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Les implications sanitaires des incinérateurs d?ordures ménagères
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Les implications sanitaires des incinérateurs d?ordures ménagères
Le projet d?incinérateur d?ordures ménagères de Gamma Civic-Coventa à la Chaumière est au point mort. Cet incinérateur, qui projette de fournir 20 MW d?énergie «propre, renouvelable et indigène» d?ici 2009 est vivement décrié par les habitants d?Albion. Quatre d?entre eux contestent d?ailleurs en cour d?appel de l?Environnement le permis d?Environmental Impact Assessment (EIA) délivré par le ministère de l?Environnement en novembre 2007. Les audiences reprennent le mois prochain.
«Nous contestons tous les points techniques environnementaux. Par exemple, à Singapour et dans les pays européens, un tri très strict des déchets est exigé alors qu?à Maurice ce n?est pas du tout le cas», explique un des plaignants. Il rappelle aussi que la firme de consultants danoise Ramboll a donné raison à la Plate-forme antipollution (PAP), une ONG qui milite contre ce projet. PAP avait notamment décrié la décision des promoteurs du projet de stocker la bottom-ash sur place encastré dans du ciment. Pour rappel, la bottom-ash est le nom donné aux déchets qui ne brûlent pas. «Les consultants ont dit que la toxicité de la bottom-ash allait augmenter avec le temps et que cela pourrait affecter les nappes phréatiques.»
Outre les préoccupations environnementales liées aux incinérateurs d?ordures ménagères, leurs implications pour la santé méritent d?être évoquées. La décision récente du Préfet de la Région Auvergne de refuser l?autorisation de construction d?un incinérateur d?ordures ménagères à Clermont-Ferrand a été accueillie comme une victoire de la santé publique en France et a redonné du poil de la bête à ceux qui contestent le projet de Gamma Civic-Coventa. Dans le cadre de la décision du Préfet de la Région Auvergne, Osmose publie des extraits du newsletter de l?Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (ARTAC) qui fait le point sur les risques sanitaires liés aux incinérateurs :
● <B>Risque accru de cancers pour les riverains </B>
En mars 2008, un rapport de l?Institut national de Veille Sanitaire (InVS) soulignait une augmentation considérable du risque de développer certains cancers (lymphomes, myélomes, sarcomes des tissus mous, cancers du sein et du foie) chez les personnes ayant résidé près d?un incinérateur dans les années 70 et 80. Les dioxines sont souvent montrées du doigt, mais le rapport de l?InVS précise que cette étude épidémiologique ne permet pas d'incriminer un polluant particulier.
● <B> Mise aux normes des incinérateurs : des améliorations trompeuses</B>
L?argument de la mise aux normes des nouvelles générations d?incinérateurs avec utilisation de filtres à dioxines est souvent avancé pour rassurer les populations riveraines de ces installations. Mais cette mise aux normes ne garantit pas la réduction du risque, les processus chimiques utilisés pour filtrer les dioxines s?avérant inefficaces pour de nombreuses autres substances CMR (cancérigènes, mutagènes et/ou reprotoxiques) issues de la combustion des déchets ménagers.
De plus, l?efficacité des filtres reste relative, étant donné le laxisme qui entoure leur entretien, la faiblesse et le manque d?indépendance des contrôles, et les nombreuses dérogations qui permettent aux exploitants d?incinérateurs de les faire fonctionner sans filtre pendant 60 heures par an, les rejets pouvant alors atteindre jusqu?à 12 500 fois la norme, comme ce fut le cas à Gilly-sur-Isère dans les années 80 et 90.
En outre, les normes en vigueur ne prévoient le contrôle des rejets atmosphériques que pour quelques polluants tels que dioxines, furannes, oxydes d?azote, dioxyde de soufre et métaux dits lourds, en fixant des valeurs limites d?émissions dans les gaz d?échappement et les rejets des eaux usées des incinérateurs. La grande majorité des centaines, voire des milliers de molécules émises par les incinérateurs, ne sont donc pas assujetties à ces normes. C?est, par exemple, le cas du brome ou des polychlorobiphényles (PCB).
D?autres études relativisent également l?argument dioxine, notamment l?étude d?imprégnation réalisée par l?InVS en 2006, qui a démontré le peu de différences entre la contamination des populations riveraines d?un incinérateur et celle de l?ensemble de la population. La zone d?exposition ne semble pas être un facteur déterminant, comparé aux facteurs individuels (âge, poids, sexe, profession, mode de vie, etc.).
● <B>Contamination de l?ensemble de la chaîne alimentaire</B>
L?étude conclut qu?«il n?a pas été mis en évidence que le fait de résider autour d?une Usine d?incinération d?ordures ménagères (UIOM) augmentait la concentration moyenne de dioxines». Et pour cause : les dioxines sont peu biodégradables, elles se stockent dans les graisses, et contaminent l?ensemble de la chaîne alimentaire. La principale voie d?exposition connue est la consommation de produits d?origine animale (?ufs, laitages, viandes, produits de la pêche).
La pollution liée à l?incinération est non seulement à proximité du lieu d?incinération, mais également à distance, voire transfrontalière. Son existence transgresse le principe de précaution vis-à-vis de tout produit chimique pour lequel, en raison de son caractère persistant, bioaccumulable et toxique (PBT), ou très persistant et très bioaccumulable (vPvB) tels que définis internationalement, il existe un danger présumé grave et/ou irréversible pour la santé humaine et pour l?environnement. Il est alors exclu d?attendre la preuve formelle d?un lien épidémiologique pour prévenir et éviter des dommages sanitaires ou écologiques graves ou irréversibles.
L?ensemble de la population française étant assez «équitablement» contaminée par les dioxines, d?autres facteurs de risque doivent être recherchés pour expliquer pourquoi l?incidence de certains cancers est plus élevée chez les personnes résidant à proximité des incinérateurs?
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