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Les enfants perdus de Cité Tôle

9 octobre 2004, 20:00

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Une ribambelle de gamins joue à cache-cache, à Cité Tôle, Mahé-bourg. La plupart n?ont jamais été à l?école. Sur cet isthme où ont échoué plus de deux cent squatters depuis le début des années 90, ce ne sont pas les cachettes qui manquent. Les bicoques en tôle récupérée et en poutres vermoulues sont collées les unes aux autres, et forment un vaste labyrinthe. Un terrain de jeu idéal pour les « aventuriers » en culottes courtes.

Pourtant, leur univers ressemble plus à un bidonville de Calcutta qu?à autre chose. Ils le partagent avec les douze chiens galeux et faméliques qui se disputent les moindres restes. Ils ignorent les dangers qui les guettent et déambulent pieds nus à côté des amas d?immondices, sur des terrains vagues hérissés de tôles rouillées.

« Ena zanfan entie lekor inn gaign lagal parski partout ena salte. Souvan zot atrap lafiev », soupire Marie-Michèle Dantier. Pour corser le tout, les habitants jettent leurs déchets comme bon leur semble.

« Ki pou fer ? Pena kamion salte pou vinn rod sa isi. » Et dire que leur nourriture provient de cette baie où flottent toutes sortes de détritus? Les seuls à y trouver leur compte sont les rats et les cafards.

Mal nourris, rachitiques, les enfants courent le risque d?attraper une maladie. Beaucoup souffrent de diarrhée et de gastro-entérite à la saison des grosses pluies. « Kan lapli tombe dilo rant dan lakaz, mouy nou matela, rant anba karpett. Sa fer loder, nou malad avek sa? »

Une enquête réalisée par le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups (TFIVG) révèle que de nombreux enfants sont issus de familles éclatées et monoparentales. Mères célibataires, femmes délaissées par leurs maris, elles se débrouillent tant bien que mal pour élever leurs enfants.

Les hommes, eux, vivotent de la pêche ou d?un travail saisonnier. « Ils peinent déjà à réunir quelques sous pour manger à leur faim, alors la scolarité des enfants devient un souci secondaire pour eux », affirme un travailleur social. Les efforts du TFIVG pour améliorer le cadre de vie des squatters ont échoué. « Nous leur avions donné des poules à élever. Mais après trois mois, ils les ont mangées? »

<B>Sans eau, ni électricité</B>

La vie des petits rejetons n?est pas de tout repos. Quand l?un des parents décide de se mettre en ménage avec un nouveau partenaire, c?est le drame.

La promiscuité est à l?origine de diverses tensions. Comment peut-il en être autrement lorsqu?une moyenne de cinq à six personnes vit dans une unique pièce, sans eau ni électricité ? Dans de telles conditions, les disputes entre voisins en état d?ébriété sont monnaie courante. Les incestes ne sont pas rares non plus.

Les taudis n?offrent aucune sécurité. Trop pauvres pour s?offrir une plaque à gaz, les mères utilisent presque toutes des réchauds à pétrole. Jennifer Berthelot, mère de deux enfants, montre les plaies qu?elle a sur le bras droit et la poitrine. Il y a une semaine, la cuisinière lui a explosé au visage alors qu?elle préparait le repas.

Bélinda Rabais a connu le même sort il y a deux ans. Ses brûlures sont cachées sous des chemisiers, et elle affirme être incapable de travailler. Le moindre effort la fatigue. « Dokter dir moi, mo pa pou kapav travay. Mo finn avoy enn let pou enn led sosial me pa finn gaign aucaine repons. Kan monn al gete zot dir mo deman pa finn aprouve. »

Les parents de Mitch, un garçonnet de dix ans, attendent qu?on l?aide à vivre normalement. Ce dernier est né avec une malformation au palais, ce qui l?empêche de parler et de manger correctement. Il a été opéré à l?hôpital de Rose-Belle, il y a quelques mois à peine, mais sans succès. « Pa kone ki pou fer aster? Li pa kapav koz bien, mo espere li gaign enn led. »

Touché par le sort de ces enfants, le Lions Club de Curepipe a décidé d?organiser une soirée pour collecter des fonds à La Citadelle, vendredi. « Nous n?avons pas encore déterminé notre plan d?action. Mais l?argent recueilli sera utilisé pour l?éducation et le bien-être des enfants », expliquait Catherine Marion, PRO et chef de protocole au Lions Club, à la veille de l?événement placé sous le thème « Move for Charity ». Les enfants de l?Institution pour l?éducation et la réhabilitation des retardés mentaux (Iperrm) bénéficieront aussi du projet. « Nous espérons que chacun fera un move pour améliorer la vie de ceux qui sont en difficulté. »

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