notes comme il l?entend. Peu importe, si les doigts s?épuisent, si l?instrument en souffre de ce déversement de puissante émotion qui efface la raison. La musique de ce festival peut enfin respirer. L?Inde, elle est comme cela ; inattendue et surprenante.
<B>La musique qui se renouvelle</B>
Et à la gauche de Deven, perchée sur son violon dans une mélancolique exaltation, c?est Akkarai Subhalakshmi, 22 ans, la plus jeune indienne de la délégation, qui éblouit.
De par ce sentiment émanant de son violon, qui perce les c?urs. Enfant prodige qui a été bercée et guidée par les coups de violons de son père. ?Un père qui me demandait beaucoup, raconte-t-elle. À 7 ans, il avait déjà choisi que je serais violoniste !? Chennai, c?est son abri. ?Où le plus grand festival de musique est organisé, le December Season Festival.? Une occasion à ne pas manquer selon elle.
Elle étudie en ce moment à l?école de son père : le Swara Raga Sudha Violin School. Tout son art vient de là, de cette transmission de talent. Forcée peut-être, mais justifiée et acclamée. Elle dénote aussi à quel point la musique traditionnelle évolue.
Évolution vers une fusion de style. Comme à cette soirée, où tantôt les instruments et la voix s?affrontent. Où le timbre de Deven perd le monopole. Et où les angles de la musique indienne traditionnelle s?élargissent. ?Je me vois bien, évoluant vers des fusions. Du genre, carnatic et jazz. Ou d?autres mélanges. C?est peut-être l?audience qui ne se renouvelle pas, mais la musique indienne, elle, le fait sans arrêt.?
Il est bien vrai que l?audience tarde à se présenter à ces accès culturels. La musique indienne traditionnelle ne s?adresse pas seulement à une communauté. Si les préjugés sont toujours présents, c?est désolant.
Le Sangeet Utsav 2005 a été très riche. Avec des conférences, des débats et de saisissantes représentations. Cette nuit s?est clôturée en beauté. Après tout, quand une musique séduit, il est difficile de ne pas penser au prochain festival.
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