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Les malheurs du sucre : la “gommose” après Ringadoo

22 août 2006, 20:00

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La réponse du GM, au cri d’alarme lancé par l’industrie sucrière, ne tarde guère à se faire entendre. Ringadoo profite d’un auditoire de choix, le National Economic Council, composé, entre autres, de centrales syndicales qu’accompagnent leurs négociateurs politiques – car, en ces temps anciens, d’un autre millénaire même, des politiciens s’occupent encore de syndicalisme – pour faire savoir qu’il n’y aura pas de seconde dévaluation de notre roupie. Et c’est nul autre que Ringadoo, ministre des Finances, qui se charge de proclamer urbi et orbi ce message se voulant rassurant. Promis, juré : il n’y aura pas de seconde dévaluation et, si je mens, que j’aille en …

Ce n’est pas assez de dire cela, contrairement aux appréhensions sucrières. Il s’agit sans doute d’une décision du Conseil des ministres que tant de nos hauts fonctionnaires croient toujours qu’elles sont définitives et irrévocables. Il faut encore asséner quelques coups supplémentaires à l’adversaire déjà à demi-groggy : le Sucre, allègue le GM, dispose des moyens requis pour faire face à ses obligations ; la situation économique n’est pas aussi grave qu’en octobre 1979 ; ceux qui parlent de seconde dévaluation doivent la fermer ; la faute de la présente récession revient à des facteurs mondiaux et climatiques et n’a absolument rien à voir avec les largesses ni avec les gaspillages d’un Etat providence, financée par la vache à lait qui gémit, nommée industrie sucrière ; la récolte de la canne réduite causera, certes, un manque à gagner de Rs 100 m. à l’Etat ; il n’est pas question pour autant de réduire les subsides sur le riz et la farine que seuls des fous peuvent envisager ou, pire encore, abolir ; Maurice ne veut pas connaître des émeutes alimentaires comme à la Sierra Leone, au Liberia et même en Egypte ; le Sucre est en train de créer une psychose, etc.

Les syndicats volent alors au secours de notre grand argentier. Le MLC, par exemple, fait savoir que la Sugar Unit n’est pas suffisante. Il faut une Sugar Authority. La GWF en prend bonne note. Bérenger propose même et le plus sérieusement du monde que la priorité du NEC, son nec plus ultra, doit être la création des emplois et la lutte anti-licenciements, comme le propose d’ailleurs le front anti-somaze. Ringadoo en profite pour faire savoir qu’il y a à Maurice, sous gouvernement Ramgoolam, quelque 59 000 chômeurs. Cela n’empêche personne de faire un bon dîner, le soir venu.

Le compte-rendu médiatique des travaux du NEC ne suffit pas. Le GM se fend d’un communiqué dans lequel il proclame ex cathedra que la déclaration de Pierrot Dalais, à l’effet qu’une seconde dévaluation de notre chétive roupie nous pend au nez, est “irresponsable”. Totalement irresponsable ! “Rien ne justifie une déclaration aussi alarmiste”. Le GM s’explique : il est dangereux de lier une éventuelle dévaluation – le mot est lâché – aux difficultés économiques ponctuelles d’un secteur de l’économie, fût-il son épine dorsale. The economic outlook of the country does not warrant devaluation ! On procède aux rajustements structurels. On consolide.

On résistera aux rafales extérieures. La Maison Maurice est cyclone proof. So positive measures rule out devaluation as a policy instrument. La MSPA souffre d’un manque de liquidités. Qu’à cela ne tienne ! Le bon Dr Ringadoo est disposé à lui prêter, à long terme, une partie du milliard que le fisc siphonne au sucre annuellement, sous formes de taxe de sortie.

La psychose, que le GM accuse le Sucre de vouloir créer, prend la forme, à la fin d’août 1981, d’une alerte à la… gommose! Comme dit l’express de la Saint-Louis 1981, “un malheur ne vient jamais seul”. Le MSIRI note une recrudescence de la gommose dans nos champs de cannes à sucre. La situation se détériore graduellement. Sa gravité s’amplifie de jour en jour. La division de phytopathologie décrète même que l’ennemi public No 1 n’est plus le Yellow Spot mais redevient, non pas le GM, mais bien la gommose. L’objectif demeure de combattre le fléau avant que la situation ne devienne alarmante et éviter des pertes catastrophiques.

L’état-major du MSIRI, composé de Jacques Dupont de Rivaltz de Saint-Antoine, Claude Ricaud et Jean-Claude Autrey, adjure les planteurs de cannes de suivre à la lettre les recommandations de l’Institut de Recherches. Il faut ramener au plus vite le taux d’infection à un niveau acceptable. La situation n’est pas alarmante. Elle est préoccupante dans un pays à monoculture sucrière. La gommose est une maladie dynamique à souches distinctes et à virulences différentes. Elle a, dans le passé, causé de graves dégâts. Les neuf cyclones de 1980 peuvent avoir favorisé cette recrudescence. Elle est signalée, à Maurice, dès 1847. Elle est identifiée comme la Xanthomohas vascularum en 1894. De 1847 à 1930, elle sévit sur les variétés dites nobles.

A partir de 1932, grâce aux recherches en cours, elle perd de l’importance. Avec la suppression de la tannas, elle disparaît complètement en 1948. Elle réapparaît, en 1964, sous forme endémique sur certaines variétés. A partir de 1980, la variété M377/56 est de nouveau atteinte d’où l’appel de 1981 à sa suppression la plus rapide dans nos champs de cannes. La taxe de sortie suffit amplement comme fléau.

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