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Les enfants perdusde Goodlands

13 février 2005, 00:00

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Il revient du poste de police où il a porté plainte contre un de ses fils. Il accuse ce dernier de l?avoir rossé avec un morceau de bois, il y a quelques heures, pour une broutille, avant de prendre la fuite?

Les vêtements crasseux, mal rasé et pieds nus, visiblement éméché, le vieil homme blessé offre un spectacle pito-yable à ses petits-enfants Christabelle et Natacha, âgées respectivement de 4 et 5 ans. Assises sur un rocher, torse nu, elles ont été confiées par leur mère Kamla à leurs grands-parents depuis leur plus tendre enfance.

C?est leur grand-mère, Lutchmee, qui s?occupent d?elles. L?air hébété, cette dernière vaque à ses occupations comme un automate, sans jeter un regard sur les fillettes qui, telles des chiots, la suivent partout. Pourquoi ne sont-elles pas scolarisées ? « Zot inn ne Bel-Ombre. Bizin al rod enn papie pou fer zot admet dans enn lekol isi », explique vaguement la vieille dame. En attendant, ses petites-filles vivent dans un univers insalubre, où l?alcool et la violence des aînés sont monnaie courante.

À Goodlands, notamment à Cité Ste-Claire, bon nombre d?enfants en âge d?être scolarisés, sont laissés à eux-mêmes et traînent les rues. « Zot kapav ena 10 a 14 ans, kapav moins. Zot desann dans sant vilaz par group sink ou dis. Zot vire lor zot bisiklet enn lazourne », confie Poonam, employée comme agent de nettoyage dans un centre commercial.

<B>Des parents occupés à se shooter</B>

Parfois, ils quémandent quelques sous aux passants pour s?acheter des cigarettes et des friandises. Leur lieu de prédilection, c?est aussi la gare routière de Goodlands, où ils flânent, du matin au soir. « Parfois, lorsqu?ils en ont assez de traîner, ils s?installent devant la pharmacie, jouent et se chamaillent », confie la propriétaire de la pharmacie.

« Ici beaucoup d?enfants ne fréquentent pas l?école parce que leurs parents, au chômage, ne peuvent pas se permettre de les y envoyer. Comment voulez-vous qu?ils aillent à l?école sans rien dans le ventre ? », se demande une habitante de la cité. Issus de familles éclatées, il arrive que certains petits soient négligés par le nouveau compagnon de leur mère. D?autres sont laissés à eux-mêmes pendant que les parents sont « trop » occupés? à se shooter.

Dés?uvrés, sans repères, ils errent sans but dans les rues et au centre du village. Mais le ministère de l?Éducation est déterminé à les faire rentrer dans le rang, surtout avec la nouvelle loi qui préconise la scolarité obligatoire jusqu?à l?âge de 16 ans.

Dès mars, la traque aux enfants perdus va commencer, affirme un cadre de ce ministère. « Les fonctionnaires du ministère de l?Éducation feront une enquête dans toute l?île pour rechercher ces enfants. Pour ceux qui sont en âge d?aller à l?école, mais qui n?y vont pas, nous allons d?abord voir si leurs parents ont fait une demande d?admission dans une école en 2004. S?ils ne figurent pas sur le registre, une enquête sera effectuée auprès des parents pour voir pour quelles raisons ils n?ont pas fait le nécessaire. Et ensemble, nous chercherons des solutions. »

Et quid des parents qui n?ont pas les moyens d?envoyer leurs rejetons à l?école ? « Il y a toujours une solution. » Ils peuvent contacter le ministère de la Sécurité sociale, l?école ou les ONG qui ?uvrent dans la localité. Le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups est aussi là pour étudier les cas et apporter une aide aux plus démunis. « Nous sommes aussi conscients que certains parents ont besoin d?une aide psychologique? »

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