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Les leçons de l?Hexagone
À première vue, les débats sur l?élection présidentielle française ne représentent que peu d?intérêt pour les Mauriciens. La France est un grand et vieux pays industrialisé, une nation laïque et républicaine, ancienne et jacobine ; Maurice est un pays neuf et émergent, une petite nation qui se cherche, inquiète et éclatée. Pourtant, dans nombre de questions débattues en France ? avec quelle liberté de ton et de panache sur les chaînes de télévision ! ? je vois des thématiques qui ne sont pas si éloignées des nôtres. Je sens qu?il y a là quelques leçons à prendre.
Au-delà de la relativité qu?il importe de conserver bien évidemment, le rapprochement est saisissant. Analysant les enjeux de la présidentielle, un politologue français pose la question de savoir quels sont les problèmes dont souffre la France. Il répond en précisant que « la liste peut être longue ». Et il la donne : un chômage élevé, une pauvreté qui s?est installée « chez certaines personnes qui ont pourtant un emploi », un pouvoir d?achat réduit par la hausse des carburants, des comptes sociaux déficitaires, un système éducatif qui apparaît inadapté, l?environnement qui est attaqué par la pollution, un problème d?intégration qui affaiblit le lien social, l?insécurité, des services publics et des entreprises publiques mal gérés? Et de constater que « pour chacun de ces domaines, des réformes importantes sont à mener ou à poursuivre. » Étonnant, en effet !
Le parallèle ne s?arrête pas là. La question principale qui alimente le débat est celle de savoir pourquoi, face à ces problèmes connus des Français depuis des années, les réformes nécessaires n?ont pas été enclenchées. Notre politologue y répond : « Il fallait une certaine dose de courage pour s?attaquer à la racine du mal, courage que l?on n?a pas eu depuis des décennies. » Les politiques en prennent pour leur grade mais aussi une population résistante au changement. C?est ainsi que l?on s?explique les maux de la France alors que ses voisins, la Grande-Bretagne ou l?Allemagne, par exemple, n?ont pas hésité à remettre en cause des politiques ruineuses et à réformer, dans la douleur, le cas échéant. Leurs résultats sont tellement meilleurs, notamment en matière de création d?emploi, que la réussite de Tony Blair fait des émules, à droite comme à gauche. Ségolène Royal, accusée de « blairisme », crime abominable aux yeux de l?aile archaïque du Parti socialiste, s?en défend : « On dirige bien un pays si l?on est capable aussi de regarder ce qui marche à l?extérieur. Et de l?essayer. » Autre leçon !
Ce n?est pas tout. Plus le débat s?anime, et au gré d?une actualité perfide qui s?est glissée dans la campagne électorale, il devient manifeste que la question de la sécurité et de l?ordre public est une préoccupation majeure des Français. Est-ce bien différent chez nous ces jours-ci ? Je crains que les Mauriciens aussi soient en train de prendre peur devant la dégradation continue de l?ordre et de la paix publique dans le pays. Le problème posé, ici et là-bas, est le même ; c?est celui de l?autorité. Quand l?État flanche, quand sa police est un mollusque que des chenapans défient là-bas et que des exaltés effraient ici, quand on embarque les uns un jour et épargne les autres le lendemain, quand le pouvoir confond identité religieuse et représentation parlementaire, la loi et l?ordre foutent le camp.
En France, le problème s?est corsé ? même si la délinquance a effectivement baissé ? du fait d?une immigration non maîtrisée doublée d?un laxisme nourri par un angélisme de gauche. Ici, c?est le terrorisme électoral et les intimidations violentes exercés par divers groupuscules religieux actifs, au-devant de qui les gouvernements déroulent le tapis rouge de la lâcheté, qui ont suscité le lent dépérissement de l?autorité. Les hors-la-loi pullulent, indifférents aux fanfaronnades verbeuses des faux shérifs starisés. En France au moins existe un ministère de l?Intérieur, toujours servi par une personne de haut calibre qui gère une administration dotée de moyens modernes considérables ne se limitant nullement à la seule répression policière. Ici, alors que les problèmes se complexifient, que la situation sociale se dégrade en raison de la pénible restructuration économique, que les repères éthiques et moraux se perdent, l?État est totalement dépourvu de moyens d?analyse et d?action. L?ordre public est assimilé à la seule capacité de répression d?une police démotivée et désorganisée par l?ingérence politique.
On débat, au cours de la campagne présidentielle en France, du contenu à donner à l?exigence d?un « ordre juste », cher à Ségolène Royal. Ce qui n?a pas empêché la candidate de préciser que « devant un système de production massive de délinquance, il faut une reprise en main lourde ». Sarkozy ne dit pas autre chose quand il affirme que « la meilleure prévention, c?est la certitude de la sanction ». Je le crois aussi. Toute dérogation à cette règle vide la République de son autorité.
Le problème mauricien est lui plus nébuleux en l?absence d?un véritable ministère de l?Intérieur, dirigé par un ministre à plein temps, capable de se consacrer exclusivement à la tâche laborieuse du maintien de l?ordre public, de la prévention de la criminalité, du contrôle des dérives communalistes (en France on parle de communautarisme), du respect des lois. Ce n?est vraiment pas le rôle d?un Premier ministre de discuter haut-parleurs et décibels avec des chefs religieux. Et moins encore de se mêler de négociations, de près ou de loin, dont l?objet viserait à court-circuiter la loi et un jugement de la Cour suprême.
Les Français, comme nous, ont peur aussi de l?avenir. La France ne crée pas suffisamment d?emplois productifs. Le niveau du chômage reste préoccupant. Pour relancer l?emploi, les politiques débattent du meilleur moyen d?attirer des investissements, de faire baisser les charges sociales des entreprises, de motiver l?ouvrier français, gâté par les 35 heures, à travailler plus. Ici, sur ce plan-là, nous faisons l?inverse : des investisseurs à qui le « Board of Investment » a déjà offert des accords de principe attendent toujours, un an après les autorisations finales ; parfois des accords déjà obtenus sont invalidés. Ici, des investisseurs nationaux sont liquidés à coups de barres de fer par les combattants du capitalisme à visage pâle. Ici, on traficote.
J?ai de la chance. Pour chercher à comprendre davantage ces enjeux qui nous intéressent, ce soir, je regarde la télé. La vraie.
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