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Les façades en souffrance des centres-villes

26 octobre 2007, 00:00

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?C?est très laid. Il n?y a pas photo?, ce commentaire d?un cadre du ministère du Logement, confronté à la décrépitude de certains édifices de nos centres-villes, est éloquent. Money Changer, au Caudan, Immeubles Rittoo à Quatre-Bornes et Rose-Hill, ces bâtiments le plus souvent privés offrent un haut profil de négligence sur des sites d?intérêt. Qu?on pense au seul immeuble Ramdour, surmonté de son antenne à Rose-Hill, et jetant de sa carcasse blanche et vermoulue une ombre sur l?ensemble du Plaza, qui est aussi le siège de l?autorité municipale !

A-t-on atteint le seuil de non-retour ? ?Pas du tout?, semble répondre Vijaya Lakshmi Saha, qui vient de prendre sa retraite comme chief technical officer du ministère du Logement. ?Le problème des eyesores est appelé à se régler au fil des années?, soutient-elle. ?La philosophie qui a guidé les rédacteurs des Planning Policy Guidelines, en vigueur depuis octobre 2006, est d?exiger le respect des normes pour les nouveaux développements.?

Mais, explique-t-elle, il a fallu tenir compte des réalités mauriciennes, celles d?un pays émergent, aux moyens relativement limités. ?Pour les personnes qui sont contraintes de bâtir au fur et à mesure, faute de ressources, on s?est montré souple au niveau de l?esthétique, la sécurité étant la priorité.?

A cela se superpose la réalité d?habitations qui, bien que situées sur la route Royale, n?en sont pas moins occupées par des locataires payant un loyer dérisoire depuis des lustres, à qui il est parfois malaisé de demander des augmentations trop fortes? et qu?il est problématique de déloger, Land Tenant Act ou non.

?Les reins solides?

Bien que nous n?ayons pu rencontrer le propriétaire de l?ex-immeuble Rittoo de Rose-Hill, il ressort de témoignages restés anonymes par peur d?éventuelles représailles que le bâtiment, bien que géré par un ?syndic?, garde les reins solides. Et n?est pas prêt d?être rasé pour le danger qu?il représente.

Mais les loyers des appartements seraient insuffisants pour financer un entretien régulier de la façade. On ne peut en dire de même pour le rez-de-chaussée, qui consiste exclusivement en emplacements commerciaux, et où les développements (une pharmacie, un snack, viennent d?ouvrir leurs portes) se sont succédé.

Là, le soin a semblé possible et la peinture semble fraîche comme au premier jour, donnant à l?ensemble l?image d?une pécheresse venant de se faire laver les pieds. Reste l?avis de l?autorité locale.

A quelques centaines de mètres de là, Vijay Bungaroo, responsable du plan à la ville, nous répond que rien ne l?autorise dans la loi à obliger un propriétaire à refaire le bâtiment, sauf risque d?effondrement.

?Cela pourrait aussi dépendre du cahier des charges (lorsqu?il existe) des immeubles?, suggère une source du ministère du Logement, qui reconnaît qu??il serait temps d?agir pour remédier aux horreurs?. Or, nous indique-t-elle, il n?y a rien pour le moment de prévu par la loi.

On lit pourtant dans l?Environment Protection Act 2002: ?The Minister shall prescribe such standards as are required to maintain, preserve and develop architectural harmony and aesthetic value for the built-up environment.? La loi a donc fait provision d?un outil, mais qui n?est pas appliqué.

?On attend toujours que les techniciens du ministère, au sein d?un advisory committee, ébauchent ces standards. Il est temps que l?on commence quelque part?, s?indigne Sajiwan Tiberman Ramyead, ex-directeur de l?Environnement.

?Face aux problèmes de salubrité, d?eyesores, en l?état, il n?y a pas de vraie législation opposable aux tierces?, ajoute Nando Bodha, urbaniste autant que député de l?opposition. ?On peut ainsi résumer la situation : une législation pas stricte, un laxisme des autorités et une indifférence des citoyens.? Déplorant l?absence d?une politique de restauration du patrimoine, il déclare: ?Pour un urbanisme respecté, pour qu?une ville soit ville il faudrait que chacun prenne ses responsabilités.?

?A 50 mètres de chez moi, sur la route Royale, vous avez un bâtiment peint en vert rose et rouge. Impensable en Europe !? commente l?ex-directeur de l?Environnement. ?Pourtant, en matière de salubrité, après l?application de la réglementation les concernant, les bouteilles en PET et sacs plastiques ont presque disparu de la circulation.? Quand la volonté est là et que la main qui gouverne ne se fait pas attendre cela peut donc marcher?

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