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Les exilés de La Pipe

2 juin 2005, 00:00

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Vanessa Azie, d?un pas pressé, ouvre la porte du centre communautaire du village d?Anoska. S?y trouvent des chaises, quelques bancs et différents accessoires du matériel scolaire sur un placard. Plus loin, de vieilles chaises empilées dans un coin ?Nous n?avons que cet endroit pour notre école maternelle?, fait remarquer la directrice de cet établissement scolaire. Cet espace est aussi utilisé pour d?autres activités tels que pour des cours d?alphabétisation

Créée en 2003, cette institution privée, fréquentée par une cinquantaine d?élèves, est sponsorisé par le Rotary Club de Phoenix.

Malgré toute la bonne volonté des membres, Vanessa baisse parfois les bras. Elle veut tout abandonner et finir une bonne fois avec les activités sociales pour se consacrer uniquement à sa petite famille. ? Les choses stagnent. Nos efforts pour faire aboutir nos projets se heurtent chaque fois à un mur d?indifférence?, explique Vanessa qui, chaque jour, témoigne de l?état de dégradation de l?environnement.

Vanessa a encore en tête le jour où elle s?est sentie humiliée puis a été révoltée par le discours qu?a tenu une dame lors d?une fête après qu?elle ait fait un don pour les habitants. Elle précise toutefois qu?elle ne fait pas allusion aux membres du Rotary de Phoenix qui continuent à soutenir discrètement son action.

?Nous n?acceptons plus de dons. Parce que certains membres des organisations non-gouvernementales (ONG) et des individus qui font ces donations font alors un grand tam-tam dès qu?on leur tend un micro pour prendre la parole dans une fête. Ils parlent pour Rs 5 millions de roupies au lieu des Rs 500 remises. Il est vrai que nous vivons dans une situation difficile. Nous avons à Anoska un véritable problème d?espace, un manque d?infrastructures sportives, et pour les activités sociales. Ce qui fait que l?environnement social tend à se détériorer. Mais qu?ils n?oublient pas que nous avons aussi notre dignité?. Il faut seulezment nous donner les moyens de les combattre comme dans d?autres villages

Elle rappelle que lorsqu?elle était venu s?installer à Anoska, les habitants étaient animés par l?esprit de volontariat ?Nous sommes des citoyens à part entière. Nous avons le droit de vivre autrement et non perpétuellement dans la misère et dans des conditions inhumaines.

Il faut qu?on nous donne les moyens de tenir sur nos propres jambes?, dit-elle.

Pessimisme

S.A .M, mère de cinq enfants habite depuis six ans à Anoska. Comme sa voisine Vanessa, elle ne croit plus aux promesses des politiciens et à celles d?autres animateurs sociaux qui viennent pour les aider à sortir de leur ghetto. Même constat que ses voisines ?Nou finn fatigué averti ban autorité qui pou bisin repare nou lakaz ek revoir complètement situation ici. Narien pas finn sangé.? Joignant le geste à la parole elle indique l?endroit où sa chambre est arrosé à chaque fois qu?il pleut.

Ricarl Pierre Louis, travailleur très engagé sur le plan social, ?pour améliorer les conditions de vie dans ce village ?, est devenu pessimiste. ?Depuis qui nou fin vin Anoska nou pe la guerre pou améliore nou situation. Narien pas finn sanzé?, observe-t-il.

Il reconnaît toutefois le bon travail accompli par le Trust Fund For The Integration of Vulnerable Groups auprès de six planteurs. Cet organisme, grâce à une aide financière, leur a permis d?investir dans la culture vivrière sur deux arpents de terre qu?ils possèdent à La Pipe.

La route non asphaltée, les drains remplis d?ordures qui au fil des jours pourraient devenir des foyers potentiels pour la prolifération des épidémies, le jardin d?enfants envahi par l?herbes folle sont autant de problèmes qui remontent à la surface à chaque fois qu?ils sortent leur chapelet de doléances. ?Regardez ce jardin d?enfants, ce coin est devenu une véritable jungle. Ils sont condamnés à jouer là à leurs risques et périls?, fait remarquer une septuagénaire.

Visiblement fatiguée et épuisée par les aléas de la vie quotidienne, elle se souvient de son passé à la Pipe où elle a vécu pendant de longues années. Hochement de tête.

?Avec la construction du Midlands Dam, nous savions que nous ne pourrions jamais y retourner mais cela n?empêche : nous avons droit à de meilleures conditions de vie?.

Ricarl Pierre-Louis, Sunil Dowarkasingh et Eric Guimbeau, ex-député et ex-Secrétaire Parlementaire Privé ont promis de faire accélérer les démarches pour qu?ils aient une vie meilleure.

Selon Sunil Dowarkasing, ces villageois ont été déplacés sous le gouvernement Ptr en 1999. ?On qui a fait construire une maison d?une seule chambre seulement. Avec le temps, la situation a empiré. Dans ce village, il y a beaucoup de filles-mères. Nous avons travaillé avec plusieurs organisations non gouvernementales pour trouver des solutions durables et nous continuons à le faire?.

En ce qui concerne les projets d?infrastructures l?ex-député Dowarkasing regrette que des projets en chantier n?ont pu démarré. ?Nous avons été pris de court avec l?annonce des élections.?

ANOSKA

Relogés en 1999

■ Anoska est le nom que lesdéplacés de La Pipe, Midlands,avaient choisi pour leur nouveau village à 16e Mille.Quelques 77 familles du village de La Pipe ont été déplacés en 1999 vers Anoska pour y être relogés afin de permettre la construction du Midlands Dam.

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