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Les galeries de la relativité
Les mains jointes, Sonia se souvient de Rajiv. Debout, à l’entrée du centre qui porte le nom de son mari, Sonia Gandhi n’a d’yeux que pour son buste en bronze vert. Aidée du Premier ministre Paul Bérenger, elle vient de le libérer du carré d’étoffe bordeaux qui lui barrait la vue. Quelques minutes auparavant, elle a la voix cassée. Une petite boule dans la gorge au moment d’exprimer ses remerciements au nom de son fils Rahul et de sa fille Priyanka.
Autour, les flashes crépitent. Le cordon de sécurité veille au grain. Imperturbable, elle se recueille. Regarde droit dans les yeux de ce buste orienté du côté du profil gauche. Emotion d’un instant. Du bout des doigts, elle dépose quelques pétales de rose au creux du cou de la statue.
Le protocole reprend vite ses droits. L’heure tourne. Il s’agit de procéder à l’inauguration officielle du Rajiv Gandhi Science Centre à Bell-Village. De faire le tour des expositions permanentes du centre, en compagnie de VIP triés sur le volet. Pendant ce temps, le reste de l’assistance attend son départ pour avoir accès aux lieux, sécurité oblige.
Les portes vitrées s’ouvrent à tous. Des couloirs frais débouchent dans cinq zones aménagées, permettant de se familiariser avec une multitude de sciences. Sur les murs, des diagrammes explicites, des textes courts sur l’origine de Maurice, sa géologie, son environnement.
Dans un coin, une grotte plus vraie que nature. Pas un détail ne manque. Le sol est rugueux sous les talons aiguilles d’une visiteuse. Des lianes en plastique sont suspendues dans l’entrée. La semi-pénombre de la petite grotte en papier mâché ne lui dit rien qui vaille. Vite, elle rebrousse chemin. Avant de s’intéresser aux animations interactives.
Révolution technologique oblige, le traditionnel guide a évolué pour devenir une voix amicale qui vous parle dans le combiné d’un téléphone. Partout, des écrans, des boutons que l’on actionne soi-même. La visite se fait au rythme de chacun.
Un détour. Le décor change pour présenter les ressources locales. Le secteur textile a droit à sa statue de cire - plus vraie que nature - d’un tisserand indien du siècle dernier. Devant son regard fixe, quelqu’un s’écrie : “cela ressemble aux sculptures du musée de Madame Tussaud.”
Autre salle, autre référence. Parmi les curiosités de la galerie dédiée aux technologies nouvelles : une machine pour se relooker. Première étape, elle photographie le visage du visiteur. En appuyant sur le moniteur, il peut altérer son image en choisissant une nouvelle coupe de cheveux, une coloration différente de la sienne, une moustache ou une paire de lunettes. Fou rire et saisissement garantis.
“Scientific temper”
Ce n’est pas la première fois que Sonia Gandhi respire l’air de Bell-Village. Le Premier ministre Paul Bérenger, le ministre de l’Education Steven Obeegadoo et Ameenah Gurib-Fakim, présidente du Rajiv Gandhi Science Centre Trust Fund Board le rappellent. Elle a posé la première pierre de l’édifice le 6 avril 1995.
“Cependant, la construction du bâtiment n’a pu démarrer qu’en septembre 2001 et s’est achevée en début d’année”, devait préciser Steven Obeegadoo. Passant de l’anglais à l’hindi, il devait ajouter : “le nom de Rajiv Gandhi sera toujours lié à la science à Maurice.”
Un lien perpétué à travers les différentes missions d’un centre qui s’est donné pour vocation d’intéresser la jeunesse à la science. Notant le déclin dans le nombre d’étudiants optant pour la filière scientifique, Ameenah Gurib-Fakim devait affirmer que le centre a également pour but de susciter une culture de la science.
Un concept repris par Sonia Gandhi qui, citant le pandit Jawaharlall Nehru, a parlé de “scientific temper”. Elle devait faire sourire l’assistance en disant, “not temper of the scientist but an attitude of mind in the general public”.
Symbole supplémentaire du lien entre un “great little country”, bon mot d’Indira Gandhi et Mother India, le Rajiv Gandhi Science Centre se veut un outil pédagogique pour démystifier le monde, tout en faisant la promotion de la rigueur scientifique. Une image du développement que Sonia Gandhi a souhaité voir se poursuivre avec la finalisation du Comprehensive Economic Cooperation and Partnership Agreement, ainsi que le lancement du World Hindi Secretariat chez nous.
Un programme bien rempli
“Feu Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) a incarné une amitié spéciale et historique entre l’Inde et Maurice. Nous nous souviendrons toujours de lui.” La présidente de l’Indian National Congress (INC), Sonia Gandhi, a inscrit un message simple et émouvant à la mémoire de l’ancien Premier ministre dans le livre d’or du Château de Mon-Plaisir au jardin de Pamplemousses.
Sonia Gandhi venait tout juste de déposer une gerbe au Samadhi de feu SSR. Elle écrit aussi que le jardin de Pamplemousses “est le plus beau des jardins. Ce cadre est par là-même un grand hommage au père de la nation mauricienne”.
Parcourant succintement le jardin Sonia Gandhi s’est attardée sur une plante mise en terre en 1986 par son défunt époux, Rajiv Gandhi. Les minutes lui ont d’ailleurs été précieuses lors de cette visite, entre commémoration, inauguration et rencontres.
Le tête-à-tête avec Navin Ramgoolam, dans le cadre luxuriant de l’hôtel Oberoi à Balaclava, a lui-même duré une dizaine de minutes. Le leader de l’opposition a rappelé combien Sonia Gandhi était une “amie personnelle de la famille”. Ensemble, ils ont parlé de la coopération Inde-Maurice, que Navin Ramgoolam espère “réaffirmer”. Ils ont aussi évoqué feu Rajiv Gandhi. “Ces liens ne peuvent être brisés”, a-t-il conclu.
Avant de s’envoler hier après-midi, Sonia Gandhi a commenté à Plaisance sa visite, remarquant que “cela a été bref, mais à la fois très animé et fructueux”.
Le vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth, la ministre suppléante aux Affaires étrangères, Arianne Navarre-Marie, le ministre Steven Obeegadoo, étaient à l’aéroport pour lui dire au revoir. Un album souvenir de cette visite a été remis à Sonia Gandhi au nom du gouvernement. L’avion a décollé à 17 h 25.
“La visite de Sonia Gandhi, en attendant celle, très prochaine, du Premier ministre indien, Manmohan Singh, illustre nos relations exceptionnelles avec l’Inde”, a dit Pravind Jugnauth. “Un accord sur des échanges économiques entre les deux pays sera finalisé bientôt.”
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