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Les marchands de rêve
C?était une phrase que sir Anerood Jugnauth aimait prononcer du temps où il était Premier ministre. « Zot pé faire démagogie », avait-il l?habitude de lancer à un Paul Bérenger, Navin Ramgoolam ou Satcam Boolell qui des bancs de l?opposition, croyaient détenir les remèdes qui guériraient le pays de tous ses maux économiques et sociaux. Aujourd?hui, c?est Pravind Jugnauth qui endosse le rôle d?opposant politique omniscient. Bien installé dans son fauteuil de leader du MSM, qui est également, paraît-il, celui du futur Premier ministre du pays, il édicte les fondements de sa future politique économique. En commençant par une bonne grosse énormité.
L?ancien ministre est venu redire mercredi, cette fois-ci lors d?un congrès à Flacq, que son arrivée au pouvoir serait marquée par l?abolition de l?impôt sur le revenu dans le pays. Quelle séduisante idée ! Nous ne résistons donc pas à la tentation d?essayer de la justifier. Si un politique et gestionnaire de la trempe de Pravind Jugnauth nous dit que cela peut se faire, il doit avoir raison. Après tout, il s?y connaît en chiffres. Non ?
Déjà, si Pravind Jugnauth nous dit qu?on peut se passer de l?impôt sur le revenu, c?est que cette recette de l?État ne doit pas être trop significative. Prenons donc un exemplaire du dernier budget de fonctionnement du gouvernement pour prouver que le leader du MSM a raison. Mais on y découvre que les revenus de l?État à partir des impôts directs (sur les individus et les sociétés) pour l?année 2006-2007 se monteront à Rs 7,8 milliards. Soit un bon 20 % du total des revenus des taxes directes et indirectes que percevra le gouvernement.
Soudain les choses se compliquent ! Et toute personne douée d?un peu de bon sens se posera la question suivante : comment l?État va-t-il pallier à la perte d?une part aussi importante de ses revenus ? Pravind Jugnauth a peut-être déjà réfléchi à la réponse. Mais il n?a pas encore dit en public comment il compte procéder pour que sa « proposition » s?applique sans plomber outrageusement les finances publiques. Et faire passer le déficit budgétaire à un taux de 7 %, et même davantage, alors qu?on tente péniblement de le ramener à 4 %.
On a longtemps accusé Pravind Jugnauth d?être dans l?ombre de Bérenger alors qu?ils étaient tous deux au pouvoir. Revenu dans l?opposition, Jugnauth junior a trouvé le courage d?envoyer balader Bérenger, celui qui l?avait recommandé de « al mars marsé » après les élections municipales, fin 2005. Mais même séparé de son mentor d?hier, le leader du MSM semble avoir conservé quelques-uns de ses travers. Dont l?un des plus irritants. Celui de se lancer dans des annonces pompeuses sans trop savoir comment les traduire dans la réalité.
Paul Bérenger n?a-t-il pas, il y a quelques jours, prédit des « développements majeurs » sur notre échiquier politique, susceptibles de précipiter le pays vers des élections générales bien avant 2010 ? Mais même les observateurs politiques les plus attentifs semblent toujours se demander à quoi le leader mauve fait référence. Tant ses propos demeurent obscurs. On est donc condamné à attendre. Tout comme on doit attendre que Pravind Jugnauth explicite ses propos sur la taxe. Et les moyens qu?il compte mettre en ?uvre pour appliquer cette idée farfelue pour l?heure.
Mais disons les choses comme elles le sont. Tous les politiciens ont la fâcheuse tendance d?être furieusement démagogues quand ils sont dans l?opposition. Toutefois, prenons les choses du bon côté. À défaut de contribuer de manière constructive au débat sur la gestion du pays, ils ont le mérite de dérider quelque peu tous ceux qui s?intéressent à l?actualité politique et économique du pays. Car avouez qu?à chaque fois que l?opposition dit une énormité, vous riez un bon coup en disant : « Ils ont osé dire ça ? » Mais il ne faudrait pas qu?ils osent trop quand même. Car ils finiraient par être ridicules.
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