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Les faillites et les excès de la mondialisation
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Les faillites et les excès de la mondialisation
LE BUREAU international du travail vient de rendre public un volumineux rapport sur la dimension sociale de la mondialisation. Le document intitulé ?Une mondialisation juste? ne remet pas en cause la mondialisation, pas plus qu?il ne lui fait porter le chapeau des malheurs du monde. Le message se veut ?critique? mais ?positif?. L?objectif, explique Benjamin William Mkapa, président de la Tanzanie, qui, avec la présidente finlandaise, Tarja Halonen, copréside la commission, est d?aider à ?sortir de l?impasse actuelle?.
Les commissaires reconnaissent que la mondialisation a favorisé l?ouverture des économies et des sociétés. Qu?elle a encouragé la libéralisation des biens, des idées et des connaissances. En Asie de l?Est, la croissance a permis à plus de 200 millions de personnes de sortir de la pauvreté en une seule décennie. La mondialisation a, par ailleurs, permis l?émergence d?une ?véritable conscience planétaire, sensible à l?injustice, la pauvreté, la discrimination, le travail des enfants et la dégradation de l?environnement?.
En regard de ces progrès, les aspects inquiétants de la mondialisation sont nombreux. Tout semble se conjuguer pour aboutir à une fragilisation sociale. ?La mondialisation pousse les entreprises à être plus compétitives, ce qui pèse sur les salaires et entraîne les fusions? et souvent les licenciements. Les privatisations des services publics comme l?eau, l?électricité, les services de santé, imposées par les politiques des pays industrialisés et les institutions internationales (FMI, OMC, etc.) ?aggravent la pauvreté?. L?exacerbation de la concurrence mondiale conduit les employeurs à ?remplacer des emplois décents par du travail informel, intermittent, à la tâche, sans aucune sécurité?. A l?échelon mondial, le chômage déclaré a augmenté au cours des dix dernières années. En 2003, on dénombrait quelque 188 millions de chômeurs.
L?ouverture des flux de capitaux a rendu le système financier instable et vulnérable. Pour sortir des crises, les thérapies imposées par les organisations internationales, comme le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale, jugées ?arrogantes et ignorantes de la situation locale?, ont conduit ?à amputer le financement de l?éducation et les dépenses sociales?. Sans surprise, l?Afrique paie le plus lourd tribut à ce processus de libéralisation.
Enfin, la mondialisation a favorisé les activités transfrontalières illégale : évasion fiscale, montée en puissance de réseaux criminels, traite des êtres humains, commerce sexuel, trafic de drogues.
Le rapport, nourri de nombreux dialogues dans les cinq continents, l?affirme pourtant : les problèmes identifiés ne sont pas dus à la mondialisation elle-même mais aux carences de sa gouvernance. ?Il existe un grave déficit démocratique au c?ur du système?, dit le rapport. ?Les marchés mondiaux se sont développés sans que se développent parallèlement les institutions économiques et sociales nécessaires pour qu?ils fonctionnent sans à-coups et équitablement.? Influence croissante des multinationales, affaiblissement de celle des syndicats, concentration du pouvoir et de l?argent, inégalités aggravées par le fait que de nombreuses décisions sont prises hors du cadre multilatéral (G7, Organisation pour la coopération et le développement économiques), faible transparence démocratique...
Bref, la direction actuellement suivie par la mondialisation suscite ?de plus en plus de préoccupations?, au Nord comme au Sud, car l?impact ne se limite pas aux pays en marge du processus mais touche également les pays en transition et les pauvres des pays riches. Pour rectifier la tendance, la commission énumère un certain nombre de propositions : mise en place de règles plus équitables en matière de commerce international, d?investissement, de finance et de migrations; mesures pour promouvoir les normes fondamentales du travail et une protection sociale minimale ; contrôle parlementaire accru sur les institutions internationales car ?les organisations doivent être davantage comptables vis-à-vis du grand public des politiques qu?elles appliquent?.
Babette STERN et Afsané BASSIR © Le Monde News Service
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