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Les enfants autrichiens voteront-ils dès le berceau ?

29 novembre 2003, 20:00

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Un enfant = une voix de plus pour ses parents aux élections. En Europe, l?idée figurait déjà au programme de certains mouvements fascistes dans les années 1930, mais elle fait une surprenante percée en Autriche. Des militants du Parti chrétien conservateur (ÖVP), du Parti libéral (FPÖ, droite populiste) et d?organisations familiales catholiques ont créé une plateforme intitulée « Kinderwahl-recht jetzt ! » (« Droit de vote pour les enfants maintenant ! »).

Ce « droit des enfants » implique que leurs parents reçoivent lors des scrutins une voix supplémentaire par rejeton, partagée entre le père et la mère, et une voix entière dans les familles monoparentales. « Plusieurs modèles sont possibles, mais l?important est de rétablir l?équilibre entre les générations », a expliqué le principal initiateur de la plateforme, Lukas Mandl, membre des Jeunesses de l?ÖVP. Si la proposition était inscrite dans le code électoral autrichien, les partis se disputeraient quelque 1,7 million de voix supplémentaires, et le poids des retraités (qui aujourd?hui votent en majorité social-démocrate) serait fortement compensé par celui des moins de 40 ans.

M. Mandl et ses amis ont lancé leur initiative en plein débat sur le déclin démographique. Pour y remédier, un député du FPÖ proche de la droite catholique a suggéré de taxer lourdement tous les produits contraceptifs, qui, en Autriche, ne sont jamais remboursés par la Sécurité sociale.

L?idée que des sociétés vieillissantes doivent accorder une plus grande place aux enfants pour que ceux-ci puissent influencer des décisions politiques qui affectent leur existence est en vogue ailleurs. En Allemagne, 40 députés ont déposé un projet de loi pour un « droit de vote dès la naissance » qui a reçu l?appui des libéraux et des chrétiens-démocrates, mais aussi du président du Bundestag, Wolfgang Thierse (social-démocrate), et de la vice-présidente, Antje Vollmer, (Verts). En Autriche, le président du Parlement, Andreas Khol, le ministre de l?Économie, Martin Bartenstein (tous deux conservateurs, et pères de six enfants chacun), et le chancelier Schüssel ont trouvé l?idée intéressante. Mais la présidente des « Amis des enfants », proche des sociaux-démocrates, déclare que la doctrine selon laquelle les responsabilités familiales confèrent plus de droits civiques rappelle les années 1930 et serait une « régression vers une époque sombre pour la démocratie ».

2003 Le Monde ?

Joëlle Stolz

Distribué par The N. Y. Times Syndicate

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